A Milan, la symbolique librairie indépendante Hoepli vend le Kindle

Clément Solym - 29.10.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - librairie indépendante - Kindle - Amazon


Le marché du livre italien n'en revient pas : la librairie Hoepli, symbole de culture et de livres papier à Milan, mais également modèle dans le domaine de la librairie indépendante, vient de signer un pacte avec Amazon, pour la commercialisation du Kindle. « Il nemico », l'ennemi, comme l'appellent certains en Italie, s'implante donc, avec un fameux partenaire.

 

Hoepli

Librairie Hoepli à Gênes, the justified sinner, CC BY-NC-SA 2.0

 

Les chiffres de Nielsen sont éloquents : pour les 9 premiers mois de l'année, l'édition italienne cumule 8,7 % de baisse de production pour les livres imprimés, pour un chiffre d'affaires total qui s'élève à 3,3 milliards €, 4,6 % de moins que l'année précédente. Un bilan en demie-teinte pour l'agence d'évaluation, plus ou moins contredit par le propre bilan de l'Association des éditeurs italiens.

 

Celui qui en profite semble bien être le marché de l'ebook : enregistrant une hausse de 20 % par rapport à 2010, le livre numérique pèse désormais pour 150 millions €. Une aura qui grandit principalement  dans les domaines de la médecine, du droit et du commerce. Pour la fiction et les documentaires, il faudra probablement patienter quelques mois...

 

Dans ce contexte, voici la librairie Hoepli qui a ouvert en 1870. Cette vitrine emblématique de la maison d'édition poursuivait paisiblement son bonhomme de chemin, tout en se décidant à préparer les fêtes de Noël, toujours une grande réussite commerciale. Le tout avec une offre numérique, pas tout à fait banale. Jusqu'au 22 décembre, le libraire proposera donc à ses clients de se procurer le Kindle, une première en Italie - et probablement mondiale.

 

Rarement un indépendant n'avait autant fait entrer le loup dans la bergerie. Au point que l'on se demande s'il ne lui fournit pas non plus sel, poivre, et ainsi de suite.  Le reader ne sera toutefois présenté qu'au magasin historique du centre de Milan - excusez du peu - pour une période qui court jusqu'à la fin de l'année. La chaîne dispose de sa propre boutique numérique, lancée en 2005. Matthew Ulrich, directeur, explique qu'il lui a fallu un peu de temps pour comprendre le fonctionnement de l'appareil. Il ne suffit pas d'ouvrir le livre pour tomber sur n'importe quelle page, et commencer à bouquiner pour savoir de quoi l'on parle. Et de parler même d'une véritable bibliothèque que l'on conserve avec soi. 

 

Difficile de comprendre pourquoi la presse italienne parle alors d'une paix entre papier et numérique : si le libraire peut bien vendre l'appareil, les clients, eux, devront nécessairement se rendre sur le site d'Amazon pour acheter des oeuvres, et uniquement sur cette plateforme. Les restrictions qui pèsent sur l'écosystème Kindle interdisent en effet de se procurer des ouvrages ailleurs. À moins de trouver un éditeur qui commercialise des fichiers au format MOBI, lisibles sur le Kindle. Bien entendu, les clients disposeront, après l'achat du Kindle d'un accès à toute la boutique numérique, avec 30.000 titres en italien - sans précision sur le nombre d'ouvrages du domaine public. 

 

« Hoepli est une institution dans le monde des livres et a toujours été connue pour ses choix éditoriaux et l'attention toute particulière accordée aux lecteurs, c'est le principe fondamental, et distinctif de l'ADN d'Amazon », précise Jorrit van der Meulen, vice-président Kindle Amazon en Europe. « Nous n'aurions pas pu trouver un meilleur partenaire pour le livre numérique qu'en signant cette entrée sur les tables d'un telle librairie physique. » De son côté, Hoepli estime avoir pleinement fait face aux évolutions du marché avec ce choix. Et le directeur de préciser que « les objectifs essentiels sont les livres, et leurs lecteurs, et l'innovation. Après 140 ans, nous souhaitions être parmi les premiers à vendre le livre de l'avenir. »

 

En France, le dernier en date à avoir signé pareil accord, c'est Darty, qui a décidé de se tirer un obus dans le pied, comme d'autres avant lui. Virgin, qui avait passé un accord du même type, voilà plusieurs mois, nous avait alors confié, dans la plus totale discrétion : « On a clairement merdé. » 

 

Mise à Jour du 31/10/2012 - 18h17 :

 

La présidente du directoire Virgin, Christine Mondollot, nous a fait parvenir un démenti relatif à son partenariat avec Amazon via Zmirov Communication, que nous publions ici dans son intégralité :

 

Clichy, le 31 octobre 2012

 

Objet : Démenti suite à l'article d'Actualitté du 29 octobre

 

Suite à l'article paru le lundi 29 octobre sur le site Actualitté.com, la société Virgin Stores dément formellement toute remise en cause des bienfaits de son partenariat commercial avec Amazon.

 

La stratégie de Virgin Megastore sur le livre électronique a permis à la marque de lier son offre physique et digitale avec succès. En effet, le principal objectif de la marque est atteint : commercialiser les produits de la gamme Kindle et ceux de la marque Bookeen pour proposer à ses clients les meilleures liseuses présentes sur le marché et les accompagner vers un nouveau mode consommation des produits culturels.

 

Synthèse Édition Italie année 2011