5 millions d'ebooks consultés illégalement en 3 mois : est-ce beaucoup ?

Cécile Mazin - 08.07.2016

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Internet et sa gratuité tentent de tuer la création, le droit d’auteur et menacent les industries, entend-on. Et pourtant, une étude britannique indiquerait que seuls 5 % des pirates sont vraiment des acharnés, farouches adeptes de la contrefaçon à tout crin. Trop, certainement, mais finalement assez peu en regard du nombre d’internautes dans le pays. Et surtout, certaines tendances sont à la baisse, sur le secteur de la musique.

 

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Près de 15 % des internautes ont récupéré au moins une œuvre contrefaite, au cours de la période qui a servi de mesure, entre mars et mai 2016. Ce qui représenterait 6,7 millions de personnes en vertu du nombre de connexions internet dans le pays. 

 

Réalisée par Ofcom, et financée par l’Intellectual Property Office, l’enquête indique également que le Peer-to-Peer est en baisse, de 12 % à 10 % d’utilisation, et que 23 à 26 % des internautes admettent être des contrefacteurs. 

 

Les services Torrent restent les plus utilisés, et dans l’ensemble, la musique le secteur le plus piraté – 355 millions de titres durant la période. Les émissions de télévisons suivent dans le classement de même que les séries – étonnamment –, mais affichent une augmentation notable des volumes piratés. Viennent ensuite les films et les livres, puis les jeux vidéo, et les logiciels

 

Toutefois, ce que l’on doit en retenir, en priorité, c’est que seuls 5 % des internautes de Sa Majesté ne s’approvisionnement QUE par le biais de services de piratage. Les sources illégales sont leur unique moyen de découvrir, de consommer et de s’approvisionner. Au Royaume-Uni, Internet comporte donc 95 % de Britanniques qui sont prêts à faire autre chose.

 

« À l’heure des mirages du numérique et de la gratuité, de plus en plus de voix s’élèvent pour contester l’existence d’une intermédiation. Les attaques contre le droit d’auteur, en France comme en Europe, participent de ce mouvement. Notre métier d’éditeur, et plus largement les métiers des producteurs et créateurs de contenus sont remis en question », répétait récemment Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition. Probablement en référence à une autre époque...

 

La Publishers Association reprend cependant l’étude pour pointer que durant la période analysée, 12 % des internautes avaient en effet accédé à des contenus pirates – livres, musique, cinéma, logiciels, etc. Au cours de cette même période, près de 5 millions de livres numériques auraient été consultés illégalement.

 

Dans un autre domaine, mais toujours au Royaume-Uni, notons que le projet de loi sur l’économie numérique a été présenté au Parlement en ce début du mois de juillet. Il comprend des dispositions visant à augmenter les peines maximales pour la violation du droit d’auteur – passant de 2 à 10 ans – quand elles touchent au monde numérique. 

 

Et ce, afin de mettre la législation actuelle en conformité avec les peines et sanctions encourues lorsqu’il s’agit de biens physiques, et de violation de la propriété intellectuelle. Problème : il a récemment été démontré que le piratage de produits dématérialisés n’était pas encore assimilé par le cerveau des internautes comme une violation de quoi que ce soit : ils ne ressentent aucun culpabilité.

 

« La première expérience d’imagerie cérébrale a révélé que le cerveau des gens était bien plus actif à essayer d’imaginer une chose intangible, par rapport à des objets physiques. Ce qui suggère que les gens ont plus de difficultés à se représenter des éléments incorporels », notait l’étude. L’idée de passer la cervelle des contrevenants aux électrochocs est donc plus que jamais d’actualité.