Oxmo Puccino : " Le Tweet c'est l'aphorisme 2.0"

Antoine Oury - 20.03.2014

Interview - Oxmo Puccino - 140 piles - Au Diable Vauvert


Dans l'industrie de la musique, on se gausse des rappeurs qui écrivent, signe interprété comme celui d'une carrière descendante. Pourtant, ce sont eux, les rappeurs, emcees et punchliners, qui accordent le plus d'importance aux textes dans le monde de la musique. Oxmo Puccino, après Mines de Cristal, un premier recueil de textes orientés slam, propose un recueil de tweets intitulé 140 piles, Au Diable Vauvert. Tweetinterview.

 

Un recueil de tweets ? L'idée semble pour le moins saugrenue, dans la mesure où tous les textes du livre sont publiés et disponibles sur Internet. Pour autant, Oxmo Puccino ne s'est pas contenté de compiler ses messages les plus partagés ou plébiscités sur le réseau, mais s'est lancé à un véritable travail de sélection.

 

Aphorismes, saillies poétiques ou simples phrases qui ont traversé l'esprit, le recueil fournit au fil des pages un portrait qui ne se plie à aucune convention, né directement des doigts du rappeur. Lus au hasard ou scrupuleusement analysés, les messages poursuivent l'oeuvre d'Oxmo Puccino sans la dévoiler grossièrement.

 

 

 


 

Oxmo Puccino : L'écriture des tweets, c'est quelque chose qui évolue avec le temps et qui dépend de l'instant. Ils se nourrissent de réflexions, de petites pensées philosophiques, de rencontres, de lectures et de réactions à certains événements artistiques. Je ne les avais jamais relus jusqu'à la mise en place de ce livre. En les relisant, en les sélectionnant, j'ai fait un voyage dans le temps des souvenirs et des émotions. Ce fut un travail compliqué. Avec mon éditeur et mes collaborateurs, nous avons d'abord réfléchi à la forme et au sens afin de favoriser la sélection. Ce recueil est un témoignage, un journal de pensées partagées.

 

Oxmo Puccino : Étant toujours en mouvement, j'utilise Twitter essentiellement sur mon mobile. Lorsque il m'arrive d'avoir du temps à la maison, je prends mon ordinateur, j'explore, je consulte, j'échange.

 


 


 

Oxmo Puccino : J'ai toujours eu un rapport de proximité avec mon public. C'était déjà le cas avant l'ère digitale. Il est certain que l'explosion numérique a renforcé cela. D'abord à travers les forums, puis les diverses plates-formes qui ont vu le jour depuis bientôt 15 ans. Sur Twitter, le rapport est particulier. Il n'est pas le même que sur Facebook ou encore sur Instagram ou Vine. Ici, nous sommes plus dans un partage de pensées, d'idées, de découvertes. Je partage des moments privilégiés. Pendant l'enregistrement du dernier album, je faisais régulièrement des livestream pour leur faire partager l'envers du décor. Il m'arrive de tester des phrases de chanson que je suis en train d'écrire, j'écoute leur réaction, je suis attentif à leurs histoires, à leur talent aussi.

 


 


 

Oxmo Puccino : J'évite d'être en réaction face à l'actualité. L'outil numérique est fantastique, mais il nécessite également une grande vigilance. Je choisis de prendre du recul. Pour commenter l'actualité, il y a des journalistes, des spécialistes bien mieux renseignés que moi. Ce n'est pas mon leitmotiv et je ne crois pas que cela intéresse mes  "Flowers". Je préfère prendre du recul sur l'information qui va désormais trop vite. Du coup, on réagit, mais on oublie d'analyser, de réfléchir. Néanmoins, il m'arrive de partager des coups de coeur, des découvertes ou une humeur que je trouve intéressante, drôle, créative ou touchante.
 


Oxmo Puccino : Sur Twitter, je recherche la formule, j'aime l'exercice de style que cela implique. Sur Facebook, je privilégie l'information. Le Tweet c'est l'aphorisme 2.0. J'aime beaucoup car chaque mot compte. Il n'y a pas de mots en trop. Il y a l'essentiel et pourtant tant de portes ouvertes vers l'imaginaire et la réflexion derrière. 

 


 


 


 

Oxmo Puccino : Je lis tous les jours. Cela va de Zola à La Rochefoucauld, du roman à la poèsie, des nouvelles aux essais, de Guitry à Oscar Coop-Phane. Je lis partout dans le train, dans le bus, dans le métro, à l'hôtel.
 


 


 

Oxmo Puccino : J'envisage de plus en plus l'écriture sans la musique. J'ai toujours eu cette envie-là. Après il faut travailler, accumuler de l'expérience. Et j'ai un tel respect pour la littérature et le cinéma qu'il me faut du temps pour mûrir les idées, développer des idées. Écrire un roman, une nouvelle c'est un autre exercice. Idem pour un scénario. Ça ne s'improvise pas. Je me dois d'être à la hauteur pour tous ceux dont c'est le métier et qui le pratiquent aussi bien dans l'ombre que dans la lumière. Aujourd'hui je vais réaliser mon premier court-métrage que j'ai écrit...Je suis à la fois impatient et fébrile. Idem pour Mines de cristal ou 140 piles. Figer ainsi les choses est un grand honneur pour moi, une chance et une reconnaissance dont je savoure l'importance.
 


 

Oxmo Puccino : Je me tourne vers mes anciens textes, car je les chante toujours sur scène. Il m'arrive aussi de me replonger dedans pour ne pas me répéter. Avec le temps, j'ai fait évoluer ma technique d'écriture, je l'ai adapté à la scène aussi. Ce qui me rend fier, c'est d'être là à répondre à vos questions, c'est de sortir 140 piles, d'écouter mes fans me parler de morceaux qui les frappent encore, de croiser des fans avec leurs parents à mes concerts, ou à l'inverse certains venir avec leurs enfants et voir des gens de 15 ans me dire que c'est en écoutant L'amour est mort que leur est venu l'envie d'écrire, ou bien de rencontrer des gens de 70 ans venus assister à des lectures de texte. Encore une fois j'ai beaucoup de mal à réaliser tout cela. J'écris, c'est tout ce que je sais faire et j'essaye de le partager intensément avec mon public qui me soutient, m'accompagne et que je remercie.