La grande histoire du livre numérique

Marie Lebert - 12.10.2015

Interview - histoire livre numérique - acteurs ebooks


Voici un retour sur l'histoire du livre numérique, par Marie Lebert publiée sur ActuaLitté à l'occasion des 40 ans du livre numérique, et toujours valable en octobre 2015, avec de nouveaux liens. Et quelques citations particulièrement marquantes extraites des interviews menées auprès d’une centaine de « pionniers » du livre numérique – commercial et non commercial.

 

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 « Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes œuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les établissements d’enseignement. » (Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg en 1971, interview d’août 1998)

 

Jean-Paul Pfirrmann

 

 

« Je me suis passionné pour l’énorme potentiel qu’a l’internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. (…) Je suis très intéressé par le développement de l’internet en tant que médium de communication de masse ces prochaines années. J’aimerais aussi rester impliqué dans la mise à disposition gratuite de livres sur l’internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle, ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre. » (John Mark Ockerbloom, créateur de l’Online Books Page en 1993, interview de septembre 1998)

 

« Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde pour le monde. Il n’y aura plus d’informations ni de connaissances utiles qui ne soient pas disponibles, si bien que l’obstacle principal à la compréhension internationale et interpersonnelle et au développement personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus débordante que la mienne pour prédire l’effet de ce développement sur l’humanité. » (Robert Beard, créateur de A Web of Online Dictionaries en 1995, interview d’octobre 1998)

 

« La navigation par hyperliens se fait en rayon (j’ai un centre d’intérêt et je clique méthodiquement sur tous les liens qui s’y rapportent) ou en louvoiements (de clic en clic, à mesure qu’ils apparaissent, au risque de perdre de vue mon sujet). Bien sûr, les deux sont possibles avec l’imprimé. Mais la différence saute aux yeux : feuilleter n’est pas cliquer. L’internet a donc changé mon rapport à l’écriture. (...) C’est finalement dans la publication en ligne (l’entoilage ?) que j’ai trouvé la mobilité, la fluidité que je cherchais. » (Jean-Paul, créateur du site hypermédia Cotres.net en 1998, interview de juin 2000)

 

« Je vois le livre numérique du futur comme un “ouvrage total” réunissant textes, sons, images, vidéo, interactivité : une nouvelle manière de concevoir et d’écrire et de lire, peut-être sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce que l’on a lu, unique et multiple compagnon. Utopique ? Invraisemblable ? Peut-être pas tant que cela ! » (Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas en 1992, interview de février 2003)

 

Demain, par l’effet conjugué de la loi de Moore et de l’omniprésence des réseaux, l’accès instantané aux œuvres et aux savoirs sera de mise. Le support de stockage lui-même n’aura plus beaucoup d’intérêt. Seules importeront les commodités fonctionnelles d’usage et la poétique de ces objets. Pierre Schweitzer

 

« Il y a au moins deux axes qui émergent [pour le livre numérique]: (a) une interface de lecture/consultation de plus en plus attractive et fonctionnelle (navigation, recherche, restructuration à la volée, annotations de l’utilisateur, quizz interactif...) ; (b) une intégration multimédia (vidéo, son, infographie animée, base de données, etc.) désormais fortement couplée au web. Aucun livre physique n’offre de telles fonctionnalités. J’imagine donc l’e-book de demain comme une sorte de wiki cristallisé, empaqueté dans un format. Quelle sera alors sa valeur propre ? Celle d’un livre : l’unité et la qualité du travail éditorial ! » (Marc Autret, journaliste et infographiste, interview de décembre 2006)

 

« La chance qu’on a tous est de vivre là, ici et maintenant cette transformation fantastique. Quand je suis né en 1963, les ordinateurs avaient comme mémoire quelques pages de caractères à peine. Aujourd’hui, mon baladeur de musique pourrait contenir des milliards de pages, une vraie bibliothèque de quartier. Demain, par l’effet conjugué de la loi de Moore et de l’omniprésence des réseaux, l’accès instantané aux œuvres et aux savoirs sera de mise. Le support de stockage lui-même n’aura plus beaucoup d’intérêt. Seules importeront les commodités fonctionnelles d’usage et la poétique de ces objets. » (Pierre Schweitzer, concepteur du projet @folio en octobre 1996, interview de janvier 2007)

 

« Le livre numérique n’est plus une question de colloque, de définition conceptuelle ou de divination par certains “experts” : c’est un produit commercial et un outil au service de la lecture. (…) Il suffit de proposer des textes lisibles facilement sur les supports de lecture électronique variés qu’utilisent les gens, l’encre électronique pouvant progressivement envahir tous ces supports. Et de les proposer de manière industrielle. Ce n’est pas et ne sera jamais un produit de niche (les dictionnaires, les guides de voyage, les livres pour non-voyants...) : c’est en train de devenir un produit de masse, riche de formes multiples comme l’est le livre traditionnel. » (Denis Zwirn, fondateur de la librairie numérique Numilog en décembre 1999, interview d’août 2007)

 

« Internet a pris de plus en plus de place dans ma vie ! Il me permet depuis le 1er avril [2010] d’être éditeur grâce à de laborieuses formations Photoshop, InDesign et autres. (…) Décidément il y aura toujours des rebondissements inattendus aux inventions, entre autres. Quand j’ai commencé à utiliser l’internet [en 1999], je ne m’attendais vraiment pas à devenir éditeur. » (Catherine Domain, fondatrice de la librairie Ulysse en 1971, interview d’avril 2010)

 

« Je n’ai jamais aimé lire un livre sur un ordinateur ou sur un PDA. Maintenant, avec l’arrivée de tablettes comme le Kindle et l’iPad, je suis finalement devenu un lecteur de livres numériques. Je vois une expansion énorme avec l’arrivée de tablettes faciles à utiliser et avec un choix considérable de livres grâce au commerce électronique et à des sociétés comme Amazon. (…) J’utilise également des livres en ligne pour apprendre l’art de l’innovation ! » (Henk Slettenhaar, fondateur de la Silicon Valley Association suisse en 1992, interview de juin 2011)