« Nous sommes le résultat de nos expériences »

Clément Solym - 01.04.2011

Interview - brian - freeman - voyeur


Après lecture du palpitant roman Le Voyeur, ActuaLitté a eu envie de rencontrer Brian Freeman. Entretien avec un auteur de « polars psychologiques ».

Tout d’abord, parlez-nous de votre méthode…

C’est une mauvaise idée de demander d’où viennent ses idées à un écrivain de polar qui met en scènes des crimes. Cela pourrait-être dangereux ! Souvent je réponds qu’il y a un peu de moi dans tous mes personnages et cela fait un peu peur aux gens.

Pour ce qui est de la pratique, j’invente séparément les lieux et les personnages. Je commence par construire un contexte. Je me demande : « Que s’est-il passé ? » Je crée l’intrigue et les personnages puis je crée le reste de l’histoire. J’écoute mes personnages, parfois ils me dictent le chemin à suivre pour mon histoire.

Vous dites que vos personnages vous dictent le récit, vous arrive-t-il de perdre le contrôle de votre roman ?

Oui, la fin change parfois en cours. Pas forcément l’identité du tueur mais le déroulé de l’histoire et la résolution. En fonction de l’évolution des personnages, des différentes directions qu’ils prennent.

Par exemple, mon prochain livre, le cinquième de la série avec Jonathan Stride et Serena, qui s’intitulera The burying Place, a deux fins. En effet, la première était trop sombre à mon goût, c’est pourquoi je l’ai réécrite différemment.


Quelles sont vos sources d’inspiration ?
J’ai beaucoup appris de tous les auteurs que j’ai lus depuis mon enfance. Pas uniquement des policiers, mais toute sorte de genres. Tous ont influencé plus ou moins directement mon style de narration. J’écris des thrillers, mais j’essaye de faire quelque chose de différent : Souvent, les polars utilisent un ton froid, ironique et détaché. Ce n’est pas une critique mais une simple constatation. De mon côté, Je n’ai pas peur d’écrire de façon passionnée et je m’intéresse plus aux émotions des personnages qu’à la résolution de l’enquête.

Alors vous pourriez écrire un roman où l’enquête n’aboutit pas ?
Je pourrais… mais les lecteurs me tueraient ! Vous savez, le titre original du Voyeur était Unsolved (irrésolu /non résolu) cela désignait l’enquête sur le meurtre de Laura dont le dossier avait été fermé pendant trente ans et se rouvrait tout juste. Mais j’ai eu peur que les lecteurs y voient une fin sans résolution, donc j’ai fini par changer le titre. Toutefois, j’aime garder une certaine ambiguïté dans les fins. Elles ne sont ni joyeuses, ni tristes, jamais parfaites. J’instaure une certaine complexité et une ambiguïté morale.

En parlant d’ambiguïté : Comment avez-vous fait pour gérer la polyphonie dans ce roman ? Je pense au fait que l’on arrive à douter de l’innocence de Tish alors même qu’elle est la narratrice, par moment.
Avec Tish, il y a une mise en abyme car elle écrit un roman au sein du roman. J’ai dû utiliser un style différent, beaucoup plus brut, primitif, car Tish raconte l’histoire du point de vue de Cindy qui avait dix-sept ans à l’époque. Le style est forcément différent. D’ailleurs, ça n’a pas beaucoup plu aux critiques.

Tish est un de mes personnages préférés. Non pas qu’elle soit la plus sympathique, mais souvent les personnages les moins sympathiques sont les plus intéressants. Tish a de bonnes intentions dès le début, mais le lecteur ne peut pas le savoir. Moi je savais qui elle était, c’est ce qui m’a permit d’écrire

De manière générale, je porte l’accent sur la psychologie des personnages. Vous savez ma femme est psychologue et ma plus sévère critique, donc ça aide ! Je développe la psychologie de mes personnages en fonction du contexte et de leur vécu : Nous sommes le résultat de nos expériences. Si je comprends ce qu’ils ont vécus, je peux pénétrer le cœur de mes personnages et trouver le ton juste. Je veux qu’ils parlent au lecteur directement et que l’on ne reconnaisse pas ma voix derrière eux, vous me suivez ?

Bien sûr. Vous exercez en maître dans l’art de manipuler la psychologie de vos personnages… et celle du lecteur aussi ?
Non, je ne manipule pas mes lecteurs, ce ne sont pas des fausses pistes que je leur donne. Je leur dis simplement tout. Ils savent que dans ces multiples indices, certains seront importants et d’autres non, mais ne savent pas lesquels. C’est là, la seule manipulation que j’exerce.

Vous avez évoqué tout à l’heure un cinquième livre avec l’inspecteur Stride, avez-vous d’autres projets ?
Oui, mais après le cinquième roman, Stride aura bien besoin de vacances ! J’ai donc prévu d’écrire deux romans avec d’autres personnages qui n’ont rien à voir avec ma série, mais je sais que je reprendrai Stride plus tard. J’y suis trop attaché et j’aime voir la façon dont il change avec le temps. De même pour Serena, il est plaisant de suivre l’évolution de leur relation au cours des différents romans. De toute façon, il se débrouillera pour revenir dans le jeu par lui-même !


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