Amazon absorbe Goodreads et ouvre le Kindle à la lecture sociale

Antoine Oury - 29.03.2013

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Contrairement à son concurrent Kobo qui s'est investi très rapidement dans la lecture sociale avec Social Reading, qui permet de partager ses lectures et d'acquérir des récompenses, Amazon restait à la traîne. Un retard qui aurait pu peser, à terme, notamment avec l'apparition de fonctionnalités plus avancées comme les commentaires localisés dans le texte et autres. Pour rattraper la distance, Amazon s'est donc offert Goodreads, le principal acteur du secteur.

 


 

 

Les deux rivaux d'antan travailleront main dans la main avant la fin du trimestre en cours. Le communiqué officiel fait du rachat une véritable alliance de circonstances : 

 

Goodreads a changé la façon de découvrir et de parler des livres et, avec le Kindle, Amazon a aidé à disséminer la lecture dans le monde. Tous les deux, ils ont aidés des milliers d'auteurs à élargir leur audience et à vivre de leurs créations. Ensemble, nous avons l'intention de susciter l'enthousiasme des auteurs comme des lecteurs.

 

 

Goodreads a été créé en 2007, et a rapidement commencé à faire de l'ombre aux recommandations d'Amazon, au point de cumuler 16 millions d'inscrits pour 23 millions de critiques en ligne. Cet équivalent outre-Atlantique de Babelio a développé le classement par étagères, mais aussi son propre moteur de recommandations, qui analyse près de 20 milliards de points de données.

 

Otis Chandler, le CEO de Goodreads, s'est appliqué à rappeler que le réseau social restait totalement indépendant d'Amazon : le site restera basé à San Francisco, avec son équipe d'origine à laquelle s'ajouteront de nouveaux venus pour l'occasion. « Amazon a une véritable histoire en la matière, la création de marques indépendantes et le management de celles-ci comme des sociétés indépendantes », assure Chandler.

 

 Vie privée et marketing

 

« Nous allons tout faire pour qu'il soit très facile de dire "Oui, j'aimerais bien exporter toutes mes données Amazon Kindle vers Goodreads." Nous rendrons cette opération très simple, mais les gens sauront ce qui les attend » explique Chandler à propos des données du réseau social... Si Chandler ne prévoit pas de changements dans l'aspect visuel du site, il y a fort à parier que les liens commerciaux vers une variété de magasins en ligne vont désormais se réduire à un acteur, malgré le déni de Chandler.

 

Sans les préciser outre mesure, Chandler et Russ Grandinetti, vice-président du contenu Kindle, ont expliqué que les échanges de critiques de livres se feraient dans le bon respect des souhaits des lecteurs. À terme, toutefois, Goodreads pourrait s'intégrer à Amazon, et le débarrasser ainsi des commentaires haineux, promotionnels, voire carrément écrits par les auteurs eux-mêmes qui pullulent sur le site de e-commerce.

 

Pour le moment, conscient de l'ombre du monopole qui le suit, Amazon reste très prudent quant aux annonces de modifications ou d'utilisations qu'il va faire de Goodreads. La multinationale a déjà fait l'acquisition de LibrayThing et Shelfari, 2 autres sites similaires à Goodreads. Un mouvement presque habituel, donc, mais qui n'a pas empêché plusieurs auteurs de s'émouvoir du rachat :

 


 « Aucune société ne devrait avoir ce pouvoir », et pourtant... Lecture sociale, prêt d'ebooks, tarification et frais de port avantageux : le monde du livre se traîne, à des kilomètres derrière le géant du e-commerce, menaçant par leur inertie la survie des acteurs indépendants - et innovants - du secteur.