Addr, ou la lecture sociale sans les réseaux sociaux

Antoine Oury - 29.12.2014

Lecture numérique - Applications - Addr application ipad - notes annotations partage - lecture sociale réseaux sociaux


On l'évoque depuis au moins deux ans, et on l'évoquera encore pour la même période : la lecture sociale est l'avenir de la lecture numérique, de l'avis de nombreux experts. Addr est une application pour iPad qui s'empare de ce nouvel usage de l'ebook, tout en le déconnectant. De la lecture sociale sans réseaux sociaux, en fait.

 

 

 

 

« Quand on créé une start-up, on vous explique qu'il faut créer quelque chose dont vous avez besoin, parce que d'autres sont forcément dans votre cas » explique Simon Guigue, cofondateur d'Addr. L'application du même nom, lui et son frère Thomas, l'ont donc avant tout pensé pour leur profil de lecteur : « Nous sommes de gros lecteurs, mais nous sommes plutôt tournés vers des lectures rapides, avec un chapitre ou deux par livre, souvent en non-fiction », explique-t-il.

 

Addr est d'abord une application de lecture, à l'aspect minimaliste : les pages se présentent sous forme de scroll, et plus de feuilles successives, et les deux frères ont voulu imposer une vision de designer. « Nous avons fait quelques choix radicaux : il n'y a pas de choix de police, de taille de caractères, ou de couleur de page », explique Simon Guigue. Pour se repérer dans l'ouvrage, des numéros de ligne sont situés sur la partie gauche du texte.

 

Un volet sur la droite permet d'obtenir une vue globale du texte, un peu comme une table des matières. Mais cette dernière a vocation à être rapidement bousculée par la lecture et l'appropriation du texte via les annotations. Celles-ci peuvent être ajoutées très simplement à un passage précis d'un livre, et s'affichent sur le côté droit, dans une petite colonne, ou dans un pop-up pour plus de visibilité. La vue globale s'adapte alors aux notes ajoutées à l'ouvrage, et constitue une nouvelle table des matières.

 

« Plutôt qu'un exemplaire de Proust commenté par tout le monde, on obtient un exemplaire de Proust commenté par Bob, avec une table des notes, ou pratiquement de notifications, pour table des matières. » La lecture sociale, sur Addr, intervient avec le partage des corpus de notes avec les différents utilisateurs : dès lors qu'un camarade ou autre possède le même exemplaire du livre, il est possible de lui transmettre le fichier .addr qui contient les notes, afin de visualiser ses remarques.

 

Et, à nouveau, Addr privilégie la clarté : « Nous n'avons pas voulu aller dans le commentaire, mais vraiment dans le corpus de notes, ce qui veut dire que l'on ne peut pas superposer les notes de différents utilisateurs », explique Simon Guigue. « Certaines applications comme Leaflit permettent d'ajouter d'énormes commentaires, avec articles Wikipédia ou vidéo, mais nous avons vraiment tenu à limiter le bruit, y compris celui des réseaux sociaux. De nombreux lecteurs savent que sur leur Kindle, ils ne seront pas tentés d'aller sur les réseaux sociaux. »

 

 

À côté des titres des ouvrages, le nombre de « notifications » par utilisateur

 

 

Le seul outil annexe, pour le moment, est Dropbox, sur lequel il est possible d'aller chercher ses livres numériques pour les ajouter à l'application. Il est également possible d'ajouter les livres par mail, dans une application qui ne fait pas office de marketplace : « Nous nous adressons avant tout aux lecteurs qui ont beaucoup de livres, et qui souhaitent partager certains passages, comme les professeurs avec des élèves. Nous n'avons pas vocation à nous adresser à la recherche, par exemple », explique Simon Guigue.

 

La contrainte d'Addr se retrouve dans les formats gérés par l'application, qui se limitent pour le moment aux déclinaisons EPUB, et à la nécessité d'utiliser des exemplaires strictement similaires des ouvrages, pour le bon affichage des notes partagées.

 

La start-up travaille à présent à retirer le passage par le mail pour partager les notes, « qui ajoute un peu trop de friction à l'expérience », puis à lever des fonds auprès d'investisseurs anglophones. Une version mobile sera également créée, mais son aspect sera différent de l'application iPad, note Simon Guigue, avec peut-être une expérience exclusivement tournée vers la lecture, cette fois.

 

L'application est pour le moment testée en bêta, même si elle est déjà disponible sur l'AppStore. Les premiers retours portent essentiellement sur l'expérience de lecture, mais les deux fondateurs, qui viennent du print, imaginent déjà « Michel Houellebecq qui annote Auguste Comte », par exemple. Il est également possible de découvrir M. Proust, une application-test d'Addr, pour iPad.