Toubon : Les pouvoirs publics sont trop lents sur l'ebook

Clément Solym - 08.06.2010

Interview - toubon - bnf - zelnik


Ancien ministre et député, Jacques Toubon est membre du conseil d’administration de la Bibliothèque Nationale de France et rapporteur de la mission Zelnik. Il répond aux questions d’ActuaLitté.


ActuaLitté : Quel est votre rapport au livre numérique, et pourquoi a-t-il suscité votre intérêt ?

Jacques Toubon : Je n’ai fait que quelques expériences de lecture sur un terminal numérique mais je pense qu’il s’agit de la question majeure posée à l’édition, à la librairie et aux auteurs dans les dix prochaines années.

ActuaLitté : On vous a vu particulièrement enthousiaste durant la séance qui se déroulait au Sénat. Est-ce un manque dans les actuelles discussions ?

Jacques Toubon : Mon sentiment, que j’exprime quelquefois vivement, est que les analyses et les propositions, en particulier de la mission Zelnik, sont très pertinentes et que les pouvoirs publics sont trop lents à prendre les décisions qui s’imposent. Et pendant ce temps, l’iPad va débouler dans nos vies…

[NdR : pour mémoire, la mission Zelnik dégageait quatre grands axes : une taxation de Google, dont on n'a plus entendu parler depuis ; une plateforme commune pour la vente de livres numériques - ce vers quoi l'on tendrait, indirectement ; une TVA réduite de l'ebook, mais sous condition ; un extension du prix unique et de la loi Lang]


ActuaLitté : En qualité de membre du conseil d'administration de la BnF, comment pourrez-vous intervenir pour prévenir la possible "colonisation" des oeuvres par les sociétés américaines ?

Jacques Toubon : Je serai toujours très ferme sur un principe simple : la propriété intellectuelle des ayants-droits ne peut être cédée, elle peut être amodiée dans sa mise en œuvre, technique ou commerciale. La bataille du droit n’est pas un combat d’arrière garde ; bien au contraire, c’est le combat de l’avenir.

ActuaLitté :
Défendant l'extension du prix unique (ou du prix fixe, expression bien plus juste) du livre physique au livre numérique, et incitant à la régulation autant qu'aux initiatives, pourquoi avancer la loi Hadopi, alors que les solutions pourraient justement venir d'une offre légale attractive ?

Jacques Toubon : Précisément la lutte contre l’usage des œuvres en contravention des droits de propriété et la promotion d’offres légales sont les deux missions, statutairement liées, de la HADOPI.

Celle-ci par sa double action apporte sa contribution dans la régulation de l’économie du livre numérique, dont la disposition centrale doit être effectivement le prix fixe, fixé par l’éditeur.

ActuaLitté : En matière de piratage, justement, n'y a-t-il pas urgence à faire comprendre qu'une oeuvre piratée n'équivaut pas à une vente perdue ?

Jacques Toubon : Ce que vous dites peut être soutenu « au second degré », mais, aujourd’hui, l’urgent c’est la pédagogie, au premier degré, de l’usage rémunéré, conforme à la loi, et seul susceptible de fonder une économie durable des services culturels en ligne.

ActuaLitté : Comment envisagez-vous les prochaines années pour le monde de l'édition ?

Jacques Toubon : Je suis plutôt optimiste parce que le secteur a envisagé le défi du numérique dès son apparition et me paraît disposé, je l’espère, à mettre en place les outils professionnels indispensables, telles les plateformes de distribution, en même temps qu’il obtiendra des pouvoirs publics, nationaux et communautaires, les mesures régulatrices et fiscales adéquates.

Et le lecteur sera au rendez-vous des écrivains demain comme aujourd’hui…


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