Nakiri, première plateforme francophone de vente et achats de droits

Nicolas Gary - 08.03.2019

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EXCLUSIF : Une plateforme web, en mesure de simplifier les ventes et achats de droits entre éditeurs, auteurs, agents ? Nakiri, de son petit nom est un projet des plus concrets, porté par Corentin Emery et Rosine Zadi. Sa version bêta sera ouverte début mai, et, en avant-première, ses fondateurs détaillent leur projet. 

 


domaine public
 
 

ActuaLitté : Quelle est la genèse du projet Nakiri ?


Rosine Zadi : Cela a commencé avec notre maison d’édition La Kora [NdR : en référence à l’instrument de musique], qui, en plus de son activité principale, propose dans trois villes – Abidjan, Casablanca, Dakar – des ateliers d’écriture. La perspective de travailler à des cessions de droits avec des éditeurs locaux a germé. Mais rapidement, nous avons mesuré combien cela pouvait devenir laborieux et chronophage, surtout pour des petites structures. 

Corentin Emery : Il y eut également une conversation [informelle], en marge de l’événement. Mon idée pour le français, avec Leïla Slimani. Elle m’a raconté avoir beaucoup agi pour que son essai sur la sexualité au Maroc, Sexe et mensonges, puisse être cédé à un éditeur marocain. En l’occurrence, les éditions Le Fennec.

Rosine Zadi : Ces réflexions nous ont amenés à mieux comprendre les enjeux de l’achat et de la cession de droits. Comment rendre accessibles la littérature, les idées, à un niveau mondial ?

Corentin Emery : La solution est venue rapidement : si l’on observe une résistance face au numérique, dans l’édition, et parfois pour de bonnes raisons la réponse ne pouvait pourtant que s’incarner dans une plateforme. D’autant que, depuis des années, les innovations technologiques se tournent principalement vers le lectorat. Or, la vente de droit rapporte beaucoup à une maison d’édition : Nakiri, c’est la technologie au service de l’éditeur.
 

ActuaLitté : Que va donc proposer cette plateforme ?


Rosine Zadi : Nakiri, c’est un terme emprunté au baga, peuple de la Guinée-Conakry, qui signifie « vers l’autre rive ». Elle a donc été pensée comme un connecteur pour accéder et évoluer le plus facilement possible sur le marché mondial des droits. Et donc parvenir à faire rayonner les lettres, principalement francophones au départ. Elle présente deux aspects : une station de travail, où l’on visualise le catalogue des livres proposés, les droits cédés ou en cours, etc. La seconde, c’est la place de marché, où l’on peut céder et acquérir, à travers un système de transaction sécurisée.



 
Corentin Emery : L’utilisateur principal, ce sera le département des chargés de droits au sein de maisons d’édition. Aussi nous avons pensé l’outil pour leur simplifier la vie et faire gagner du temps. L’interface et la technologie sont de fait au service des professionnels. 

Cela dit, nous envisageons aussi que les maisons de production [et d’autres acteurs des industries culturelles] s’y intéressent : le développement d’adaptations – inutile d’évoquer l’engouement de Netflix ou Amazon – montre l’intérêt particulier. Les boîtes de production avec qui nous avons échangé nous l’ont assuré : elles ont un œil constamment sur l’édition, pour dénicher des scénarios... moins stéréotypés.

Rosine Zadi : Cependant, outre les chargés de droits, Nakiri est aussi conçu pour les éditeurs qui seront en recherche de texte pour leur propre catalogue. Et suivant son fonctionnement, nous avons pensé aux agents, pour qui l’outil peut apporter beaucoup d’avantages. Et puis, pourquoi pas des auteurs indépendants, qui souhaiteraient se faire connaître.


ActuaLitté : Le projet est ambitieux ! Mais comment cela se présente-t-il pour ces différents utilisateurs ?


Rosine Zadi : Nakiri repose sur une approche fluide, instinctive, pour rendre les échanges et les transactions plus faciles. Si je suis acheteur, un système de recherche multicritère est proposé : ISBN, année de parution, auteur, éditeur, etc. L’ensemble des métadonnées classiques. La recherche thématique par mots-clefs viendra, mais dans un second temps. 

À travers l’interface, dès que j’ai trouvé une œuvre qui m’intéresse, je peux engager une conversation avec le détenteur des droits. Une messagerie est intégrée, qui retracera l’historique. En cas d’accord, le cessionnaire pourra envoyer son contrat – sachant que nous proposons un modèle type, sans obligation. L’ensemble de la négociation sera archivé et la cession validée par e-signature : ici, nous intervenons comme tiers de confiance, pour garantir l’authenticité de la transaction.
 
Corentin Emery : Ce qui nous fascine, c’est moins la technologie que les métiers. Quand on nous a appris que près de la moitié du temps de travail dans la cession, relève de l’administratif, nous avons imaginé un outil qui puisse procéder en quelques clics à peine. 

Rosine Zadi : Pour le vendeur, le principe est tout aussi simple. On met en ligne un catalogue de titre – par l’upload d’un fichier Excel ou manuellement – puis, on définit les territoires de cession, et les informations nécessaires. Un outil de mise en avant spécifique sera proposé, s’il y a une importance particulière : ce service promotionnel sera payant.


ActuaLitté : Quel modèle économique avez-vous choisi pour la plateforme ?


Rosine Zadi : Nous avons deux systèmes simples : l’abonnement et la commission sur les ventes. Au lancement, trois formules seront proposées à des tarifs très attractifs. Les offres seront sur la base d’une souscription annuelle, avec possibilité d’un règlement chaque mois. Et bien entendu, il sera possible de basculer de l’une à l’autre, en fonction de ses besoins. 

Corentin Emery : D’après les sources que nous avons pu consulter, la valeur d’une cession moyenne de droit est de 3000 €. L’abonnement devrait donc couvrir les frais techniques, et la structure reposera sur les commissions qui sont prises pour les transactions.
 

Rosine Zadi et Corentin Emery
 


ActuaLitté : Cela représente également des données inédites sur les comportements d’achat et de vente. Comment les utiliserez-vous ?


Corentin Emery : En effet, il y aura de la donnée produite, qui représente un ensemble d’informations stratégiques sur les dynamiques des marchés. Notre approche sera de réorganiser ces éléments, pour fournir des synthèses sur les tendances et les évolutions. Par exemple, pouvoir définir que les agents de tel territoire s’intéressent particulièrement aux œuvres de tel autre.

Nous avons la chance de travailler avec l’incubateur Ionis 361, qui faisant partie du groupe d’enseignement Ionis nous donne accès au vivier de compétences d’écoles spécialisées dans le traitement de données comme Epitech. Nous savons que le sujet des données peut être sensible et c’est pour cela que nous agirons de manière transparente et dans le respect des données de nos utilisateurs.  

Rosine Zadi : C’est une forme de soft power que les abonnés pourront exploiter, avec un niveau d’information qui varie suivant l’offre à laquelle ils auront souscrit. Ils disposeront autant d’une solution de veille concurrentielle que de données pour mieux préparer et appréhender un marché. 

Par la suite, ces contenus seront enrichis avec, pourquoi pas, des webinaires. Notre intention n’est certainement pas de nous détacher du monde physique : le contact humain, dans cette activité, reste fondamental. Pour cela, nous envisageons de collaborer avec des salons, francophones dans un premier temps. Une fonctionnalité intéressante permettra en effet à un chargé de droit, lors d’un rendez-vous, de prendre ses notes sur une tablette, et directement les sauvegarder dans l’interface Nakiri. C’est du temps gagné, là encore. 


ActuaLitté : Vous ferez la première présentation de Nakiri au salon du livre de Genève, à l’occasion des assises de l’édition. Que représente pour vous cette opportunité ?


Rosine Zadi : Tout d’abord, nous avons choisi de lancer la version bêta de Nakiri à l’occasion du salon de Genève. La manifestation nous permettra d’entrer en relation avec des éditeurs de toute la francophonie, et d’avoir les premiers échanges concrets. 

Corentin Emery : Genève incarne, à plus d’un titre, un salon où l’on s’est toujours montré attentif, à ce que d’autres ont considéré comme périphérique. Notre projet vise à favoriser les échanges nord-sud, mais également sud-sud. Toujours avec la perspective de mieux faire circuler les livres.



Nakiri présentera sa plateforme le mercredi 1er mai 2019, lors des assises de l’édition (salon du livre de Genève) à 16h15. Programme complet de la journée ici.

ActuaLitté est partenaire des assises de l'édition

 


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