Amazon bannit les 5000 ebooks d'éditeurs indépendants

Clément Solym - 23.02.2012

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« Je suis désolé de vous annoncer qu'Amazon.com n'est pas parvenu à honorer ses accords avec IPG pour la distribution des titres en format Kindle » C'est la première phrase laconique d'un mémo que le P.D.G. d'Independent Publishers Group, Mark Suchomel, a fait parvenir à ses éditeurs : leurs 5000 ebooks ne sont plus disponibles à l'achat, après refus d'un accord plus favorable à Amazon.

 

Si l'Independent Publishers Group campe sur ses positions, il pourrait bien donner une tout autre envergure à la résistance engagée depuis plusieurs mois contre les conditions tarifaires qu'Amazon tente d'imposer pour la vente des livres sur sa plateforme Kindle. Maisons d'édition et librairies physiques, vite secondées par les auteurs, ont engagé leurs forces dans la bataille : « Ce n'est pas la première critique de ce genre que reçoit Amazon. On avait pu l'observer, les méthodes d'Amazon sont sujettes à débat, pour ne pas dire plus, dans le monde de l'édition américaine. En conséquence, de nombreux libraires, et à leur tête Barnes & Noble et Books-A-Million, avaient décidé de boycotter les livres d'Amazon pour protester contre l'attitude féroce de la firme » (voir notre actualitté)

 

Car l'IPG n'est rien de moins que le deuxième plus grand distributeur pour l'édition indépendante outre-Atlantique, et fait état de quelques 400 clients aux catalogues non dénués de titres vendeurs, parmi lesquels Boardwalk Empire de Nelson Johnson ou I'm with the Band de Pamela Des Barres. « Il est évident que les éditeurs ne peuvent pas continuer à accepter des conditions qui réduisent de plus en plus des marges déjà faibles » a déclaré Mark Suchomel, poursuivant : « Je ne sais pas ce qui a changé ces derniers mois chez Amazon pour qu'il rejette un contrat et des conditions que les autres partenaires d'IPG acceptent »

 

 

Et par autres partenaires, Suchomel veut dire Nook, BarnesandNoble.com, Indybound.org ou même iTunes, autant de plateformes sur lesquelles on peut retrouver les 5000 ebooks indisponibles sur Amazon, lequel fournirait à IPG 5 % de son chiffre d'affaires total (uniquement pour les livres numériques). Suchomel n'a pas fourni de détails très précis sur le litige, mais Amazon aurait visiblement proposé un prix de vente des ebooks plutôt en deçà des espérances du PDG. 

 

En 2009, un auteur de la maison MacMillan, James McManus, avait vu son livre retiré d'Amazon, pour les mêmes raisons. « Quand Amazon et l'éditeur s'affrontent, c'est l'auteur qui en fait les frais. Si vos livres ne sont pas disponibles sur Amazon, vos ventes sont en chute libre » a témoigné l'auteur, tout en défendant les éditeurs, qui « ont besoin de couvrir leur dépense et de faire un minimum de profits, et ils n'y arriveront pas si quelqu'un essaye de vendre leurs livres pour 1 ou 2 $ ».

 

« Rappelez-vous qu'Amazon reste un partenaire important qui vend de nombreux titres » souligne le directeur d'IPG à la fin d'un mémo à ses éditeurs, puisque la librairie en ligne continue de proposer les versions papier des ouvrages distribués par IPG. Toutefois, il demande à ses auteurs de défendre « les éditeurs indépendants et les librairies » et fournit cette dernière recommandation au parfum de guerre de tranchées : « Si quelqu'un d'Amazon vous contacte, veuillez s'il vous plaît leur signifier que vous êtes distribué par et contractuellement lié à IPG ». Pour l'instant, Amazon n'a pas répliqué.