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“Unique Heritage Media travaille l'apprentissage en s'amusant” (Emmanuel Mounier)

Antoine Oury - 14.12.2016

Interview - Unique Heritage Media - Emmanuel Mounier - Unique Heritage Edition


Au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, le stand du groupe Unique Heritage Media présentait une offre éditoriale multiple : les petits ouvrages Quelle Histoire, les manuels d'apprentissage des langues Pili Pop ou encore les magazines Fleurus Presse. Une diversification qui reflète la stratégie transmédia du groupe, que nous avons passé en revue avec Emmanuel Mounier, le président.

 

Salon du Liv

Emmanuel Mounier (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

ActuaLitté : Quelle est aujourd'hui l'offre éditoriale d'Unique Heritage Media ?

 

Emmanuel Mounier : Unique Heritage Media a repris Fleurus Presse en mai 2015, et un certain nombre de changements ont eu lieu depuis comme le lancement d'une nouvelle formule pour le magazine Les P'tites Sorcières. L'année 2017 devrait être elle aussi assez riche en nouvelles formules, pour autant de façons d'aborder la presse jeunesse.

 

En parallèle, la filiale Quelle Histoire Éditions, une start-up née du digital qui a désormais 5 ans, est devenue éditeur de livres papier, avec environ 500.000 livres vendus en 3 ans. En avril dernier, nous avons lancé le magazine Quelle Histoire Magazine, le pendant presse de la marque Quelle Histoire.

 

La troisième filiale, Pili Pop Lab, édite des applications numériques pour apprendre les langues et nous a rejoints cette année.

 

L'objectif que je poursuis dans le groupe Unique Heritage Media, c'est de pouvoir intéresser les enfants avec différentes sortes de médias, qu'il s'agisse des applications numériques, de l'édition papier ou de l'édition presse.

 

Tout concourt à la mise en place d'une stratégie transmédia, en somme...

 

Emmanuel Mounier : Exactement, nous venons de lancer, en même temps que la création de la maison Unique Heritage Editions, trois livres pour apprendre l'anglais, sous la marque Pili Pop, spécialisée dans les applications. Il s'agit de livres augmentés, avec une application numérique associée qui sert de liseuse en quelque sorte, et aide aussi les enfants à prononcer les mots avec un moteur de reconnaissance linguistique. Pili Pop propose pour le moment des applications pour l'anglais et l'espagnol, mais s'exportera bientôt à l'international avec une application Pili Pop français.

 

Il s'agit de la première incursion à l'international, sachant que nous avons d'autres discussions en cours avec des éditeurs étrangers pour l'adaptation d'autres contenus, toujours avec cette vision transmédia.

 

Cette vision transmédia vous semble-t-elle incontournable pour le marché du livre jeunesse ?

 

Emmanuel Mounier : Pour moi, elle est absolument incontournable puisque le numérique est un produit que je vois comme étant un vrai complément des produits physiques, et non un substitut. Je mise sur la complémentarité entre le digital et le papier, et ce que je constate aujourd'hui, c'est que les parents ont toujours tendance à acheter des livres à leurs enfants, parce qu'avoir des livres dans sa bibliothèque, c'est une part de mémoire qui reste disponible pour l'enfant. Ce que l'on peut offrir avec les livres augmentés, associés à une liseuse ou de la réalité augmentée, c'est une nouvelle expérience de lecture qui arrive en complément du produit physique.

 

De la même manière, Quelle Histoire Magazine s'est vu associé avec un site web qui permet la lecture d'une histoire en audio : une page renvoie sur le site et incite l'enfant à écouter l'histoire, d'une durée supérieure à 6 minutes. C'est aussi une façon de faire des liens, y compris avec la rédaction, en proposant des concours de dessins par exemple.

 

L'aspect transmédia est clé et fondamental selon moi : je suis un féru de nouvelles technologies, ancien ingénieur, et de contenus pour les enfants. Marier des services numériques et des produits tangibles me semble être un beau pari.

 

Unique Heritage Media est-il présent dans l'environnement scolaire ?

 

Emmanuel Mounier : Nous avons des équipes qui, à la rentrée, font le tour des établissements scolaires comme peuvent le faire Bayard ou L'école des loisirs : nous proposons notamment nos produits magazine dans les écoles. Cette année, nous avons aussi proposé aux établissements scolaires un accès à nos collections de livres Quelle Histoire.

 

L'autre relation avec l'enseignement, c'est une relation de proximité notamment via Facebook : énormément d'enseignants suivent Quelle Histoire pour être informé des nouveautés et faire part de leurs retours.

 

En septembre 2016, Fleurus Presse a lancé Fleurus Académie, une plateforme de soutien scolaire 100% digitale, destinée aux enfants du CP à la Terminale. Ce partenariat avec Edculever confirme la volonté d'Unique Heritage Media d'accompagner les familles et la jeunesse vers la réussite scolaire

 

Enfin, le réseau Canopé étudie avec nous le développement potentiel de produits conjoints, qui utiliseraient nos univers graphiques et seraient à la disposition des enseignants.

 

Quelle Histoire est la grande réussite d'Unique Heritage Media, quelle sera sa place dans Unique Heritage Editions ?

 

Emmanuel Mounier : L'important, c'est que Quelle Histoire, puisqu'elle est transmédia, existe en tant que marque sur différents supports. La cantonner à de l'édition traditionnelle est quelque chose que l'on ne souhaite pas, au contraire, nous voulons aller plus loin que ce que nous faisons aujourd'hui. Nous sommes contactés assez régulièrement par des studios pour développer des dessins animés et des produits dérivés de cet univers graphique qui plaît beaucoup.

 

La création de la société Unique Heritage Editions nous permet de créer d'autres collections, par exemple Pili Pop, mais éventuellement avec d'autres contenus signés par les auteurs et illustrateurs avec lesquels nous travaillons chez Fleurus Presse, à travers des compilations d'histoires et des albums, par exemple. Nous avons plusieurs idées : nous irons vers des choses assez traditionnelles en termes de contenus, avec des personnages forts, en revanche avec une approche toujours transmédia. Nous allons garder en tête deux préoccupations majeures : l'aspect ludique — les contenus doivent plaire aux enfants —, et l’aspect pédagogique, Unique Heritage Media travaille l'edutainment, l'apprentissage en s'amusant.

 

Quelles sont les garanties quant à la qualité des contenus, notamment pour Quelle Histoire ?

 

Emmanuel Mounier : Nous travaillons avec des auteurs qui font eux-mêmes leurs recherches et l'ancienne rédactrice en chef de la revue Historia, notre experte en histoire. Nous concevons avec ces personnes pour concevoir des contenus suffisamment ludiques et riches d'anecdotes pour que les enfants soient intéressés. Ce n'est jamais exhaustif, car en histoire malheureusement, en 2500 mots, c'est délicat de l'être : il y a un certain nombre de partis pris, mais des historiens diplômés font une relecture ensuite pour nous assurer de la qualité du contenu.

 

Quelle sera l'équipe dirigeante d'Unique Heritage Editions ?

 

Emmanuel Mounier : L'équipe dirigeante sera composée par deux personnes, Odile Kurtzemann, directrice éditoriale du groupe et directrice des rédactions jeunesse, et Albin Quéru, directeur général et fondateur de Quelle Histoire, ce qui nous permet d'assurer un développement éditorial assez riche tout en gardant un esprit innovant dans le secteur de l'édition.

 

On évoque régulièrement la crise de la presse papier, qu'en est-il en jeunesse ?

 

Emmanuel Mounier : Dans la presse jeunesse, nous constatons un attrait toujours important des enfants, des parents et même des grands-parents pour le produit, puisque la croissance du nombre d'abonnés ne se dément pas. L'abonnement fonctionne très bien, car l'idée d'un rendez-vous régulier et d'un contenu que les enfants reçoivent tous les mois à la maison, à leur nom, est encore très attirante pour de nombreuses familles.

 

Les ventes au numéro, en kiosques, à l'inverse, souffrent de manière assez importante, mais beaucoup moins que celles de la presse quotidienne et généraliste. Je reste persuadé que la presse spécialisée, et notamment la presse jeunesse, aura toujours un intérêt, j'en tiens pour preuve la croissance de certains magazines très spécialisés qui fonctionnent assez bien.