Moïse Kissous : 48H BD, "une première édition qui doit progresser"

Nicolas Gary - 11.04.2013

Interview - 48H BD - librairies - albums gratuits


La fin de l'aventure 48H BD est éprouvante. Comme l'apprenait un communiqué hier, les sondages d'opinion réalisés par les organisateurs affichent un beau vert, que ce soit du côté du public ou des libraires participants. Le principe ? Offrir 100.000 albums, venant de huit éditeurs, chacun présentant le sien,  pour inciter les lecteurs à se rendre dans l'une des 800 librairies qui prenaient part à la manifestation. « Nous y avons travaillé durant un an. C'est une première édition qui doit progresser, mais nous sommes heureux des retours qui nous sont faits », assure Moïse Kissous, président de l'association des 48H BD et patron de la maison d'édition Jungle.

 

48H BD était parrainé cette année par Jul, auteur de Silex in the City. Une première édition, réunissant donc huit éditeurs, qui a lutté pour se mettre en place. « Il a fallu d'abord convaincre les éditeurs, et l'absence de certains, qui attendaient de voir comment se déroulait la première édition, a bien sûr diminué l'impact que 48H BD aurait pu avoir. » 

 

C'est qu'offrir un album - en réalité, 12.500 exemplaires, multipliés par 8 titres différents - n'avait pas enthousiasmé tout le monde. « Le ticket d'entrée, pour les éditeurs indépendants, était élevé », note Moïse Kissous. Effectivement, le budget pour prendre part à l'édition tourne autour de 15.000 €, sans même compter le temps que les équipes ont pris pour mettre en place. « C'était beaucoup d'énergie déployée, pour faire en sorte que l'opération se déroule le mieux possible. »

 

Ils partirent donc à huit, proposant gratuitement un titre de leur catalogue, pas forcément les meilleures ventes, mais en tout cas un titre porteur de bons résultats, chez chacun. Mais le projet ne plaisait pas à tout le monde. « On nous avait demandé d'organiser plutôt une journée où pour une BD achetée, une autre était offerte. Sauf que ce type d'opération se retrouve partout, et que tout le monde en organise régulièrement », précise le président. En effet. Et d'ailleurs, deux des titres présentés pour l'opération avaient profité de ce type de campagne quelques mois auparavant. 

 

 

Moïse Kissous

 

 

« L'objectif était de créer du trafic dans les librairies, et de faire découvrir des oeuvres, pas de chercher à vendre des albums. Nous avions une sélection diversifiée, pour que le grand public s'intéresse un peu plus au secteur, ou du moins, soit sensibilisé. C'est toujours agréable de recevoir un cadeau, me semble-t-il. » 

 

Dans les absents, évidemment, Glénat et Delcourt ont rapidement été remarqués. « Ils nous rejoindront peut-être l'an prochain, et l'on regrette qu'ils n'aient pas emboîté le pas dès la première édition. Ce type d'événement, il faut lui apporter un soutien dès sa première édition, pour lui donner toutes les chances de réussir. » 

 

Pour les éditeurs indépendants, c'est un autre problème : « Oui, le coût de l'opération était trop élevé pour beaucoup d'entre eux, c'est aussi pour cette raison que le manque de soutien du Centre National du Livre nous a coûté. L'intervention du CNL aurait permis à plus d'éditeurs de prendre part à la manifestation - et tout particulièrement des indépendants. » 

 

À la manière de Glénat et Delcourt, le CNL aurait préféré attendre de voir comment la manifestation allait tourner, pour éventuellement la rejoindre l'an prochain, explique Moïse Kissous. « Quand les partenaires privés que nous avons sollicités pour leur connivence avec la BD, nous répondent cela, on les comprend mieux : ils attendent de voir quelle est la visibilité de la première édition, avant de se prononcer. » 

 

Le CNL, contacté par ActuaLitté, explique que pour les premières opérations, une certaine prudence est de mise. « Il existe une sorte de jurisprudence sur les festivals littéraires, dont la première édition n'est pas soutenue par le Centre. Ce n'est d'ailleurs pas que de la prudence : il est important qu'une manifestation, pour sa première édition, puisse assurer son lancement. » 

 

L'édition 2014, que nombre de libraires attendent déjà, tentera de rassembler plus d'éditeurs, et de libraires, évidemment. Peut-être faudra-t-il envisager un choix différent d'albums, pour donner plus d'ampleur à la manifestation - et la présence de nouveaux entrants, avec les éditeurs indés, participerait à cette diversité de l'offre. De même, l'intégration des librairies en ligne pourra compter parmi les pistes réflexions. Dans tous les cas, les enquêtes de satisfaction sont très positives, montrent les 300 libraires répondants, sur les 800 qui ont participé aux 48H BD. « On verra pour faire mieux encore, lors de la deuxième édition. »