Pour l'érotisme, les Allemands attendront de devenir vampires

Julie Torterolo - 22.06.2015

Lecture numérique - Législation - Ebook érotique - Restriction horaire - Librairie Allemande


Le boersenblatt.net l’a annoncé jeudi dernier : vendre un livre numérique érotique avant 22 h est désormais illégal en Allemagne. L’Autorité de la protection de la jeunesse allemande a en effet décidé d’étendre une loi nationale sur la protection des mineurs aux ebooks. Les Allemands devront attendre 22 h pour aller vibrer sur les livres électroniques.

 

Sexy Book 2

Guy Jacques, CC BY NC ND 2.0

 

 

Une législation qui fait écho à une habitude de nos voisins européens sur les livres papier : tous les textes érotiques ou violents sont déjà rangés sous le comptoir dans les librairies physiques. Le nom de cette pratique ? « Bückware ». Mais les ebooks sont considérés comme des « Télémédias » et se voient donc appliquer la loi qui régit le cinéma.

 

La législation adoptée en 2002 et intitulée « Jugendmedienschutz-Staatsvertrag » (une douceur traduite par « Traité sur la protection de la dignité humaine et la protection des mineurs dans la radiodiffusion et Télémédia ») s’applique désormais pour les livres numériques. Elle prévoit, tout de même, des amendes pouvant aller jusqu’à 500.000 euros. 

 

Pourquoi cette subite répression ? Selon les quotidiens allemands, les mémoires d’un transgenre dénommé Schlauchgelüste auraient suscité un litige juridique quant la facilité de sa disponibilité sur la base de données d’un libraire. Les réactions juridiques ne se sont pas fait attendre. 

 

Comme pour le cinéma adulte, les Allemands pourront acheter leur lecture coquine sur une interface spécifique ouverte de 22 heures à 6 heures. À l’heure d’internet et du piratage, il semble cependant compliqué de couper l’accès à des œuvres durant 16 heures par jour.

 

La grande difficulté viendra de ce que les opérateurs auront à se plier à l’injonction légale – et les moyens dont ils disposeront pour s’assurer que la jeunesse ne se rince ni ne se corrompt la rétine, avec cette littérature prohibée aux horaires de grande écoute. Paradoxe : l’hypocrisie de cette mesure pourrait conduire à la création d’un marché parallèle, offrant les mêmes avantages qu’un marché noir. 

 

Il faudra également concevoir que les bases de données mises à disposition des libraires contiennent des indications précises sur les limites d’âge. Les BdD contiennent une évaluation de la pornographie, mais cela pourrait ne pas suffire – ou, inversement, créer des faux positifs : les livres seraient identifiés comme interdits, abusivement.

 

Le principe le plus simple à mettre en place serait de constituer une section dédiée, qui serait rendue invisible, durant la tranche horaire ciblée, et n’apparaîtrait alors, comme les vampires, qu’au coucher du soleil. 

 

Christian Sprang, conseiller juridique de l’association des libraires et des éditeurs allemands, affirme qu’un travail avec les organismes fédéraux est engagé afin de trouver et faciliter l’application de cette loi pour les grossistes en ligne.

 

Le résultat reste le même : les Allemands attendront la tombée de la nuit pour oser se délecter de quelques lignes érotiques.