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“Non seulement les agents littéraires sont nécessaires, mais ils sont devenus indispensables”

Nicolas Gary - 20.12.2016

Interview - cession acquisition droits - Laure Pécher formation - Astier-Pécher


ENTRETIEN – Que ce soit à travers l’achat ou la vente de droits, l’édition a dû développer des relations internationales. Les échanges entre éditeurs, d’un pays, voire d’un continent à un autre, stimulent l’offre, et garantissent une plus grande diversité éditoriale. Laure Pécher, agent littéraire, évoque ces questions.

 

Stock et JC Lattès - Frankfurt Buchmesse 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

ActuaLitté : Quelle est votre propre expérience en matière de cession/acquisition ?

 

Laure Pécher : J’ai travaillé cinq ans au service des droits et acquisitions du Serpent à Plumes avant de créer avec Pierre Astier l’Agence littéraire Astier-Pécher. L’Agence a aujourd’hui dix ans.

 

Existe-t-il une « saisonnalité » particulière pour la vente ou l’achat de droits ?

 

Laure Pécher : Il y a deux grandes dates qui ponctuent l’année d’un vendeur de droits ou d’un éditeur qui acquiert des droits de traduction, c’est la Foire de Francfort en octobre et celle de Londres en mars. Malheureusement, les rentrées littéraires françaises (août et janvier) étant décalées par rapport aux programmes du reste du monde (collection printemps, collection automne, grosso modo) cela nous oblige à quelques contorsions.

 

Comment démarche-t-on un éditeur étranger ? 

 

Laure Pécher : La vente de droits est un métier avant tout relationnel. Vous pouvez envoyer de l’information à un éditeur que vous ne connaissez pas, le plus souvent il ne vous répondra pas. C’est en cela que les foires internationales sont utiles. On n’y vend pas nécessairement des droits, on y rencontre les personnes à qui on va vendre des droits. Pour l’acquisition, en revanche, ce sont en grande partie les agents littéraires du monde entier qui proposent aux éditeurs des titres dont les droits sont disponibles.

 

Comment inscrire les agents littéraires au mieux dans toutes les opérations de cession ou acquisition ?

 

Laure Pécher : Je pense que le travail des agents littéraires doit être plus visible. Aujourd’hui une cession sur deux d’un auteur français à l’étranger passe par un agent (malheureusement les statistiques du SNE et du Ministère de la Culture n’en font pas état) et la quasi-totalité des acquisitions (d’auteurs étrangers) passe par les agents. Donc le métier « agent littéraire » doit faire partie des nomenclatures des métiers du livre. Les cycles de formation universitaire aujourd’hui l’intègrent, c’est une bonne chose.

 

Mais le fruit du travail des agents est encore absent des statistiques officielles. Ce n’est qu’un exemple. Les auteurs ignorent souvent que les éditeurs font appel à des agents pour vendre leurs droits lorsqu’ils en sont propriétaires. Donc les agents sont bel et bien présents dans toutes les opérations de cession ou d’acquisition en France, mais ils sont encore dans l’ombre. C’est en partie la raison pour laquelle nous avons constitué au sein du SFAAL (Syndicat français des agents artistiques et littéraires, 103 membres) une commission « Agents littéraires ».

 

Sont-ils d’ailleurs un recours nécessaire dans ces opérations ?

 

Laure Pécher : Non seulement ils sont nécessaires, mais ils sont devenus indispensables. Le fait que Paris soit passé à côté du marché international des droits vient justement de ce souci de mettre à l’écart les agents et passer sous silence leur travail. Aujourd’hui où l’agent est omniprésent et indispensable, il est un peu tard. Doublé non seulement pas Francfort et Londres, mais aussi par Guadalajara, Turin, Göteborg, Beijing, etc. Paris ne récupérera jamais son retard.

 

Laure Pécher

 

C’est dommage, car le rôle historique, le rôle culturel et la position géographique de Paris auraient dû en faire une plaque tournante des droits de traduction. Par ailleurs, en tant que porte ouverte sur le monde, Paris pourrait avoir plus d’agents représentant plus d’auteurs non francophones (c’est notre cas avec Asli Erdogan, Sven Lindqvist, Goce Smilevski et beaucoup d’autres).

 

Les agents dynamisent un marché, car ils ne travaillent pas pour une maison, ou un groupe. Ils travaillent de façon transversale et sélectionnent ce qu’il y a de mieux dans un genre donné. Ensuite, si l’éditeur est réactif, il peut se servir du travail de l’agent pour mieux se faire connaître sur un marché.

 

Que représente, en moyenne, la vente de droits pour une maison ? Et les achats, en termes de dépense ? 

 

Laure Pécher : Il n’y a pas de moyenne, tout dépend de la politique éditoriale de la maison. Un maison généraliste avec une production qu’on qualifiera de standard par rapport au marché mondial, peut gagner jusqu’à 25 % de son chiffre d’affaires en cessions de droits, toutes cessions confondues. Dans des maisons plus petites, cela représente environ 10 %. Pour les acquisitions, certaines maisons n’en font pas, d’autres ne font que cela. Donc il n’y a pas de moyenne.

 

Est-il impératif d’acquérir/vendre les droits papier et numériques ?

 

Laure Pécher : Aujourd’hui, c’est la norme. Il serait étrange qu’un éditeur qui fait le travail d’editing et de mise en pages acquière les droits papier sans acquérir les droits numériques. À l’inverse, certains éditeurs numériques ont voulu acquérir les droits uniquement numériques. Ces expérimentations n’ont pas encore fait leur preuve.

 

Aujourd’hui la loi empêche un éditeur de bloquer des droits qu’il n’exploite pas, ce qui est une bonne chose. Donc l’acquisition des droits papier et numérique n’est pas impérative, mais quasi systématique, à la condition que l’éditeur exploite vraiment sur les deux supports.

 

 

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