Ne plus se soucier des droits numériques ? Impossible en BD (Midam)

Clément Solym - 19.08.2010

Interview - midam - game - over


Pour rencontrer Midam, il fallut braver des étages interminables pour parvenir dans une salle aux murs boisés et sculptés. A la table, le Belge dans toute sa sympathie joviale. Il sourit. À ses côtés Araceli, qui a pris part à l'aventure MAD Fabrik avec Dimitri Kennes (en savoir plus sur cette charmante équipe).

Mince, je suis jaloux : je pensais l'avoir juste pour moi, le papa de Kid Paddle et de Game Over... Bon, au besoin, je la passe par la fenêtre... « Oui, je suis Québecoise », envoie-t-elle d'un charmant sourire. Re-mince... assassiner une compatriote, c'est moche... Bon.


Autant casser la glace illico : « Midam, je vous aime, épousez-moi, j'adore vos blagues tordues dans Kid et cet humour de sadique dans Game Over. Par contre... rassurez-moi, vous n'êtes pas vraiment joueur de jeux vidéo, si ? » Il sourit. Pas du tout. En fait, les jeux vidéo, c'est pas son truc, mais alors du tout. « Tu comprends, parler d'un sujet avec un vocabulaire de spécialiste, c'est contraire à mon envie d'être fédérateur dans la BD. Et puis, ça va vite, leurs trucs. Si je prends un vrai nom de jeu, qui sera périmé dans 6 ou 10 heures [NdR : vous voulez dire jours ? Non, heures. Ah.], les BD n'auront pas de chance de plaire à l'avenir. Elles seraient trop ancrées dans une époque. Je ne veux pas de ces repères temporels. Et d'ailleurs, Kid ne joue plus autant qu'avant... »

Je comprends tout : en débutant chez Spirou, alors que vous cherchiez une idée, on vous a proposé d'occuper la place jeux vidéo, laissée vacante. Mais finalement, tu aurais fait la même chose si ça avait été la section cuisine. C'est ça ? Il sourit. « Le jeu vidéo n'a été qu'un argument pour raconter des histoires. On m'a donné ma chance chez Spirou, mais si Kid n'avait pas été Paddle, il aurait tout aussi bien été Chantilly... » Gourmand, va !


Mais qu'avez-vous retenu des jeux alors ? Il sourit et ses yeux font le reste... « C'est la réunion entre copains qui compte. La convivialité, l'interaction. Y'a encore quelques années, Janry pouvait me passer un coup de fil à 4 ou 5 h du matin, et on reprenait le fil de la conversation du jour. » Une larme d'émotion perle sur sa joue presque bien rasée... En fait, le grand Midam est un sentimental. Qui n'aime pas que les fins. « Les fins du film le soir, quand j'étais petit, signifiaient qu'on allait dormir. Et j'aimais pas cette idée. C'est un peu pour ça que je voudrais que Kid soit repris, après moi. Ça me dérange, mais j'en ai envie. Et non, je ne suis pas à un paradoxe près. »

Kid... ta première expérience d'adaptation en … oui, je te te tutoie, on est proches maintenant. Mais arrête de me couper quand je raconte, d'accord ? Sinon, je te pète un doigt. Bon. Première expérience en jeu vidéo, et premier jackpot ? « Non, pas vraiment », intervient Araceli. Tout simplement parce que dans l'achat de licence, on réduit d'autant l'investissement dans le jeu. Et bilan, la réalisation souffre d'un manque d'investissement. « Si tu veux qu'un univers soit de qualité, faut pas être gentil, faut être un ayatollah », se ternit Midam. Mais désormais, avec MAD, tous les droits sont retrouvés. « On va enfin pouvoir agir comme on le souhaitait. »


Ah ? Les droits ? Et les droits numériques, alors ? « Je suis peut-être plus cartésien que les autres auteurs, qui ont un discours... d'auteur. Ils veulent créer sans se préoccuper de ce qui se passe. Pour moi, ce n'est plus possible. Leur regroupement au sein du SNAC, c'est une idée intéressante, mais le syndicat manque de puissance comme de force : il n'a pas de moyen de pression comme EDF en aurait en disant 'On coupe l'électricité'. » Le problème dans cette situation est que les auteurs qui vendent beaucoup auront le droit à des négociations, tandis que les autres non.

« Or, ça coince quand l'éditeur tente de faire passer la rémunération du livre numérique comme celle du livre papier. C'est simple : quand on perçoit 10 % du prix de vente d'une BD papier, et que l'on propose de s'aligner sur le même pourcentage pour le numérique, c'est l'auteur qui perd. Au lieu de gagner 1 €, il passe à quoi ? 0,40 cents ? » Et Araceli de confirmer : « Si le livre numérique est une adaptation, alors la rémunération légale, c'est 50/50, éditeur créateur. C'est en tout cas la politique que nous avons défendue. »

Mais le créateur, justement, qu'en pense-t-il ? « Qu'il faut faire du papier avec le papier et du numérique avec le numérique. » Euh, là, mon petit Mimi, soit la porte est trop ouverte pour l'enfoncer, soit tu dois me donner des détails. « Dans le prochain Game Over, on va jouer sur l'aspect physique, donner du relief, insérer des objets pour profiter mieux d'un support matériel. Et en parallèle, pour la version iPad/iPhone qui sortira en même temps que la BD, on ajoutera de vraies nouveautés, avec un film d'animation, un petit jeu qui s'appuiera sur l'accéléromètre, des bonus et une version Où est Charlie spéciale Kid... De même, on envisage que les signatures en fin de planche puisse s'animer ou faire un bruit spécial. Je ne suis pas super demandeur de ces choses, parce que le produit devient hybride, et que je n'ai rien dessiné qui allait dans ce sens. Mais je m'adapte. »

Et droits toujours... Un titre comme Game Over, sans bulles, juste avec des onomatopées, pour la vente à l'étranger, c'est tout de même simplissime. Araceli explose de joie : « C'est ce que l'on a dit durant des années à notre ancien éditeur. Mais là où nous avons les pistes en tête, cela paraissait insurmontable. C'est pareil pour le numérique. En 2008 Dupuis avait tenté de réaliser un petit film d'animation... mais l'expérience n'était.. euh... (sourires)... bon (large sourire) pas vraiment aboutie. »

Profiter du numérique. Quelle drôle d'idée ! Pas de livre homothétique ? Bon. « Tu sais, Nicolas [NdR : oui, parce que là, il faisait très chaud, nous étions nus sous nos vêtements, et que l'intimité avait monté d'un cran], moi je travaille encore sur papier directement. Mais les nouveaux auteurs, qui ont aujourd'hui 14 ans et se disent qu'ils veulent faire de la BD, sont déjà en train de concevoir leurs oeuvres en fonction du nouveau support, qu'il soit iPad ou autre. Moi, je ne me vois pas du tout changer uniquement pour être bien lu sur iPad. Je n'exclus pas de faire un livre qui soit uniquement numérique, mais il faudra le penser ainsi d'abord. »

Mais alors, MAD Fabrik reposera donc exclusivement sur tes univers, Mimi ? Oui, répond Araceli, parce que l'intention est de profiter de ce que l'univers de Kid et de Game Over offrent. Quitte à sortir une ligne de tee-shirts, autant faire en sorte que ce soient des fringues que Kid aurait eu envie de porter. Non pas faire des produits dérivés pour le plaisir, mais partir à la dérive avec des produits un peu fous. Moins de licences, mais plus qualitatives. Et l'exemple typique, c'est cet agenda, avec des notes prises par Kid sur des anecdotes complètement farfelues ou des recettes de cuisine pour préparer une saucisse-momie...

Et le parc d'attractions, alors ? Regard noir d'Araceli... Mince, j'ai dit un truc qui fallait pas ? Ah, non, j'ai tapé juste ? Ben, euh... je vais y aller, parce que... non, pose ce couteau, Araceli, je te promets que je ne dirai rien à personne. Comment ça je parlerai encore moins si tu m'en empêches ? Oui, mais enfin... tuer un compatriote, presque un frère ? Non ? Tu... Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Fin de l'enregistrement recueilli sur le corps de notre directeur.
Nos condoléances à sa famille.
Si ça l'intéresse...

Game Over, tome 5, à sortir le 1er septembre (mais on en reparlera...)