Ptiluc : 'Les pieds Nickelés, faut qu'ils se vautrent à la fin, c'est l'éthique à respecter'

Clément Solym - 14.11.2011

Interview - Ptiluc - Les pieds Nickelés - Richard Malka


Passer une heure, dix minutes ou trois mois à moto avec Ptiluc, c'est retenir avant tout cette voix, reconnaissable entre mille. Un mélange de passion et d'humilité, de tendre gentillesse et de bien d'autres choses. Sauf que ce soir-là, personne ne versait dans l'euphorie. Charle hebdo venait d'être incendié à coup de cocktail Molotov, et Glénat présentait le dernier ouvrage des Pieds Nickelés, signé Richard Malka, Ptiluc et Luz… justement de Charlie.


Une ouverture où les trois compères Nickelés tiennent une bombe. « Personne n'aurait pensé qu'un tel à propos aurait lieu. Et à vrai dire, on s'en serait bien passé, même si chacun plaisante un peu », nous glisse-t-on durant la soirée. Évidemment, tout le monde s'en serait passé.

 

Quelques minutes avec Ptiluc, ce sera toujours ça de pris. L'occasion de retrouver un motard impénitent, avec qui nous avions refait l'édition et de monde de la BD voilà un an. « Alors, on commence comment, cette interview ? Par le début ? » C'est parti, Ptiluc, c'est parti…

 

Au commencement, donc, Vent d'Ouest (Glénat), qui le contacte pour proposer un one-shot sur les pieds Nickelés. Les trois compères, fripouilles invétérées ont connu quelques déboires juridiques, entre éditeurs : lancer un nouvel album, c'est avant tout redonner aux gaillards une vraie force. « J'ai tout de suite dit 'moi', pour bloquer le dessin. Parce qu'il y a eu pas mal de reprises assez merdiques des Pieds Nickelés. Pas toutes, mais y'a quand même eu pas mal de merde. Et Les pieds Nickelés, c'est une BD qui dans les années 60 était interdite en prison. » Ah, effectivement, tout un programme…

 

 

Alors, poser une option, immédiate. De là, Ptiluc tente de proposer le projet à Renaud. « Je le connais depuis longtemps, et il est pas en très bon état. Je me suis dit que ça le ferait vibrer un peu, mais il n'avait pas envie. Il n'a envie de rien. » Pourtant, il faut bien être secondé, pour ce projet. Malka, ça vient de suite : les deux hommes ont travaillé sur un précédent titre ensemble. Après, Luz, « c'était le lien avec l'actualité et l'info, parce Richard et moi, on a tout de suite pensé à lui. Il avait le dessein qui pouvait coller, et faisait le pont entre la BD et la presse ».

 

« Je voulais que ces pieds Nicklés soient hyper politiques. Parce qu'ils ont toujours eu cette dimension, dans l'histoire des BD, et justement, je voulais leur rendre ça. On avait tous les trois nos idées, et moi, j'aurais même voulu que l'on reprenne tous les grands scandales de la République - les frégates de Taiwan, les diamants de Bocassa - et qu'à chaque fois, ce soient les pieds Nickelés derrière. Luz et Malka étaient pas branchés, alors on a pris d'autres idées.

 

Par exemple, l'enfer des Spin doctors, c'est une idée à Richard. Il nous a fallu deux, trois jours de réunion chez moi pour faire le synopsis. On tenait vraiment à ce qu'ils changent de pays tout le temps. Pour que ça ait un côté de film d'avant, et que l'on ait envie de lire. »

 

Après tout, Ptiluc est un grand voyageur, et forcément, ses personnages s'en ressentent. « L'escorte présidentielle, c'est venu en discutant tous les trois. Le passage africain, j'y ai plus contribué qu'à d'autres. Mais on s'est eu plein de fois au téléphone. Le but c'était que rien ne soit fait sans l'accord des autres. »

 

Ces Pieds Nickelés renouent dans tous les cas avec l'esprit politique des débuts. Pas des petites frappes, avec des petites embrouilles de banlieue. Les personnages des années 10 ou 20, « c'est hyper politique. Les mecs entubent l'empereur de Prusse, le roi de Serbie, ils lui vendent des fusils en bois ». Avec une morale piednickelesque : que les voleurs se retrouvent toujours dans la dèche en fin d'épisode, mais avec l'envie de rebondir. « Moi, ça m'aurait pas dérangé qu'ils finissent ministres. Sauf qu'il y a cette éthique à respecter, et faut qu'ils se vautrent à la fin. »

 

Comme toute la presse et les lecteurs semblent réclamer une suite, et que le trio a clairement pris son pied (nickelé) à cette BD, « si Glénat en vend des camions, on y reviendra sûrement. C'est la première fois, pour moi qui ai presque toujours bossé seul, c'était vraiment reposant. Quand tu bosses seul, tu ne sais que tu te plantes que quand le bouquin sort. En bossant à trois, tu ne peux pas te planter : si on éclate de rire tous les trois, ça part, et c'est qu'on a quelque chose de vraiment bien. »

 

Et la BD, quelqu'un des trois a prévu de l'envoyer au gouvernement, pour proposer une alternative dans le plan de redressement des finances publiques ? Parce qu'il y aurait matière, avec le travail en prison, par exemple… « Sûrement que Richard va le faire, ou l'a fait, parce que c'est un lèche-cul [Rires]. Et qu'il a un très bon carnet d'adresses que je n'ai pas. » Renseignements pris auprès de Malka, il n'y avait pas pensé. Et préférerait ne pas donner de « sordides idées aux politiques ». D'ailleurs, l'aventure commence immédiatement en prison : mais qui des trois en a fait ? [Rires] « Sûrement pas Richard [NdR : qui est avocat]. Moi non. Et Luz, je ne crois pas. »

 

Ptiluc, Richard Malka, Luz, les nouveaux Pieds Nickelés




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