Poètes libertaires d’Iran : une anthologie de la poésie persane contemporaine

La rédaction - 11.07.2016

Interview - Poètes libertaires Iran - anthologie poésie persane - poésie persane contemporaine


L'anthologie Poètes libertaires d’Iran, réalisée par Reza Afchar Nadéri et publiée par Le Temps des Cerises, regroupe sept grands poètes iraniens du XXe – XXIe siècles. Parmi ces sept poètes, deux sont encore en vie. La grande poétesse nationale, Simine Behbahani, elle, est décédée en août 2014. Ces poètes sont : Nima Youchidj, le père de la poésie nouvelle, Forough Farrokhzad, grande poétesse disparue à l’âge de 32 ans lors d’un accident tragique de voiture, Mehdi Akhavan Sales, dont l’œuvre est fortement imprégnée de patriotisme et de nostalgie pour la grandeur de la civilisation perse, Ahmad Chamlou, que certains surnomment le Pablo Neruda iranien, Houchang Ebtehadj, toujours en vie (88 ans), Simine Behbahani et Mohammad Reza Chafii Kadkani, ce dernier également en vie (77 ans).

 

Reza-Afchar-Nadéri-portrait-© M.-Afchar-Nadéri

 

 

La présentation est menée sous forme d’interview par Éric Poindron, auteur et directeur de collection aux Éditions du Castor astral.

 

Éric Poindron : Peux-tu nous expliquer le choix du titre de cette anthologie ? Pourquoi « Aube Nouvelle » et pourquoi « Poètes libertaires d’Iran » ?

 

Reza Afchar Naderi : Le titre m’a été inspiré par deux poèmes de A. H. Ebtehadj, un des sept poètes contemporains persans autour desquels s’est construite cette anthologie.

 

Il s’agit de « Aube » (Chabguir) et d’Aurore (Sepideh). Dans le premier poème, il est question d’un univers sombre et mélancolique dans lequel est plongé le poète alors que « le coq a chanté chez le voisin ». Ce pourrait être une allusion à d’autres pays où les horizons restent ouverts alors que l’auteur se sent prisonnier d’un monde plongé dans l’archaïsme. Cependant il ne renonce pas, il n’est pas résigné et il croit encore en une lueur qui descendrait un jour au cœur de cette désolation.

 

L’autre poème, « Aurore », porte comme second titre « Iran, pays de l’espérance ». Il fait partie de ces poèmes de dimension nationale, extrêmement populaires, qui ont été mis en chanson. Et quand un poème patriotique est mis en chanson, c’est la consécration ultime qui est, elle, accordée par tout un peuple. Je pense, à l’équivalent, en France, des poèmes de Louis Aragon, chantés par Jean Ferrat, comme l’Affiche Rouge (poème de résistance) ou bien « Ma France ».

 

Le poème d’Ebtehadj est né au lendemain de la révolution de 1978. Sa mise en musique a été effectuée par le compositeur Mohammad Reza Lotfi et il a été chanté par Mohammad Reza Chadjarian, sans doute le plus fameux chanteur contemporain iranien, dans la veine de la chanson classique. Avec une popularité que l’on peut comparer à celle de Jean Ferrat chantant Aragon.

 

Hymne d’espoir, rêve de renouveau. En reprenant les titres de ces poèmes à mon compte, je donnais à l’anthologie, le ton de l’espoir, après les bouleversements politiques qu’a connus l’Iran et ce traumatisme historique que fut la guerre de 8 ans avec l’Irak. La guerre avec l’Irak a été pour l’Iran ce que fut la Grande Guerre pour la France, un cataclysme, laissant derrière elle la ruine, le désastre et des milliers de grands blessés et de mutilés. Le titre forme donc le vœu de voir une nation recouvrer la prospérité après une lourde convalescence.

 

Deux mots également sur le sous-titre : « Poète libertaires d’Iran ». C’est ce qualificatif de « libertaire » qui a guidé mon choix des auteurs que j’ai traduits. La poésie libertaire (En persan Azadeh) est une vieille tradition dans l’univers culturel iranien. Ferdowsi, le premier, au Xe siècle après Jésus-Christ, se fait le chantre de l’identité persane en composant son Chahnameh (Livre des rois) dans lequel il annonce « avoir œuvré une trentaine d’années pour libérer la langue persane du joug de l’envahisseur arabe ».

 

Après Ferdowsi viendront d’autres générations de poètes réfractaires dont le plus fameux, traduit en une multitude de langues, Khayyam de Nichapour, dont les quatrains racontent les vertus d’une immanence radicale, c’est-à-dire d’une vie vécue ici et maintenant, face aux promesses illusoires d’arrières mondes présentés comme autant de mirages.

 

Le poète prend position pour l’intégrité humaine, loin des archaïsmes ou du dogme qui asservissent les individus. Et c’est là où le vocable « libertaire » prend tout son sens. J’ai préféré ce terme à celui « d’engagé ». Car on peut s’engager pour une cause et en rester prisonnier, sacrifier son libre arbitre à un dogme collectif ou à une idéologie.

 

 

 

Éric Poindron : Tu dis et répètes souvent que la poésie persane est une poésie « populaire ». Est-ce que tu peux développer ce propos ?

 

Reza Afchar Naderi : Je vais le faire grâce à trois récits. Le procédé d’ailleurs pourrait bien être emprunté au livre des Mille et une nuits où, tu le sais, les contes plus ou moins longs servent de ciment à ce recueil de contes unique de la littérature mondiale, à mon sens l’ouvrage le plus fascinant que le genre humain ait jamais produit. Mais ceci est une autre histoire.

 

Premier récit

Le 30 mars 2016 – il y a pratiquement 3 mois – je reçois un mail d’une amie guide conférencière qui travaille avec des voyagistes spécialisés sur les voyages en Orient, notamment en Iran. Elle me dit qu’elle a besoin de mon aide et qu’elle ne se serait jamais permise de me faire cette demande si elle n’avait une dette vis-à-vis d’un ami très cher qu’elle vient tout juste de perdre. Puis elle me raconte une histoire assez extraordinaire. L’ami en question était un homme d’affaires français qui a vécu en Iran durant l’année 1979. Il était tombé amoureux de la poésie persane et il avait travaillé sur l’œuvre du poète Hafez de Chiraz (sur le thème du « musc » précisément). Puis, à son retour en France – retour provoqué par la révolution iranienne – il s’était inscrit à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales) afin d’y poursuivre ses recherches sur la poésie persane.

 

Or cet ami avait fait le vœu que le jour de ses funérailles on lise un poème (un ghazal ou poème lyrique) de Hafez sur son cercueil. Et ce jour venait d’arriver. C’était précisément le surlendemain du jour où je recevais le mail de cette amie. J’étais devenu son dernier recours, car le professeur de persan du défunt était injoignable et elle ne savait plus où s’adresser. En apprenant cette histoire singulière, je me suis dit que je ne pouvais pas rester indifférent devant un tel amour de la poésie persane. J’ai accepté.

 

Alors, je me suis plongé dans le recueil des poèmes de Hafez de Chiraz – le Diwan – pour trouver un ghazal où il serait question de musc. Je l’ai trouvé puis je me suis attelé à sa traduction. Il faut savoir que la poésie de Hafez est simple d’apparence, mais extrêmement complexe à traduire. Le surlendemain j’étais prêt. Je me suis rendu au cimetière du Montparnasse — où m’attendaient la veuve du défunt, ses proches et ses amis — avec le Diwan sous le bras et la traduction du fameux poème. On m’a conduit devant le cercueil. J’ai déclamé le poème, d’abord en persan. Puis sa traduction en français. Les personnes présentes étaient très émues et je l’étais aussi très fortement. Après ma lecture, on a déposé la feuille portant la traduction du poème sur le cercueil qui a été mis en terre avec ce ghazal.

 

Second récit

Près d’un mois après cette expérience troublante j’ai trouvé sur ma messagerie un mail qui avait été redirigé depuis mon site internet. Une jeune journaliste travaillant pour la station de radio France Culture avait acheté mon Anthologie des poètes libertaires d’Iran et souhaitait me rencontrer, car elle envisageait de faire un reportage sur l’importance de la poésie dans la vie des Iraniens.

 

On s’est donné rendez-vous dans le quartier Bastille. Voici ce qu’elle m’a raconté. Elle avait voyagé en Iran et s’était rendu à Chiraz, ville natale de Hafez et de Saadi. Et comme tout visiteur ayant mis le pied à Chiraz elle était allée visiter le mausolée de Hafez qui est un véritable centre de « pèlerinage poétique ». Car s’il est une Mecque de la poésie à l’échelle mondiale, cette Mecque se trouve précisément en ce lieu, dans ce mausolée.

 

Reza-Afchar-Nadéri-et-Phil-Donny-© RAN

 

 

La journaliste avait été littéralement subjuguée par la ferveur des Iraniens de toute condition qui s’étaient réunis en ce lieu autour de la tombe de Hafez pour lire ses poèmes autour de sa pierre tombale. Il y avait là des personnes d’origine modeste, d’autres plus distinguées. Il y avait des jeunes et puis des très jeunes, des enfants, il y avait des ancêtres, il y avait des militaires et il y avait aussi des couples d’amoureux, des grands-mères ou encore des religieux barbus et enturbannés. La journaliste s’est alors demandé comment la poésie pouvait disposer d’un tel pouvoir capable de réunir autour d’elle autant de personnes si différentes.

Lui est venue alors l’idée de réaliser un reportage sur des Iraniens résidant à Paris à qui elle demanderait ce que représente pour eux la poésie persane.

 

Je lui ai communiqué divers contacts, des noms de personnes à même d’en parler, et nous avons convenu qu’elle me rappelle quand elle disposera de suffisamment de matière pour qu’on dresse ensemble le bilan de ses recherches avant qu’elle ne mette la dernière main à son reportage.

 

Troisième et dernier récit. 

Le 9 juin dernier, la chaîne ARTE a diffusé un reportage portant comme titre : « Iran, chronique d’une année décisive ».

 

Le film montre des milliers de personnes descendues dans les rues de Téhéran pour manifester leur joie après la signature de l’accord « sur le nucléaire » entre l’Iran et les Occidentaux. Cet accord prévoit la levée des sanctions économiques qui frappent le pays depuis des décennies. La date de la signature est le 14 juillet 2015. Les sanctions seront levées définitivement le 21 janvier 2016.

 

Puis on voit sur le petit écran une délégation française composée d’hommes d’affaires, accueillie par les officiels Iraniens. Elle est conduite par Stéphane Le Fol, ministre de l’Économie et porte-parole du gouvernement français. La voix off dit que la délégation est consciente que ses interlocuteurs iraniens, quels que soient leurs intérêts financiers, sont très attachés à leurs racines et à leur héritage culturel. Alors, il convient de les flatter lors des échanges afin de manifester les égards sont dus à ces valeurs essentielles pour les Iraniens.

 

Après un discours du ministre Stéphane Le Fol la parole est donnée à Matthias Fekl, secrétaire d’État chargé du commerce extérieur. Voici ses mots : « Il y a beaucoup de choses à faire ensemble, travailler dans le respect qui vous est dû, dans le respect aussi d’une grande culture, dont témoigne le prestige de votre pays, de vos œuvres, de votre création et en particulier de votre… poésie. »

 

Les gens du Medef, ces hommes du business, se préoccupant de poésie persane, voici un événement peu banal que je ne pouvais manquer de souligner. On retiendra de ces trois récits que leurs acteurs principaux avaient bien compris que la poésie est l’art majeur en Iran et la plus prestigieuse des vitrines culturelles de ce pays. Et à ce titre la plus « populaire » de ses formes d’expression artistique.

 

"A la Tzigane" poème de Simine Behbahani © Phil Donny et "Voici l'hiver" poème de M. Akhavan Sales © Phil donny 

 

 

Éric Poindron : Est-ce qu’on peut considérer cependant que cet art est pratiqué autant par les dirigeants du pays que par l’homme de la rue ?

 

Reza Afchar Naderi : Il est pratiqué au plus haut niveau comme au niveau le plus modeste. Le guide de la révolution l’imam Khaménéï invite régulièrement des poètes qui viennent lui présenter leurs compositions et, en retour, ils sont gratifiés de cadeaux selon leur talent.

 

Est-ce que tu vois, aujourd’hui, Nicolas Sarkozy ou François Hollande inviter à l’Élysée des poètes de dimension populaire ? Déjà il faut les trouver ces poètes « populaires ». Et puis, compte tenu de leurs niveaux intellectuels respectifs – je veux parler des présidents —, ils préféreraient sans doute inviter, respectivement, les rappeurs Doc Gynéco et Joey Starr dont on connaît la portée de leur réflexion et la qualité de leur poésie.

 

En Iran, dans les banlieues des grandes villes tout comme dans les petits villages de province, les familles possèdent chez elles les recueils de poésie de Khayyam, de Saadi ou de Hafez. Les poèmes sont appris par cœur et on pratique également des joutes poétiques (des « battles » pour employer le lexique anglo-saxon d’importation) à domicile.

 

Eric Poindron : Est-ce que cette poésie d’avant-garde dont il est question dans ton anthologie est aussi populaire que la poésie classique, celle des Khayyam et des Hafez ?

 

Reza Afchar Naderi : Affirmatif. Cela vient sans doute de ce que le lien n’a jamais été rompu entre la tradition antique et l’expression moderne de la poésie persane. Et l’anthologie se situe dans le droit fil de cette tradition. Ce livre regroupe les plus grands auteurs contemporains persans, représentant une école d’avant-garde, et pourtant il n’y a pas de rupture avec leur héritage culture le plus ancien. Ces poètes d’avant-garde se réclament tous de l’héritage classique. Et jusque dans leurs poèmes, ils font allégeance aux illustres prédécesseurs.

 

Eric Poindron : Pourtant cette poésie d’avant-garde demeure, étonnamment, si peu connue du public français !

 

Reza Afchar Naderi : J’ai été amené, précisément, au projet de cette anthologie après avoir constaté à quel point la poésie contemporaine iranienne demeurait méconnue du public français. Alors que cette poésie d’avant garde, nommée en Iran « Poésie nouvelle (Che’re now) est là-bas extrêmement répandue avec ses poètes élevés au rang d’icônes populaires. Ce sont des monstres sacrés de la poésie persane.

 

Il y avait donc une injustice à réparer. Je me demandais, naturellement, pourquoi elle était à ce point, cette poésie-là, ignorée en France. Pourquoi la poésie persane lue en France correspond pour l’essentiel à la période médiévale ?

 

En voici la liste la plus pratiquée.

 

Khayyam, le plus connu mondialement et le plus traduit a composé ses quatrains (Robaïat) au XIe siècle. Attar, rendu populaire en France grâce à sa Conférence des oiseaux mise en scène par Jean-Claude Carrière, a vécu au XIIe siècle. Saadi de Chiraz, connu pour sa “Roseraie” (Golestan), a fait parler de lui au XIIIe siècle. Le même siècle est témoin de la composition des poèmes mystiques de Djalal ed Din Roumi, chef de la confrérie des Mowlavis (les “derviches tourneurs” pour reprendre leur appellation “touristique”). Hafez de Chiraz, auteur du Divan, fameux recueil de poèmes dédiés à l’immanence existentielle, marque par son génie lyrique le XIVe siècle. Le grand poète national qu’est Ferdowsi forge un monument littéraire daté du Xe siècle dont le potentiel patriotique demeure toujours aussi marquant à l’aube de notre XXIe siècle.

Vient ensuite un grand vide dans les lectures françaises pour les siècles qui suivent.

 

Pourtant il y a eu durant toute cette parenthèse post médiévale de grands poètes. Pour la période contemporaine, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, on peut évoquer de grands noms de la poésie populaire tel que Mohammad Taghi Bahar (né en 1886), qui s’est illustré lors de la Révolution Constitutionnelle en Iran (enghelab e Mashrouteh) (1905 – 1911) qui aboutira à la fondation du premier parlement iranien. Il s’agit également du premier parlement élu démocratiquement dans tout Moyen Orient.

 

Par la suite, au XXe siècle, sur le plan purement politique, l’Iran a été précurseur de grands bouleversements dans la région Proche Orient – Moyen-Orient. Je veux parler de ce qu’on a appelé les “Printemps arabes”. Or l’Iran avait déjà eu son printemps en 1978. Ce qui a valu comme une revanche sur le coup d’état de la CIA orchestrée en 1953 qui aboutit au renversement du gouvernement de Mossadegh et à la prise de pouvoir de Mohammad Reza Pahlavi. C’est dire qu’il y a eu matière pour les poètes, à raconter l’histoire de leur pays à travers leur poésie.

 

Au tout début du XXe siècle — j’ai mentionné la date de 1905 — une révolution constitutionnelle fut donc menée pour mettre un frein au totalitarisme des souverains perses. À l’époque c’est la dynastie ghajar qui règne en Iran. Cette période qui nous intéresse va produire ses poètes et ses musiciens révolutionnaires. Il y aura des Mïakovski iraniens. Il y aura le chantre de la révolution constitutionnelle, Aref de Ghazvin (1882 -1934). Il est poète, musicien, chanteur. Une sorte de Rouget de Lisle iranien.

 

Et puis on découvre durant ces années un poète fabuleux qui s’appelle Iradj Mirza (1874 – 1926). Il est descendant de roi, mais d’un tempérament révolté. Classé poète libertin autant que libertaire, il renie ses privilèges et prend à son tour fait et cause pour la révolution constitutionnelle. Il a écrit des poèmes fameux que les Iraniens connaissent par cœur.

 

Tout ceci pour dire qu’il s’est passé beaucoup de chose là-bas, durant cette période, sur le plan poétique, et qui ne cèdent en rien à la période dite “classique”. Alors pourquoi ce silence, en France, face à la production contemporaine de la poésie persane.

 

Je crois avoir quelques réponses. Mais pour moi l’urgence était surtout de contribuer à la faire connaître, cette période, de même que les œuvres des grands poètes de ce mouvement d’avant-garde que j’ai mentionné tout à l’heure, ce mouvement baptisé “Poésie nouvelle” : Che’re now.

 

Éric Poindron : Tu viens de dire que tu crois avoir quelques réponses à ma question sur la méconnaissance, en France, de la poésie persane contemporaine. Alors quelles sont ces réponses précisément ?

 

Reza Afchar Naderi : Il y a le culte de l’orientalisme. On veut voir la poésie iranienne à travers le prisme d’une culture teintée d’orientalisme. Là-bas, le temps se serait comme arrêté et l’on se plaît à admirer les mosquées d’Ispahan et les jardins de Chiraz comme si on vivait encore au XVIe siècle. Il y a le déni d’une modernité possible venue d’ailleurs. On aime bien considérer que la poésie moderne est d’ici même et de nulle part ailleurs. Et puis il y a aussi certains Iraniens qui se complaisent dans l’image orientaliste qu’on se fait d’eux et qui jouent ce jeu-là avec toute la connotation romantique qui l’accompagne. Certains universitaires et éditeurs sont complices de cette situation. Professer un savoir mystique, hermétique, devient parfois une manière d’asseoir son autorité sur un public. L’enseignement hermétique est œuvre de pouvoir. L’enseignement libertaire est œuvre de savoir, d’autonomie d’indépendance partagée.

 

 

 

Brève présentation de Reza Afchar Nadéri

Reza est né en Iran, dans la province du Khorasan, porte d’entrée de la route de la soie en direction de l’Asie Centrale. C’est aussi la province du “pur parler persan”. Reza est venu en France afin de poursuivre des études supérieures en littérature. Il a fait un doctorat de littérature persane à la Sorbonne. Le sujet de sa thèse porte sur “Le mythe du forgeron dans le Livre des rois” (Chahnameh) de Ferdowsi. Il s’agit d’une épopée du Xe siècle. Une sorte de roman national de 120 000 vers. Le Livre des rois est une œuvre fondatrice de la culture persane, à laquelle se réfèrent encore aujourd’hui les Iraniens quand il s’agit d’affirmer son identité et ses racines. Reza a choisi, par la suite, de rester en France et de pratiquer le métier de journaliste qu’il exerce encore aujourd’hui.

 

Parallèlement à cette activité, resté fidèle à sa sensibilité poétique, il a composé de nombreux poèmes qui ont été publiés dans des revues spécialisées et il a traduit des poètes persans en français.

 

Il se présente comme “journaliste dans la vie, poète dans la vraie vie”. Il participe, par ses lectures ou ses “performances” poétiques à des rencontres et à des festivals de poésie. Il donne aussi, régulièrement, des conférences pour établir des ponts entre les cultures persane et française.

Site internet : www.rezablog.com

 

 

 

Éric Poindron est éditeur – aux éditions Le Castor Astral où il dirige la collection « Curiosa & cætera » –, écrivain (Actes Sud, Flammarion, L’Épure, Les éditions du Coq à l’Âne, Les venterniers), piéton, animateur d’ateliers d’écriture, critique et cryptobibliopathonomade. Il s’intéresse à la petite histoire de la littérature et à ses excentricités : auteurs mineurs, petits éditeurs, bibliophilie, fous littéraires, sciences inexactes ou para-littérature. 

Son dernier livre, Nuit(s), Folie, Fantômes (éditions Les Venterniers — nous emmènent justement sur ses chemins où rôdent l’inexpliqué.

 

Eric-Poindron-portrait © RAN