Rebecca Dautremer : illustratrice à découvrir

Fred Ricou - 10.01.2007

Interview - Rebecca Dautremer - illustratrice jeunesse - découverte


Ni inconnue, ni oubliée, encore moins tortue, Rebecca Dautremer est l'une des illustratrices jeunesse les plus appréciées de ses cinq dernières années. Pour démarrer 2007 en finesse et en poésie, nous avons rencontré l'illustre artiste, chez elle, pour une longue interview...


 

 

Les Histoires sans fin : Bonjour Rebecca, peux-tu te présenter ?
Rebecca Dautremer : Je m'appele Rebecca Dautremer, je suis née à Gap en 1971 j'ai donc 35 ans, je suis illustratrice depuis 10 ans. J'ai fait l'ENSAD (Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs), avant cela j'ai fait un an dans une école de communication visuelle. Aux arts déco j'ai suivi le cursus de graphisme.

LHSF : Tu démarres ta carrière en 1995 à 24 ans, comment es-tu arrivée dans l'illustration jeunesse ?
R.D : C'est le hasard... en fait pendant ma formation de graphisme, c'est un prof d'illustration qui m'a présenté un éditeur : Gautier-Languereau.
A l'époque Gautier-Languereau cherchait des gens pour faire de l'imagerie, des décalcomanies, des coloriages, des trucs comme ça... Donc, j'y suis allée, trés modeste, présenter mon dossier d'étudiante et là, la Directrice artistique m'a donné ce premier travail.
Ce premier contact m'a permis, alors que j'étais encore étudiante, de progresser un peu. Les mois se sont écoulés, on m'a confié un premier album, puis un autre qui a été remarqué par un autre éditeur. C'est comme ça que, au bout de 4-5 ans, alors que ma première intention était d'être plutôt graphiste, je me suis aperçue que j'avais du travail dans l'illustration et donc que j'étais illustratrice. C'est vraiment du hasard, de la chance et j'ai rencontré aussi des gens sympathiques qui m'ont fait confiance.

 

LHSF : Noël 2004. C'est le "boum" avec l'album "Princesses oubliées ou inconnues..." que tu as réalisés avec Phillipe Lechermeir. Comment s'est produite cette rencontre ?
R.D : Phillipe a envoyé son texte tout simplement par la poste en novembre 2003. Quand on me l'a proposé, je n'ai pas accroché tout de suite... ça ne m'interressait pas plus que ça de faire quelque chose sur les princesses, j'avais peur de faire un truc très "niais". Comme il y avait plein d'idées originales dans le texte, l'éditeur a un peu insisté, on s'est donc lancés là-dessus. C'est la première fois que j'échangeais autant avec un auteur, on a vraiment monté le projet ensemble.

LHSF : Comment as-tu vécu l'explosion des vente de "Princesses..."?
R.D : J'avais déjà un eu livre qui avait pas mal fonctionné : "L'amoureux". En terme de ventes on a égalé "Princesses...", mais sur plus d'années. Il m'avait déjà fait connaître un peu. Quand "Princesses..." est sorti, l'éditeur pensait que ça allait être un flop total parce que j'avais fais des princesses borgnes et des machins comme ça... finalement il s'est retrouvé en rupture de stock 10 jours après sa sortie, ça a cartonné très vite.

LHSF : Est-ce que à partir de ce moment, le public va en librairie pour acheter le dernier "Rebecca Dautremer" ?
R.D : Je ne sais pas si le public qui achète un livre pour enfant l'achète pour le nom. La majeure partie des gens achètent au feeling, si je plais en ce moment c'est tant mieux...
Quelques personnes me suivent, effectivement, de plus en plus, mais il n'y a pas de star dans l'illustration... Si tu demandes aux gens de citer un illustrateur aux hasard... même, Claude Ponty... je ne suis pas sûr qu'il pourraient répondre.
Quand on vend 100 000 albums, sur les 100 000 combien de personnes ont retenu le nom sur la couverture ? Comme je le disais, il y a des gens qui me suivent, mais je ne pense pas que ce soit eux qui fassent le gros des ventes.

LHSF : 2005, tu sors avec Taï-Marc Le Thanh votre version de Cyrano de Bergerac. Comment est venue l'idée ?
R.D : Quand je cherche une nouvelle idée, j'ai quand même le souci de ce qui peut intéresser le public. Pour Cyrano, je voulais travailler sur un personnage connu de tout le monde. Nous avions aussi pensé à Romeo et Juliette. Taï-Marc prétend que c'est son idée, moi je prétends que c'est la mienne. Le scénario était pré-existant, nous nous sommes lancés...

LHSF : Le texte de Taï-Marc n'évoque pas l'Asie, pourquoi cette idée d'illustration ?
R.D : En reprenant Cyrano, je n'avais pas du tout envie de reprendre les costumes et le folklore baroque français. Je me suis dis que j'allais faire une sorte de costume improbable, un mixte de kimono et de dentelle... au départ je ne voulais pas partir dans l'idée : Japon et Asie. Je pensais que ce serait comme un film futuriste où l'on prend des costumes d'une époque que l'on transpose à une autre, ensuite j'ai vu le film "Le secret des poignards volants" qui m'a donné plein d'idées d'ambiance et de costumes. Comme il fallait se démarquer de la version originale, je ne me suis pas gênée... ça part vers le Japon mais je ne me suis pas fixée dessus, j'ai été trés libre.

LHSF : Un peu comme dans un précédent album ("Babaya", Ed.Gautier-Lauguereau), le texte est plein d'humour et de clins d'oeil alors que tes dessins sont très sérieux, c'était voulu de votre part ?
R.D : Contrairement à ce que l'on pourrait penser, rien n'est maîtrisé. Quand Taï-Marc écrit, il a tendance à faire toujours "l'imbecile" et à ne jamais rien prendre au sérieux, il a toujours tendance à tout ramener à l'humour. Moi j'ai du mal à faire des "trucs marrants", j'ai plutôt tendance à faire des choses mélancoliques, tristes... J'aime bien la pluie, j'aime bien quand c'est sombre, je trouve que quand les gens font "la tête" ils sont plus beaux que quand ils sont hilares. C'est vrai que ça fait un mix un peu bizarre mais je trouve que pour Cyrano c'est bien.
Pour Babayaga, quand je faisais des dessins trés sombres, heureusement que Taï-Marc était là avec son humour, sinon l'atmosphère aurait été un peu pesante.

LHSF : L'actualité c'est "La tortue géante des Galapagos". Tu le réalises toute seule et, encore mieux, c'est une pièce de théâtre. Comment t'y es-tu prise ?
R.D : C'est une idée que j'avais depuis deux ou trois ans. Mon point de départ était que je voulais dessiner des animaux qui se déguisaient en d'autres animaux. A ce moment-là, j'avais écris un petit texte, qui était sensiblement celui de "La tortue des Galapagos". Ce n'était que du dialogue, je ne suis pas auteur, je ne sais pas écrire du "narratif". Le temps a passé, le texte a été plus ou moins accepté par l'éditeur, j'avais plein d'autres projets à côté et donc je l'ai proposé à une autre illustratrice, Muriel Kerba, qui a accepté de le faire. L'éditeur m'a alors dit que c'était dommage, que ce que je vends moi, ce sont des images, que je pourrais faire un effort etc. Il a donné un autre projet à Muriel Kerba et je me suis recollée à mon texte. J'ai remplacé les animaux par des acteurs comme ça j'ai double déguisement. Comme l'histoire est assez simple, je me suis dit que j'allais faire tout les à-côtés du théâtre : acteurs, didascalies,... Pour moi c'était ça l'essentiel : la lumière de théatre, les décors vides, les fausses biographies, un faux auteur... un vrai prétexte pour faire des dessins. Il a été question à nouveau que Taï-Marc m'aide à écrire les dialogues, mais finalement, conseillée par mon éditeur, je me suis prise au jeu et ça me plaisait de faire quelque chose toute seule. Pour une fois je suis vraiment allée jusqu'au bout de mes idées.

LHSF : Pour finir, on te dit "bookée" jusqu'à fin 2008. C'est vrai ?
R.D : C'est vrai, je vais retravailler avec Philippe Lechermeier, on va se baser certainement autour du personnage du Petit Poucet, il a réécrit le texte avec plein de digressions, c'est assez drôle. Ça devrait sortir autour de l'automne 2007. Je vais également travailler à nouveau avec Taï-Marc pour un personnage de série, un petit mouton qui s'appelle Séraphin. On devrait sortir quatre ou six albums pour septembre, c'est pour les plus petits, c'est presque comme de la bande-dessinée. Pour 2008, toujours avec Taï-Marc, un peu comme le format "Cyrano", on travaille sur le personnage de (Top Secret).
Chez Didier Jeunesse, je devrais retravailler avec Carl Norac pour un livre sur le jazz, j'ai trés envie de le faire, ça peut être un beau projet.
J'essaie de ne pas faire plus de deux livres par an, c'est déjà beaucoup de travail.
J'ai aussi un projet d'animation avec le studio La Fabrique pour un dessin animé télé...

LHSF : Le mot de la fin ?
R.D : Merci... (sourire)

 




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