Sans imaginaire, je ne suis pas même capable d'imaginer ma propre vie

Nicolas Gary - 24.02.2013

Interview - Zone Franche - Marie-Charlotte Delmas - littérature de l'ima


Marie-Charlotte Delmas, conservatrice en chef de la médiathèque de Bagneux, est également auteure et scénariste. Depuis 2008, elle coordonne la manifestation Zone Franche, qui célèbre sa sixième édition. Sorcière jusqu'au bout des ongles - et du noir à lèvres qu'elle manipule telle une baguette magique - elle nous raconte cette nouvelle édition du Festival, « un événement qui s'est crée tout seul »...

 

À l'origine, il s'agissait d'une manifestation, autour du thème des littératures de l'imaginaire, qu'elle avait montée à la demande de ses collègues. Des auteurs étaient invités, notamment John Lang, connu, entre autres choses, pour le Donjon de Naheulbeuk. « Le problème, c'est que pour la salle de 80 places, nous avions 500 réservations. » Départ illico pour la salle des fêtes, changement d'affiche, et voilà que le Festival prend vie, dans un tout autre espace-temps. Le ton était donné. 

 

Ce n'est alors que l'année d'après, fort de ce premier succès, que le Festival est né, « avec des tables rondes et l'intégralité de l'espace que nous occupons aujourd'hui. Et chaque année, le miracle semble se reproduire, bien que cette année, je trouve que l'on doit battre des records d'affluence - et c'est tant mieux ». Comme chaque année les stands restent gratuits, les acteurs ne manquent pas, mais on refuse du monde : une véritable sélection s'opère. « Les collectivités territoriales soutiennent notre Festival financièrement. Et cette année, le Conseil régional, qui rejoint un autre financeur, présent depuis quelques années, la DRAC Île-de-France. Mais le budget pour notre organisation est minuscule - qui n'empêche pas le Festival d'être généreux. »

 

 

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Marie-Charlotte Delmas, ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)

 

 

Généreux. Le terme a été utilisé par un journaliste voilà quelques années, mais Marie-Charlotte le reprend avec gourmandise. « On ne se sert pas des gens, sans les servir. Cette année, on a 170 auteurs, qui viennent sans être invités, puisque nous avons nos invités d'honneur. Mais on essaye de bien les recevoir : chacun reçoit son petit cadeau en arrivant. En fait, tout l'argent que l'on a est mis au service de la manifestation, des éditeurs, des auteurs. Alors, festival généreux, cela me comble, parce que c'est pour moi la plus belle des vertus. Et si tout cela marche, c'est un retour offert, pour notre sincérité. »

 

Et il est vrai que Marie-Charlotte n'économise pas son temps : toujours un mot, toujours un sourire, une petite phrase gentille, ou une invitation à se retrouver. « Sans les différents intervenants, la Fédération française de jeux de rôle, qui vient ici donner de son temps, pour accompagner les visiteurs - et les éditeurs, et les auteurs... S'ils n'étaient pas là, nous n'existerions pas. Alors, c'est la moindre des choses d'être aux petits soins avec eux. » 

 

C'est que, les littératures de l'imaginaire, ce sont les « mauvais genres, malheureusement », alors, un élan de solidarité, entre gens réunis autour de ce mauvais genre, cela va de soi. « Ce sont les dernières littératures qui racontent des histoires. Et il n'existe pas de société, quelle qu'elle soit, qui n'ait au préalable, articulé sa création autour des récits. Cela commençait avec les récits fondateurs des Assyro-babyloniens, ou ceux des religions du livre, qui s'ancrent dans les histoires. Or, ce que l'on appelle la littérature blanche, ou littérature générale, qui présente des oeuvres de récits personnels, tournés autour d'un nombril... je n'ai rien contre, mais la considérer comme de la grande littérature, parce que l'on ne raconte plus des histoires, je trouve cela dommage. »

 

Tous les textes classé dans L'imaginaire découlent, ajoute Marie-Charlotte, de ce que le conte nous a légué. « 'Il était une fois...', rendez-vous compte !! C'est de l'anti-anxiogène : ce n'est ni moi, ni l'autre, mais c'est aussi tout le monde. L'histoire ‘Il était une fois...', est chargée d'une philosophie, elle a son univers particulier. Parler de planètes ou de créatures, c'est plus encore, évoquer le monde d'ici et de maintenant. En balayant tous les thèmes - la différence, l'altérité, la société - ce n'est plus dangereux, sans pour autant empêcher de penser. Cela nous fait réfléchir à nous, mais depuis un ailleurs. » 

 

 

 

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Marie-Charlotte Delmas, ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)

 

 

Ailleurs et demain était, à ce titre, le nom de la collection de science-fiction que Robert Laffont avait créée en 1969, au travers de Gérard Klein... De là, l'émulation entre les mondes : rôlisme, conte, édition. « Mais de nombreux auteurs sont d'anciens rôlistes - et devenus de grands auteurs. »

 

L'association ACCES

Fondée en 1982 par le professeur René Diatkine, le docteur Tony Lainé et le docteur Marie Bonnafé, elle incarne le projet d'Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations.

Elle repose sur l'accès aux livres pour les plus jeunes, autour de l'idée que l'on n'est jamais trop petit pour lire.

Ces médecins qui accueillaient des jeunes et des enfants ont établi un dénominateur commun à tous les ados en perdition qu'ils recevaient sur leur divan : un manque de contact avec une langue de l'imaginaire, supplanté par la langue du réel (se brosser les dents, manger, ranger, etc.)

Et d'aller plus loin : « Le jeu de rôle devrait s'inscrire dans la formation scolaire. Ça participe de l'oralité, tout en créant de l'imagination. Un point fondamental : sans imaginaire, je ne suis pas même capable d'imaginer ma propre vie. La narration, le langage, l'oralité, l'imaginaire sont importants. » Un élément essentiel pour les enfants, comme l'a démontré l'Association ACCES, mais tout aussi important pour les parents.

  

Mais cette année, Zone Franche propose aussi, en partenariat avec la Petite bibliothèque ronde, une animation numérique, pour les enfants, préfigurant une manifestation tournée autour de l'imaginaire et des plus jeunes. « La Petite bibliothèque a une mission de sensibilisation au développement numérique. L'an passé, ils ont remporté le prix de l'innovation numérique à ce titre. L'établissement est situé au milieu d'une cité, c'est ainsi que l'a souhaité Anne Gruner-Schlumberger [la mécène qui la fit ouvrir en 1965, NdR], mais aujourd'hui, le lieu doit aussi répondre à un autre enjeu que l'illettrisme, c'est la cassure numérique et culturelle. »

 

Ce sont donc des moyens qu'il faut mettre en place, pour assurer cette démocratisation, en fonction des milieux socio-économiques. Et sur ce point, la Petite Bibliothèque Ronde tente de pallier les différences sociales, en offrant à tous de pouvoir découvrir et essayer tablettes, jeux vidéo et autres solutions numériques.

 

Cette année, la Petite bibliothèque ronde a donc apporté des tablettes, pour que les plus jeunes puissent explorer les écrans. Une initiative qui sera prolongée dans le cadre du Petit Festival de l'imaginaire, qui se déroulera en avril prochain, et s'articulera autour d'une réeelle cohabitation entre le monde du papier et celui du numérique.




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