Ofelbe : un autre pan de la culture pop japonaise, à travers le Light Novel

Nicolas Gary - 15.12.2016

Interview - Ofelbe Light Novel - culture pop japonais - romans manga culture


Les Éditions Ofelbe ont pris part pour la première année au Salon du livre jeunesse de Montreuil. Lancée voilà moins de deux ans, elle se consacre à la culture pop japonaise, et plus spécifiquement à un phénomène de librairie de l’Archipel : le Light Novel. Guillaume Kapp, responsable de la communication, nous raconte l’histoire de la maison.

 

 

 

ActuaLitté : Ofelbe est une jeune maison. Quelle est votre approche éditoriale ?

 

Guillaume Kapp : Nous avons publié nos premiers ouvrages en mars 2015, inaugurant un catalogue entièrement dédié au Light Novel. Ce segment est encore mal connu en France, et, pourtant, il occupe un grand espace dans les librairies japonaises. Ofelbe a à cœur de faire découvrir ce genre qui était en marge alors qu’il a la capacité de pouvoir rassembler deux lectorats qui sont souvent opposés, celui du roman et du manga. C’est aussi l’occasion de présenter un autre pan de la culture pop japonaise, parce qu’il est dommage qu’on ne la découvre qu’à travers le manga ou les séries animées.

 

Notre idée, c’est que les lecteurs et lectrices qui apprécient le manga peuvent retrouver des univers, et surtout les ouvrages d’origines. D’un côté, c’est une nouvelle approche du récit, et de l’autre, un genre très spécifique. À ce titre, on découvre nous-mêmes un lectorat qui était curieux de la culture japonaise, mais que le format du manga rendait un peu réticent – de même que le sens de lecture, ou le simple fait de la bande dessinée.

 

La grande particularité des Light Novel, on la retrouve avec la présence de quelques illustrations noir et blanc ou couleur, une dizaine, intégrées dans les livres. Cela reflète aussi le rapport à l’image, au cœur du Japon. Le récit est à la fois augmenté par ces dessins, sans pour autant être gênant : nous le répétons souvent, les lecteurs découvrent de nouveaux horizons littéraires. Mais à la différence des romans classiques, les illustrations tendraient plutôt à projeter le lecteur comme un compagnon des protagonistes.

 

Justement, quelle est l’origine du Light Novel ?

 

Guilaume Kapp : En soi, ils ressemblent en bien des points aux romans occidentaux. Le premier démarrage se fit dans les années 60-70, mais, en réalité, le Light Novel a vécu plusieurs naissances au cours des vingt dernières années. 

 

Le marqueur le plus remarquable, ce fut Haruhi Suzumiya, de Nagaru Tanigawa, au début des années 2000. En France, pour l’anecdote, c’était l’explosion des livres Harry Potter qui rythmait la période. Haruhi Suzumiya a provoqué un véritable engouement, et une dizaine d’années plus tard, Sword Art Online a maqué une seconde étape. 

 

Ce roman a été adapté en anime, vu des millions de fois. Il a par la suite été adapté en manga – les éditions Ototo ont commencé sa publication en France en novembre 2014. Cette saga phénomène a vécu avec des actualités permanentes autour de la licence. Il s’est vendu autour de 19 millions d’exemplaires et SAO reste, depuis sa première publication en avril 2009 au Japon, dans le top 3 des meilleures ventes. Chez nous, le tome 4 est disponible et le tome 5 qui inaugurera un arc inédit intitulé Alicization sortira le 23 février 2017. Cette saga s’est vendue à près de 45.000 exemplaires tous tomes confondus, notre plus grande réussite. 

 

Or, SAO a également bousculé les méthodes de travail au Japon : auparavant, le Light Novel profitait de prépublications dans des magazines spécialisés. Avec ce livre, c’est une autre approche, celle des webnovel, des textes publiés sur internet, et des auteurs inédits, que l’on a ainsi découverts. On peut citer The Irregular at Magic High School et DanMachi, d’autres exemples de grandes réussites. Il faut comprendre que le Light Novel représente un potentiel fantastique, parce que l’on dépasse le marché des fans de manga, sans les perdre.

 

Votre maison a exposé au salon du livre jeunesse de Montreuil pour la première année. Qu’en retirez-vous ?

 

Guillaume Kapp : Oui... (sourires) Pour une première expérience sur ce salon, nous sommes très satisfaits. En 2015, nous venions de débuter l’activité, et il était trop compliqué d’y entrer. Montreuil, c’est un grand salon, mais le plus difficile, c’est de l’intégrer. C’est chose faite, et nous sommes impatients de nous développer les années prochaines.

 

Ensuite, nous savions qu’il s’agissait là d’un rendez-vous incontournable pour les lecteurs, autant qu’avec les professionnels. Pour un éditeur jeunesse, cela se compare à la Japan Expo pour les éditeurs manga. Montreuil nous a permis de faire connaître non seulement ce format différent, mais aussi cette dimension culturelle autre. Cela passe par les rencontres avec des bibliothécaires, des documentalistes et des parents : certains avaient entendu parler de notre catalogue, mais la majorité en ignorait tout. Il reste un long chemin à parcourir.

 

Maintenant, je retiens avant tout la curiosité dont nous avons fait l’objet. D’abord, ce sont des livres, qui peuvent ramener les enfants vers la lecture de romans. C’est une force, et un argument convaincant. À ce titre, on espère convaincre les CDI, les bibliothèques, mais également les libraires. En 2017, nous disposerons d’un catalogue plus étoffé, d’un stand plus grand aussi. Et puis, nous n’aurons plus peur d’être regardé avec de gros yeux incrédules – ce qui est arrivé cette année, mais pour une minorité finalement.

 

On l’a constaté avec les ventes. Économiquement, nous nous en sommes sortis correctement, et preuve de la curiosité, ce sont avant tout des tomes 1 qui ont été achetés. Sans même que l’une de nos séries se démarque d’ailleurs. Pour nous, cela signifie que l’on a su éveiller l’intérêt, et capter l’attention de nouveaux lecteurs.

 

Enfin, je préciserai que Montreuil nous a permis d’observer ce que font nos confrères – et il serait regrettable de se priver du contact avec la réalité des éditeurs. Certains sont en relation avec le marché depuis des années. Bien entendu, nous conservons notre style, tout en profitant de ce qu’ils nous apportent. 

 

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À ce titre, comment se déroule la diffusion de vos livres, que ce soit dans la presse ou en librairies ?

 

Guillaume Kapp : Toute nouvelle maison se heurte d’abord à la densité du marché. Nous avons ajouté une difficulté : des romans atypiques, qui ont la couverture d’un manga. (rires) Depuis le début, je travaille en étroite collaboration avec de nombreux médias spécialisés et tout l’enjeu de 2017 sera d’élargir notre action aux journaux généralistes. Avec la seule couverture, l’approche de nos livres est faussée, ce qui implique de faire de gros efforts de notre côté.

 

Côté diffusion/distribution, nous travaillons avec Interforum, qui a su nous convaincre : ils ont déjà des catalogues dans le style Young Adult, ils travaillent des romans jeunesse et connaît également le secteur manga. C’était presque parfait : nous sommes à la croisée de tous ces univers. Les réunions avec les représentants ont aussi nécessité que l’on détaille précisément notre ligne éditoriale. Ils ont désormais tous les outils, au-delà des visuels, pour montrer la spécificité de notre catalogue.

 

Nous n’avons d’ailleurs aucun problème à placer nos livres dans les grandes surfaces culturelles, les enseignes Fnac ou Cultura, de même que dans les librairies spécialisées. Le plus important reste de convaincre les établissements de premier niveau. Les libraires peuvent être sceptiques ou douter : souvent, quand ils se montrent réfractaires, c’est par méconnaissance. Nous faisons des romans, et il ne faut pas avoir peur de leur couverture. 

 

Bien entendu, je comprends qu’il ne soit pas simple de positionner sur les tables de librairies ces titres, dont le format est peu connu. Alors, nous tâchons de nous montrer le plus disponible possible, pour être au contact des libraires, et les convaincre...

 

Pour 2017, alors, quelles seront les nouveautés ?

 

Guillaume Kapp : Nous allons sortir les suites de Spice & Wolf et DanMachi La Légende des Familias, ainsi que le tome 5 de Sword Art Online. C’est une publication très attendue, parce qu’elle s’inscrit dans la suite directe de l’anime. Et nous savons que les lecteurs sont impatients.

 

Ensuite, il y aura Re:Zero de Tappei Nagatsuki et illustré par Shinichirou Otsuka. Et là, nous avons beaucoup d’espoirs, parce que ce livre a connu un succès colossal au Japon. Entre avril 2015 et avril 2016, il s’était écoulé plus d’un million d’exemplaires. Et en avril, l’adaptation en série animée est sortie : cinq mois plus tard, le Light Novel réalisait un million de ventes supplémentaires. 

 

Re:Zero bénéficiera donc de la montée en puissance de la série, mais également de la publication chez Ototo en avril, du manga, un mois et demi avant notre publication. On se plaît à dire que ce sera un peu notre One Punch Man...

 

Ensuite, nous avons encore deux nouvelles sagas à annoncer. La première sortira en mai 2017, la deuxième en juillet 2017. Ces deux sagas représenteront un défi pour notre maison d’édition. D’un côté, on va s’attaquer à un nouveau marché et changer de rayon en librairie. De l’autre, on va rester en jeunesse/young adult, mais proposer un univers très différent de ce qu’on pouvait publier jusqu’à maintenant. On va plutôt s’orienter vers la tranche de vie, la romance, la comédie... À suivre.