Tatiana de Rosnay : 'L'envie de lire importe plus que l'outil de lecture'

Clément Solym - 04.01.2011

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Tatiana de Rosnay figure dans la liste très convoitée des dix auteurs les plus vendus en Europe. Et pas n’importe comment : juste derrière Stieg Larsson et Dan Brown et devant Stephenie Meyer…

« C'est une nouvelle sidérante, et surtout une aventure éditoriale incroyable, qui a débuté, avec une maison qui à l'époque était à peine créée, Héloïse d'Ormesson », nous raconte-t-elle. Contactée par téléphone, la romancière qui revendique son côté 'geek', est revenue avec nous sur les questions numériques, qui obsédaient 2010 et jalonneront assurément 2011.

"Je suis accrochée à Twitter"

Disposant de sa propre application pour iPhone, créée par la société Hibook, depuis avril 2010, elle est satisfaite de cette relation privilégiée avec ses lecteurs. « Ils trouvent des informations, des extraits, et nous allons bientôt l'améliorer. Je comprends les écrivains qui ne s'intéressent pas à ce mode de communication, mais pour moi, qui suis accrochée à Twitter, au grand dam de mon mari, c'était un outil essentiel. »

C'est avec cette même simplicité qu'elle aborde la lecture numérique, « logique pour les jeunes générations », lorsqu'elle revendique « avoir besoin de l'objet physique ». Tatiana envisage sereinement un avenir où cohabiteront ebook et pbook, après le « grand bouleversement qui attend tout le monde. Ce n'est pour l'heure qu'un début, et il est facile de comprendre la nervosité des éditeurs : tout arrive très très vite... » Au point que certains de ses confrères refusent de parler de livre numérique, redoutant avant toute chose, le piratage de leur oeuvre.

« Pour ma part, je n'arrêterai pas d'écrire par peur d'être piratée. Cette pratique devient un challenge pour les métiers du livre, il faut nous y préparer et surtout, pour les auteurs, savoir approcher différemment le public. C'est un défi, mais il me semble risqué de se voiler la face. » Et pour les éditeurs, l'autre grande inquiétude réside dans la place qu'ils occuperont à l'avenir. Les nouvelles technologies, au moins en matière de commercialisation, permettent de ne plus avoir recours à un éditeur traditionnel.

"J'ai toute confiance en cet avenir numérique"
 
Déjà à l'oeuvre sur son nouveau livre, qui prend place au XIXe siècle, Tatiana considère que les livres numériques ouvriront un nouveau chapitre dans l'écriture. « Ce livre raconte Paris, je ne peux pas vous en dire plus. À ce titre, il serait tout à fait envisageable d'ajouter des vidéos, entre les chapitres, ou des photos, pour frapper l'imaginaire, et donner un contexte visuel qui complète les descriptions que j'en donne. » Des idées dont on entend de plus en plus souvent parler, et qui dans le cadre de ce roman épistolaire, auraient ajouteraient beaucoup à la lecture. Tatiana de Rosnay reconnaît même avoir écrit à la main ce prochain livre, « alors qu'il pose des questions très modernes ».

Femme appréciant les nouvelles technologies, elle est loin de les redouter, ou de craindre qu'elles ne s'immiscent trop dans la création. « Ma manière d'écrire n'a pas changé pour ce livre, et penser une oeuvre différemment, avec des introductions du multimédia, ne modifiera pas non plus mon style d'écriture. Ce sont des éléments en plus. En fait, j'ai toute confiance en cet avenir, probablement grâce à mon père, Joël de Rosnay, un futurologue averti, qui m'a transmis une certaine assurance. »

"L'envie de lire compte plus que les appareils"

En fait, son regard porté sur la France et les États-Unis, lui permet surtout de voir l'évolution des lecteurs, outre-Atlantique. « Dans les aéroports, aux États-Unis, on ne voit plus personne avec des livres papier, mais plutôt des Kindles dans les mains. Cela montre une soif de lire, et finalement, c'est ce qui importe aux auteurs. Il faut attendre que le buzz – pardon, le ramdam ou le tohu-bohu – s'apaise dans la presse et ailleurs. Et finalement, on reviendra au fond, pour se détacher des outils permettant de lire – qui ne sont que la forme. Lire sur iPad ne change pas le rapport avec le livre, avec le texte, car on parle bien de livres, dans tous les cas. »

Et de revenir à l'essentiel, justement, « l'histoire, le texte, ce que l'auteur a produit ». Les appareils comptent moins pour elle que l'envie de lire, et surtout l'envie que les lecteurs ont de rencontrer les écrivains.

« C'est, je pense, ce qui doit rester à l'esprit. Les rencontres en librairie, les salons, les dédicaces, comptent beaucoup plus pour les lecteurs que les appareils sur lesquels ils pourraient lire à l'avenir. La numérisation ne change pas notre relation aux personnes qui ont créé les univers, les oeuvres. La transformation des livres en ebook fait que l'on change de support, pas la magie des livres et de la lecture. Je ne lis pas dans l'avenir, je sais juste que les gens aimeront toujours venir à la rencontre de ceux qui les ont fait voyager... »

Rose, son prochain livre, sortira le 3 mars prochain, aux éditions Héloise d’Ormesson.



Crédit photo
David Ignaszewski / Koboy
Tatiana de Rosnay




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