Tunisie : la fin des éditeurs qui avaient “à cœur de tisser des liens culturels” ?

Nicolas Gary - 19.09.2016

Interview - Karim Ben Smail - Tunisie Editions Ceres - France Tunisie édition


ENTRETIEN - Karim Ben Smaïl, qui dirige la maison d’éditions Cérès, a reçu le Prix du meilleur éditeur lors de la Foire internationale du livre de Tunis 2016. Alors que les ministères de la Culture de France et de Tunisie ont annoncé la signature d'un accord de coopération culturelle à travers un jumelage, l'éditeur revient avec nous sur le marché tunisien du livre. Et les enjeux de son développement.

 

L'éditeur Karim Ben Smail aux côtés de Kamel Daoud

 

 

ActuaLitté : Quelles sont les relations que votre maison entretient avec les éditeurs français ?
 

Karim Ben Smail : Nous avons des relations professionnelles classiques, vente et achat de droits, coédition, coproduction, et ceci depuis plusieurs décennies. Ces collaborations ont baissé ces dernières années à cause des difficultés qu’a traversées la Tunisie et de la baisse de certains budgets de l’IFT qui en finançaient une partie.

 

Nous avons également une activité d’importateurs-distributeurs, et de vente en ligne, Ceres Bookshop, à ce titre nous sommes donc également des acheteurs institutionnels de livres français.

 

 

ActuaLitté : Comment améliorer les échanges entre les éditeurs des deux pays ?
 

Karim Ben Smail : Question beaucoup trop vaste qui mériterait un colloque à elle seule. Pour répondre rapidement si l’on veut que cela se fasse il faut que la décision soit politique, au niveau des deux ministères (tunisien et français) et que cela passe par le déblocage de financements, l’Organisation de la francophonie devrait également être sollicitée, mais personne n’ose les réveiller de leur sieste.

 

 

ActuaLitté : Quelles problématiques communes pouvez-vous observer ?
 

Karim Ben Smail : Nous avons peu de problèmes communs avec nos collègues du nord, dont les logiques sont de plus en plus purement financières. La race des éditeurs des dernières décennies qui avaient à cœur de tisser des liens culturels à travers le livre s’est quasiment éteinte. On ne parle plus d’auteurs, de ponts et de liens. Mais de délais de paiements, de pourcentages et de tirages.

 

 

 

ActuaLitté : Quel regard portez-vous sur le marché tunisien, plus globalement – francophone et/ou arabe ? Ses spécificités, par exemple ?
 

Karim Ben Smail : Le marché tunisien est un marché de niche pour l’édition française, malgré les apparences (chiffres en hausse). Et il va se réduire drastiquement si le politique ne s’en mêle pas. Quant au marché en langue arabe, il ne semble pas vraiment se développer dans le sens qu’a pris l’Égypte par exemple, mais cela finira par se faire. Une orientalisation du marché est probable.

 

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ActuaLitté : Le marché numérique semble obséder les observateurs : qu’en est-il dans sa réalité, en Tunisie ? Qu’observez-vous personnellement ?
 

Karim Ben Smail : Très peu d’initiatives existent en ce sens : les néophytes en parlent plus que les professionnels. Le marché est pourtant là. Nous avons fait quelques tests qui le prouvent, mais ce segment est plus long à se développer que prévu. Comme partout ailleurs.

 

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