Soror : loin des clichés, “mettre en lumière les femmes extraordinaires”

Laure Besnier - 14.03.2018

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ENTRETIEN – Une « revue indépendante de portraits et d'entretiens au féminin », c'est l'idée qui préside à la création d'un nouveau mook (contraction de magazine et de book), Soror. Derrière ce concept, Vanina Denizot, journaliste, qui souhaite donner des images valorisantes et inspirantes d'une pluralité de femmes.  




 

Vanina Denizot a lancé sur la plateforme Ulule un projet de financement participatif pour la revue Soror. Premier objectif atteint, elle a récolté 3800 €. Le prochain palier – 5000 € – lui permettra de financer une partie du second numéro. La journaliste nous détaille sa vision des 96 pages de Sororà paraître en principe au printemps 2018 – composée de huit entretiens d'une pluralité de femmes aux histoires ou aux parcours apportant une « bouffée de courage et d’optimisme. »

 

Petite précision : selon la page Ulule, l'impression de la revue sera réalisée par « un imprimeur réputé de la région Rhône-Alpes en série limitée », mais Vanina Denizot n'a pas souhaité développer, ces éléments n'étant pas encore « définitivement calés. »

 

ActuaLitté : Comment avez-vous eu l’idée de Soror ?


Vanina Denizot : Je suis journaliste, je fais régulièrement des portraits et des interviews et j’adore mon métier. Progressivement je me suis fait la réflexion qu’il n’existait pas de magazine uniquement composé d’interviews de femmes. J’avais envie de mettre en lumière les femmes extraordinaires que je rencontrais grâce à mon travail, de leur laisser plus longuement la parole.

Je pense aussi que la naissance de ma fille a agi comme un déclic. Elle m’a donné envie de me lancer dans un projet dans lequel je me reconnaissais entièrement et surtout, elle m’a donné envie d’agir vraiment. Pour elle, je rêve d’un monde où elle ne se sentira pas limitée dans ses choix et dans ses envies. Ces interviews de femmes inspirantes et libres sont aussi là pour nous montrer la voie.
 

Pourquoi le nom de Soror ?

 

Vanina Denizot : J’ai envisagé plusieurs noms, certains étaient déjà pris ! Mais peu à peu Soror s’est imposé. Cela signifie sœur en latin, mais aussi semblable, pareille. J’aime autant la force de sa signification que sa consonance. J’aime beaucoup l’idée que nous soyons toutes comme sœurs, différentes, mais faisant partie d’un ensemble. Et évidemment de soror découle le terme sororité, qui mérite à être connu et répandu !
 

Avez-vous travaillé dans la presse féminine ? Faites-vous un constat sur la qualité et/ou la quantité des représentations des femmes dans la presse (généraliste, régionale, féminine, etc.) ? 

 

Vanina Denizot : Oui j’ai travaillé dans la presse féminine (5 ans au sein du Groupe Marie Claire) et je continue à le faire (en indépendante pour différents titres). C’est un peu mon école et en lançant Soror je n’ai pas particulièrement envie de me positionner à contre-courant, mais plutôt de proposer quelque chose de différent. D’ailleurs de plus en plus la presse féminine se diversifie avec des titres comme Les Confettis ou Femmes ici et ailleurs

 

Pourquoi le nombre de 8 femmes pour chaque numéro ? Il y aura-t-il seulement des interviews retranscrites ou d’autres formats (reportages, portraits par exemple) ? Comment choisissez-vous les femmes que vous interviewez ? Elles « ne se contraignent à aucune limite liée à leur genre » : pouvez-vous me parler de ce constat ? 

 

Vanina Denizot : Non, ce n’est pas un clin d’œil au film de François Ozon [8 femmes, ndlr], j’aurais adoré présenter encore plus de femmes. Mais avec les contraintes de temps et de budget que j’avais, j’ai dû me limiter ! En réalité ce sont 8 rencontres, mais 9 femmes que j’ai interviewées, car il y a un binôme. J’avais dès le début une ou deux personnes en tête. Puis au fil des rencontres, pour varier au mieux les profils, le travail de sélection se précise.

Il y a un important travail de recherche qui est fait en amont pour être certaine que la personne va s’imbriquer dans l’ensemble des portraits tout en apportant un éclairage différent. Finalement, ce nombre de 8 interviews permet, je pense, d’obtenir un ensemble à la fois diversifié et cohérent. 

 

Toutes les personnes rencontrées ne se revendiquent pas forcément féministes, mais elles avancent dans la vie en se demandant toujours quelles sont leurs priorités, leurs envies. Et, en cela, elles incarnent selon moi la liberté et l’action.
 

 

 

Concernant le format du mook, et d’une présentation très littéraire (mise du texte en avant, avec quelques citations et photos) : pouvez-vous me parler des raisons de ce choix ? Est-ce l’idée d’aller à contre-courant de la presse féminine ? Ou est-ce un rapprochement avec les entretiens retranscrits dans la presse généraliste ?


Vanina Denizot : C’est un peu les deux à la fois. J’avais vraiment envie que les femmes interviewées aient la place de s’exprimer. Sur une dizaine de pages par interview, il y aura donc quelques visuels et une citation placée en exergue, mais il fallait surtout laisser la place à l’échange, au propos.
 

Combien coûtera Soror ? Pourquoi faites-vous appel au financement participatif ? Quelle sera la fréquence de parution si tout marche bien ?


Vanina Denizot : Soror coûtera 15 euros et sera vendu en ligne, je l’espère également dans des librairies et boutiques indépendantes. C’est en fait les réactions autour de moi quand j’ai commencé à évoquer le projet qui m’ont poussée à me lancer dans une campagne de financement participatif. La seule possibilité que la revue se pérennise était d’avoir une petite trésorerie qui lui permette de s’autofinancer. Pour la fréquence, c’est encore à définir !
 

Pouvez-vous me parler de la Maison des femmes à Saint-Denis ?


Vanina Denizot : Pour moi, il était essentiel de porter au mieux les propos inspirants des personnes interviewées. Il fallait donc trouver des lieux pour toucher des femmes qui étaient à des moments de leur vie où elles en avaient le plus besoin.

Depuis longtemps, je suis très admirative du travail de la gynécologue Ghada Hatem qui a notamment créé la Maison des femmes de Saint-Denis. L’équipe y accueille des femmes vulnérables ou victimes de violence et leur offre une prise en charge globale et complète : demandes de contraception, IVG, soins autour d’une excision, d’un viol ou de violences physiques ou psychologiques.

J’ai donc rencontré Ghada Hatem pour lui proposer une collaboration. Les personnes qui achèteront Soror en ligne pourront, pour 5 euros supplémentaires, opter pour un « achat solidaire » qui permettra d’envoyer un exemplaire aux patientes de la Maison des Femmes. Elle a été très réceptive, car elle est, elle aussi, convaincue de l’importance des role models [modèles, ndlr] pour donner inspiration et courage.

 

Quelle équipe vous accompagne ?


Vanina Denizot : Soror, pour le moment, c’est surtout une chaîne d’entraide et de solidarité ! J’ai la chance d’avoir dans mon entourage des personnes talentueuses qui donnent de leur temps pour m’aider à développer ce projet. Mon frère Mathieu Denizot qui est développeur, mon amie Sylvie Schneider qui est vidéaste et photographe. Mes amies Maud Simon-Coillard et Sara Odman m’aident sur la maquette. Mais au-delà d’eux, j’ai rencontré une foule de personnes très bienveillantes qui m’épaulent et m’apportent une aide inestimable… Preuve que le projet fédère, ce qui ne peut que me satisfaire ! 

 

Quel est le public visé par Soror ?

 

Vanina Denizot : Ce sont les femmes évidemment qui sont le plus à l’écoute lorsque j’expose le concept ! Elles se réjouissent d’avoir une revue qui prenne le temps de parler d’elles. Mais pas seulement. Les hommes sont aussi réceptifs et la dimension solidaire du projet parle finalement à tous ceux qui veulent s’investir dans une cause, sont tournés vers les autres et souhaitent entreprendre.  
 

 


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