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Marion Montaigne : “Je râle comme un pou à la moindre approximation scientifique”

La rédaction - 23.08.2017

Interview - tu mourras moins bête - science vulgarisation projets - Marion Montaigne Arte


ENTRETIEN – La chaîne Arte a décidé de régaler ses spectateurs avec une nouvelle saison de Tu mourras moins bête. À compter du 4 septembre, et jusqu’à la fin de l’année, tous les jours un épisode sera à retrouver. Inspirée du blog, devenu BD, de Marion Montaigne, cette série régale petits et grands, même les moins curieux...



 

 

Dans cette deuxième saison, vos analyses étrillent une fois encore la pop culture. Quel genre de spectatrice êtes-vous ?


Marion Montaigne : Je suis insupportable ! Dès que je regarde un film, je râle comme un pou à la moindre approximation scientifique. Mais la pop culture m’est très utile pour accrocher le spectateur, car qui se lève le matin en se disant : « Tiens, aujourd’hui, je vais me passionner pour la génétique » ? 

 

Tout le monde a les mêmes stéréotypes en tête. Moi-même, lorsqu’on me propose d’aller dans un laboratoire pour y observer des lasers, je m’imagine toujours une grande pièce avec des faisceaux tueurs rouges qui quadrillent l’endroit. C’est bien sûr extrêmement loin de la réalité... 
 

Vous n’épargnez personne, pas même les héros de notre enfance...

 

Marion Montaigne : Je dois avouer que je suis un peu sadique, et la nostalgie très américaine de l’enfance, comme pour le dessin animé Le Monde de Nemo, sur lequel je tire à boulets rouges dans cette saison 2, m’agace énormément. J’aime bien massacrer les Pixar ! Leur vision du monde est trop rose pour mon humour noir. 

 

Selon moi, l’enfance est bien plus grise et violente que ça. Nemo, je trouve ça niais, et en plus, à la suite du film, les trois quarts des océans ont été vidés de leurs poissons-clowns. 

 

Sur internet, l’épisode « Pourquoi les ados sont-ils mous ? » totalise des centaines de milliers de vues. Comment l’expliquez-vous ?


Marion Montaigne : Les animateurs qui travaillent sur la série ont fait du très bon boulot, en particulier sur cet épisode. Ce sujet nous concerne tous, et j’imagine qu’on l’envoie à sa tante Germaine sur le mode : « Regarde, c’est ton fils ! » Je me suis inspiré du très bon livre de Nathalie Levisalles, L’ado (et le bonobo)

 

Cette femme a compilé toutes les études sur le sujet et y apporte une justification neuronale. L’impression constante de décalage horaire des adolescents, leur mollesse physique... : les pauvres en prennent plein la poire, alors que ce n’est même pas de leur faute ! 

 

La communauté scientifique vous a-t-elle adopté avec Tu mourras moins bête ?


Marion Montaigne : Pas toute la communauté ! Certains scientifiques ne s’intéressent pas à la vulgarisation, mais la plupart sont ouverts, et les expériences me passionnent. Dans un laboratoire, je pose des questions stupides et ils me répondent comme s’ils s’adressaient à leur grand-mère !




 

Grâce à eux, j’ai vécu des expériences extraordinaires : j’ai tiré à l’arme à feu, j’ai suivi des chercheurs qui travaillaient sur les testicules des mouches et j’ai effectué un vol à gravité zéro au côté d’un dramaturge en pyjama qui avait un carton sur la tête, pour une « expérience corporelle »... 

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre prochaine BD sur Thomas Pesquet, Thomas Pesquet en combi ?

 

Marion Montaigne : J’ai rencontré Thomas Pesquet un an avant son départ dans l’espace, alors qu’après le tome 4 de Tu mourras moins bête, je cherchais à m’éloigner un peu de l’univers du Prof' Moustache. À l’époque encore totalement inconnu du grand public, il m’a dit avoir laissé un commentaire sur mon blog quelques années auparavant, à l’occasion d’une note consacrée aux astronautes. 
 

“Tu mourras moins bête” revient sur Arte, et ne rend toujours pas immortel
 

Très accessible, Thomas a un vrai sens de l’humour. C’est ainsi qu’est né un projet de livre, où j’explore le métier d’astronaute à travers lui. Les premières années de formation des astronautes sont beaucoup moins exaltantes qu’on ne le croit ! Ils passent la majorité de leur temps à potasser sur un coin de table, et lorsqu’ils en émergent, c’est pour s’exiler trois semaines en Russie en plein hiver, et prêter leurs corps à d’interminables expériences, comme de gros cobayes ! 
 

Propos recueillis par François Pieretti




(à paraître 24/11) Marion Montaigne – Thomas Pesquet en combi – Éditions Dargaud – 9782205076394 – 22,50 €