"Sans l’apport de Genève, l’horizon 2030 serait simplement impensable" (Michael Møller, ONU)

Nicolas Gary - 20.04.2018

Interview - Michael Moller Genève - ONU Genève 2018 - Salon Livre Genève


ENTRETIEN – C’est après avoir été fonctionnaire international pendant plus de 30 ans que Michael Møller devient directeur général de l’Office des Nations Unies de Genève en 2013. Un retour aux sources pour le Danois puisque c’est en Suisse qu’il a débuté sa carrière en 1979. Michael Møller interviendra au cours des Assises du livre en Afrique ce 25 avril, au Salon du Livre de Genève.
 

Press Conference of the Director-General
(UN Geneva, CC, BY NC ND 2.0)
 
 

Actualitté : Qu’est-ce que représentent la lecture et le livre dans la mission qui est confiée à l’ONU ?


Michael Møller : L’ONU est un système complexe dans lequel les compétences sont distribuées à travers plusieurs agences et programmes afin de répondre aux mandats que les pays membres nous confient et les citoyens du monde entier. Depuis 1946, l’UNESCO est l’agence onusienne qui incarne la volonté internationale que chacun sache lire, écrire, compter.

L’alphabétisation fait partie du droit à l’éducation et présente un lien fort avec l’Agenda 2030 pour le développement durable. Il faut bien distinguer le livre de la lecture, car l’un n’est pas une condition nécessaire pour l’autre. Tout dépend où l’on se trouve. Le livre est facilement accessible et très présent dans certaines sociétés.

Au contraire, dans certains pays, l’accès à la lecture se fait par la technologie, principalement par les appareils mobiles. C’est pour cela que l’ONU prône la diversification des contenus et des langues, le développement des infrastructures, la formation des populations et surtout faciliter l’accès des femmes à la technologie afin d’accroître l’alphabétisation. C’est là une mission énorme qui nous dépasse et qui demande de nouvelles formes de partenariat, notamment avec le secteur privé.
 

Comment les actions de l’ONU, en matière d’alphabétisation et d’accès au livre, sont-elles intégrées dans les objectifs du développement durable (SDG) ?


Michael Møller : Le fait de savoir lire, écrire, compter est un facteur d’autonomie et la base d’une meilleure intégration sociale. L’alphabétisation est également un facteur du développement durable : elle permet un meilleur accès au monde du travail et c’est un facteur d’amélioration de la santé et de la nutrition, et de réduction de la pauvreté.

C’est l’objectif n° 4 des ODDs concernant l’éducation de qualité qui incarne cet effort de la communauté internationale vis-à-vis de l’alphabétisation : « Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Mais il y a plus : l’Agenda 2030 est un projet inclusif et participatif auquel tout le monde doit participer si l’on veut réussir sa réalisation.
 

Comment les bibliothèques peuvent agir
pour le développement durable

 
Or, l’éducation est la clé pour mobiliser cette participation globale et la réalisation de l’objectif 4 a un impact direct ou indirect sur tous les autres objectifs. Toutefois, selon UNESCO, à l’échelle mondiale, au moins 750 millions de jeunes et d’adultes ne savent toujours pas lire et écrire et 250 millions d’enfants n’acquièrent pas les compétences d’alphabétisation fondamentales.
 

Comment pourriez-vous vous impliquer dans un travail de traduction, dans ce cas, pour les langues et dialectes, afin de favoriser l’échange, l’ouverture ?


Michael Møller : Le multilinguisme est une valeur importante pour nous. Les organisations qui font partie du système des Nations Unies travaillent déjà dans six langues officielles. Plusieurs agences onusiennes réalisent des programmes adaptés aux réalités linguistiques et culturelles des pays concernés.

C’est un des facteurs de réussite des campagnes d’information pour les femmes, par exemple, ou encore à propos de la prévention des catastrophes naturelles, de la santé, et j’en passe. L’UNESCO en particulier favorise des approches multilingues dans les programmes d’alphabétisation. Au-delà de l’écrit, nous employons aussi d’autres outils pour faciliter l’échange entre peuples et cultures, par exemple avec la programmation culturelle de notre Bibliothèque.

Fondée en 1919 au sein de la Société des Nations comme instrument d’entente entre les peuples, elle est devenue aujourd’hui un centre névralgique pour la préservation et l’échange du savoir liés au multilatéralisme, les droits, et la paix.
 

Croyez-vous utopique de considérer que la littérature puisse incarner un vecteur de paix ?


Michael Møller : Bien sûr que non. La littérature dans son sens le plus noble a toujours été associée à la paix. Comment pourrait-il en être autrement ? La littérature, c’est l’autre, d’autres mondes, la découverte d’univers intérieurs ou géographiques, c’est une richesse et une diversité sans laquelle notre vie serait bien plus aride.

C’est le partage aussi, l’identification à ce qui n’est pas moi. Le temps d’une lecture, nous sommes au plus près des choses qui nous sont inconnues au quotidien. En ce sens, la littérature est indéniablement un vecteur de paix, d’ouverture d’esprit, elle est apte à favoriser le dialogue et l’échange. L’histoire nous montre que chaque fois que la paix est menacée, la littérature en pâtit et notre civilisation s’affaiblit.
 

Dans l’univers des comics, l’éditeur Marvel a créé un groupe baptisé Avengers, sorte d’agence d’espionnage réunissant des super-héros, comme Iron Man. Et ce dernier est sous la juridiction de l’ONU. Avons-nous besoin de superhéros aujourd’hui ? Qui seraient les vôtres ?


Michael Møller : Vous faites allusion aux accords de Sokovia, je suppose, imaginés par les créateurs et animateurs de ces personnages. Dans cette saga, les pays membres des Nations Unies demandent que les héros doués de superpouvoirs se soumettent au contrôle de la communauté internationale par le biais de l’ONU.

Les super-héros peuvent être des modèles d’acteurs globaux en effet. Ils symbolisent une action éthique à une échelle suprahumaine, même si cela peut se discuter, évidemment. Il n’est pas étonnant que les scénaristes aient imaginé des liens avec une organisation internationale comme l’ONU, car cela pose la question du pouvoir et de la force incontrôlés.

Dans le film, les personnages acceptent donc une intervention de la raison par le biais d’un accord international. C’est assez proche finalement de ce qui se passe à un niveau plus terrestre. Pour répondre à votre question plus directement, oui nous avons besoin de super-héros capables de communiquer des valeurs universelles et montrer l’exemple. Le monde est plein d’hommes et des femmes extraordinaires qui travaillent dans ce sens dans leurs domaines respectifs.

Mes super-héros sont nombreux, mais peut-être moins connus du grand public : ce sont toutes ces personnes qui ont dû aller chercher au-delà d’elles-mêmes soit pour survivre à une catastrophe, soit pour venir en aide aux autres.
 

Cette année, l’ONU sera présente au Salon du livre de Genève : la manifestation en tant que plateforme francophone, qu’en attendez-vous ? Comment cette présence s’intègre dans votre action de rapprocher l’ONU des citoyens et des Genevois ?


Michael Møller : Le Salon du livre est une de manifestations importantes de Genève et au-delà et nous sommes heureux de notre partenariat avec les organisateurs. Cela va nous permettre un contact direct, concret, avec les publics dans un cadre différent de celui du Palais des Nations. C’est aussi le pari que j’ai fait dès mon arrivée : changer la perception que les citoyens ont des Nations Unies et de notre travail.

Pour ce faire nous comptons sur ce type de rencontres et d’échanges qui ont un caractère moins formel, pour établir un contact constructif avec les publics. Genève est plus que le siège européen des Nations Unies, elle présente un écosystème multilatéral et international de taille unique au monde. Cet ensemble des compétences, institutions et opportunités est la base même du travail que demande l’Agenda 2030. Sans l’apport de Genève, l’horizon 2030 serait simplement impensable.

Les inscriptions aux Assises de l’édition du Salon du livre de Genève peuvent se faire à cette adresse.

ActuaLitté est partenaire de cet événement.

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