Nicolas Rey : son appartement, son canapé, mais pas son chat

Clément Solym - 17.09.2012

Interview - Nicolas Rey - L'amour est déclaré - France Inter


Un entretien avec Nicolas Rey, c'est dans son appartement et du « Mec » au bout d'un quart d'heure. L'auteur de L'amour est déclaré, sorte de réécriture de ses chroniques pour la vénérable radio du service public, France Inter, doit être en forme avant le marathon promotionnel qui l'attend. Son nouveau roman n'est pas son meilleur, mais l'écrivain a une carrière et deux-trois aventures derrière lui : un article pur gonzo est envisageable. 

 

Inutile de s'appesantir sur l'histoire de L'amour est déclaré, son auteur vous en a sûrement déjà lu un passage. Parce qu'il est sur les ondes, d'abord avec une chronique dans Comme on en parle. Sur les vidéos en studio, la « chère vieille Rey », en français dans le texte, fait le directeur de plateau : un signe à Pascale Clark (« c'est ma vie, c'est ma passion »), un autre au régisseur...

 

La petite lumière rouge

 

Au moment des primaires socialistes d'octobre 2011, il commence L'amour est déclaré, un feuilleton éclair qu'il lit à l'antenne. Vous avez entendu des bribes de cette histoire d'amour, « il raconte son histoire d'amour avec la fille de Luchini, il est de droite, elle est de gauche » un collègue vous aura résumé. « C'était grisant comme expérience, sans filet, en direct. Je faisais les dernières corrections le matin, devant une réalisatrice de l'émission : il ne fallait pas dépasser 2 minutes 30 », se souvient l'auteur.

 

 

 

 

Ça ne s'arrête pas là, et le tout est supérieur à la somme des parties : « Quand j'ai commencé l'écriture du roman, j'ai viré tout ce qui était politique, ça n'avait plus lieu d'être. J'ai juste gardé le coeur, la matrice de l'histoire d'amour. Comme une base pour commencer le livre. J'ai viré les ¾ et cultivé ce petit lopin de terre. » Et il n'en a toujours pas fini le tour, commencé avec Un léger passage à vide, journal de sa propre survie : « J'espère en sortir, avec un troisième pour clore le truc. Ma copine a dit un truc très beau après avoir lu L'amour est déclaré : « J'ai hâte que t'écrives un livre. » C'était une sorte de cri du cœur, pas un reproche. »

 

C'est vrai que L'amour est déclaré est un peu bizarre, sûrement en partie à cause des conditions de son écriture, et entrecoupé de passages où le narrateur s'adresse à son fils, Hippolyte. Dans la mythologie grecque, Hippolyte c'est le condamné à mort par son propre père (Thésée), avec Poséidon comme bourreau... Mais je suppose que l'écrivain veut juste éviter ses erreurs à son fils ? « Dans l'absolu, j'aimerais bien. Mais je suis plus : "Ça vraiment il faut pas le faire, mais tu le feras quand même donc après on en discute, d'accord.". Je m'adresse autant à lui qu'à moi, et pour le coup c'est la chronique pour les enfants du mercredi, sur France Inter, qui a donné naissance aux passages adressés à Hippolyte. »

 

 

« Ma chère vieille Rey, je suis heureux qu'une épave comme toi puisse tomber amoureux d'une autre épave comme Maud. » Nicolas Rey, L'amour est déclaré

 

 

Forcément, avec un type qui admet ouvertement écrire sur sa vie, c'est un peu délicat de ne pas finir dans les questions persos. Je fais un essai sur son passage chez Grasset pour Vallauris Plage, sa seule infidélité au Diable Vauvert : « Ça c'était mon roman de l'été, celui que les gens achetait sur le chemin de la plage. » Mais on sait qui le soigne et le recueille maintenant, plus d'incartades : « Au Diable, ils sont très forts. » On tente les DRM : « Mon éditrice est revenue d'une conférence à New York, elle m'a dit : " Ce truc-là, il faut pas le louper.". » On parle bien sûr d'une bannière 0 DRM portée bien haut.

 

Ensuite, on s'est écarté du roman pour le créateur : Nicolas Rey travaille sur un bureau, dans sa chambre, comme un ado. Quand il me conduit devant son pupitre, c'est pour me mettre un casque sur les oreilles. « C'est Johnny Cash, mon auteur préféré. J'ai écrit au moins 3 livres en écoutant que ses chansons. » Il a pas chanté Cocaine Blues ? Hum.

 

« Amusez-vous bien »

 

« Avant, mon psy me disait "Amusez-vous bien" à la fin de chaque séance. Depuis que je l'ai écrit dans Un léger passage à vide, plus rien. » Alors, l'autofiction, c'est l'autodestruction : le pitch de Californication, avec lequel L'amour est déclaré partage quelques points communs. Nicolas Rey a vu la série, mais elle « n'est pas très dépaysante » pour lui, forcément. Il préfère de loin Breaking Bad.

 

Pour les romans, je lui sors Bright Lights, Big City, sûr de mon coup : et pour cause, un passage de L'amour est déclaré est un hommage textuel au premier roman de McInerney (la troupe de Boliviens, pour les connaisseurs...). Touché : « Bien vu, mec. Les Américains considèrent Bret Easton Ellis comme un génie, et McInerney comme un raté. Pour moi, c'est l'inverse. » Et lui, il se voit comment ? Pas vraiment : « L'image de soi t'échappe toujours au fur et à mesure, impossible de maîtriser totalement. Je sais bien que le milieu dans lequel j'évolue est bourgeois, que je suis de gauche... Mais quand je dis que mon idole c'est Franck Dubosc, c'est simplement pour faire chier le monde. »

 

 

« Je suis même en pleine forme. Ce n'est pas à toi que je vais apprendre que l'on ne rédige que de la médiocrité dans ces moments-là. » Nicolas Rey, L'amour est déclaré

 

 

Et le monde, et une nouvelle rentrée littéraire, il n'en a pas marre ? « Non, je rêve encore d'être un grand-père horrible, insupportable, le genre qui emmène voir Amityville ou L'exorciste » fait-il en se marrant, enfoncé dans son canapé. « Plus tu vieillis, plus tu réalises à quel point les cimetières sont peuplés de gens irremplaçables. »

 

En attendant le purgatoire, l'écrivain sera bien occupé : les droits d'adaptation d'Un léger passage à vide sont achetés par la boîte de production Fidélité et La femme de Rio, court-métrage qui a reçu son financement grâce à Ulule, n'attend plus que son actrice principale.

 

Emma Luchini réalisera, tandis que le scénario s'est écrit à 4 mains : « C'est un travail rapide, stimulant : quand l'un de nous deux est essoufflé, l'autre le porte un peu plus loin dans l'écriture... » Quant à Un début prometteur, 2e film d'Emma Luchini, il l'est encore devenu un peu plus au moment où Langmann a ouvert la vanne aux liquidités.

 

Un doute nous étreint, avant le départ : Direct 8 à la rentrée, c'est... vrai ? « Pas du tout, j'adore Touche pas à mon poste. J'étais en totale dépression entre Noël et Nouvel an, c'est ça qui m'a sauvé ! » Et c'est compatible, télé privée et radio publique ? « Non, mais c'est une vieille habitude chez moi : quand j'étais petit, je regardais Canal + et écoutais France Inter. Maintenant, j'y bosse, c'était pas gagné, mais j'y suis arrivé. » 

 

Belle histoire, mais avec quoi je fais mon gonzo, moi ?




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