« On doit toujours remettre son écriture en question »

Clément Solym - 07.03.2011

Interview - hubert - haddad - nouvelles


Écrivain prolixe aux multi-facettes et multi-talents, Hubert Haddad vient de publier Nouvelles du jour et de la nuit, aux éditions Zulma. Il a répondu à nos questions.

On décèle comme fil conducteur de vos nouvelles une certaine solitude, une obscurité chez vos personnages. Pourquoi cette trame du drame ?
Il s’agit effectivement à chaque fois de l’homme confronté à sa solitude, dans une quête de la vérité motivée par un drame initial. La nouvelle est souvent constituée d’un protagoniste, un personnage, d’une action et d’un dénouement. Il y a toujours dans ce genre une dimension policière couplée à du théâtre, où l’on ne peut pas déborder, excéder. Il y a quelques nouvelles dans les deux recueils qui sont plus tranquilles, mais, conservent toujours un drame irrésolu qui provoque chez le personnage une quête qui souvent va le confronter au-delà même de la résolution de ce drame. C’est la confrontation dernière, c’est la mort, la métamorphose, la transformation complète de ce qu’il croyait être. La question de l’identité est donc souvent là, sachant que l’identité est une construction qui, si elle est accidentée, va forcément donner lieu à une révélation traumatisante parce que l’on n'est pas celui qu’on croit. Et parce que les mystères nous cernent.

Nous ne sommes pas loin de la folie !
Oui, la folie est omniprésente, mais elle nous guette tous ! La raison n’est qu’un petit îlot dans un océan de folie. Nous sommes tous socialement, par le lien d’altérité, tenus à poursuivre notre aventure de manière relativement raisonnable. Mais l’on sait bien qu’un individu - comme Robinson Crusoé, serait devenu fou seul sur l’île. Son identité aurait éclaté.

©Adrien Aszerman

Romancier, essayiste poète… Pourquoi ne pas vous cantonner à un style ?
Le style est une chose, le genre en est une autre. Le style, on le reconnaît dans mes essais, dans mes pièces de théâtre, dans les romans, même si on doit toujours remettre en question son écriture pour ne pas tomber dans des tics ou des culs-de sac. Après, il faut revisiter son travail et se ressaisir pour aller plus loin. Concernant le genre, la réalité de l’écrivain est pour moi d’avoir le monde entier et toutes les bibliothèques, des rencontres et des découvertes à sa disposition.


Et ces différents genres ?

J’écris de la poésie depuis l’âge de 15 ans, après avoir découvert Rimbaud et Lautréamont. Il s’agissait alors du seul genre qui m’était accessible, tandis que pour le roman il m’a fallu attendre quelques années. La poésie est le langage qui se réfléchit en lui-même, le langage du travail sur lui même qui mène à tous les genres littéraires. Ainsi les poètes deviennent souvent dramaturges ou romanciers, parce que la métaphore en jeu dans la poésie, une fois déployée, ouvre à tous les genres. Pour moi un écrivain doit se confronter à tous ces genres car il s’agit de se remettre en question, de se confronter à la difficulté. Des écrivains ont trouvé un moule - ce qui est très honorable - une sorte de structure où ils vont faire des variations, ce qui donne des artisans comme Simenon et il y en a bien d’autres. Je pense que tout écrivain est un poète fut-il refoulé, brimé. L’écrivain fait un usage gratuit du langage à des fins improbables, dans une recherche qui le dépasse. Donc tout écrivain en état de création participe, d’une certaine manière, de la poésie, qui est la disponibilité inquiète. J’ai à tout moment des projets de nouvelles, de romans, mais je ne sais pas immédiatement comment je vais les mettre en oeuvre. Je suis donc dans l’inquiétude permanente des modalités que je vais employer. C’est évidemment source d’anxiété, mais je vis avec ça depuis le début.


Pourquoi la nouvelle n’est-elle pas aussi à la mode en France qu’aux Etats-Unis ?

La nouvelle a eu une belle fortune en France au XVI, XVII et même XIXe siècles. Les grands nouvellistes français ont presque créé le genre avec les Anglais. Maupassant, Flaubert, même Balzac… tous les écrivains romanciers du XIXe ont merveilleusement sacrifié à la nouvelle. Il y a aussi de grands nouvellistes au XXe siècle comme Gracq, ou Noel Devaulx.
Mais le roman est comme un trou noir qui a tout aspiré. Tous les genres sont happés par le roman, pour le pire et pour le meilleur. Il y a dans le roman une certaine inspiration démiurgique où l’on veut totaliser, avec un rêve encyclopédique, une utopie dans le roman. J’y ai moi même cédé avec l’Univers, qui est un roman dictionnaire sur la mémoire et l’amnésie.