Amazon, Bookeen, Kobo, Sony : le Salon du livre, arène du numérique

Clément Solym - 18.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Salon du Livre 2012 - tablettes - reader


Ces derniers jours, il suffisait pratiquement de sortir de chez soi pour avoir un aperçu de l'importance du Salon du Livre pour les fabricants d' e-readers et de tablettes : avec une campagne de publicité massive, Amazon fait de son arrivée sur le Salon un évènement. Mais ce sont en fait quatre fabricants (Bookeen, Kobo et Sony, en plus de celui précédemment cité) qui sont présents sur le Salon : petit tour des stands et décompte des points.

 

Pas de surprise : tous les regards ou presque, inquiets ou amusés, sont tournés vers le stand C13, et son gigantesque anneau tournant, comme une couronne qu'un roi despote aurait d'ores et déjà posée sur sa tête. Chaque constructeur a sa réponse face à la concurrence grandissante : format ouvert, aspects techniques ou marketing. On les a toutes écoutées.

 

On était là avant !

 

Pour beaucoup, la meilleure arme contre Amazon reste l'expérience : Bookeen fait ainsi valoir « une cinquième année de présence sur le Salon », l'occasion pour le constructeur français de rappeler sa présence dans « une trentaine de pays ». Bientôt, c'est La Feltrinelli, une des plus grandes librairies italiennes, qui vendra leur Cybook Odyssey. Les équipes de Bookeen annoncent une présence sur les salons de Turin et de Francfort : presque la routine.

 

Le stand de Sony au Salon du Livre

 

Chez Kobo, en tout cas, on ira à Londres : les slogans imprimés sur le stand sont en anglais. Sébastien Bago, chargé du marketing chez la société d'origine canadienne, joue presque la provocation : « J'aurais trouvé ça super qu'on soit l'un en face de l'autre. » Pour lui, l'arrivée d'Amazon ne signifie qu'un acteur de plus, donc plus de choix pour le client. Mais il pense également qu'une réflexion spécifiquement française devrait être impulsée au Salon, avec, par exemple, « la BnF au milieu des stands de constructeurs, pour présenter les différents produits, sans parti pris. »

 

Fabrice Massin, chef de groupe du pôle informatique chez Sony ne cache pas son envie d'en découdre : l'objectif, c'est « redevenir premier » après une absence remarquée au Salon de l'année dernière. « Le point fort de Sony, c'est que nous avons deux offres, liseuse et tablette ». Et le point faible de Sony, c'est pas la fausse bonne idée du double écran ? « Ce n'est pas gênant pour les livres, après, pour les applications, c'est encore expérimental... ». Sa bande dessinée ou son magazine coupé en deux, c'est pour le moins expérimental, en effet. Il nous promet un modèle plus rapide, plus léger pour Noël prochain.

 

 

Antoine Dreyfus, « Senior Marketing Manager » chez Amazon, la joue à la cool (pas comme moi, qui jette des coups d'oeil stressés à l'OVNI tournoyant au-dessus de nous, craignant de finir plat comme un Kindle) : « Le Kindle est arrivé cette année en France, il est donc normal que nous ayons notre stand sur le Salon du Livre. Tout le monde est curieux (peut-être que la présence de 5 publicités au m² devant le Salon a pu aider, NDLR), le Kindle n'est pas forcément disponible dans beaucoup de points de vente. » Moins cool, par contre, sur la date de sortie potentielle du Kindle Fire : le marché est prêt, mais l'heure n'est pas encore venue. Antoine Dreyfus nous précise tout de même que la présence d'Amazon aux prochains salons « dépendra des résultats ». Pour l'instant, il constate « un vrai engouement ».

 

Des formats et des clients

 

Sur le Salon, comme le note Fabrice Massin de chez Sony, « les gens ne sont pas forcément bien informés sur les données techniques du livre numérique ». Si kf8 évoque plus un menu KFC qu'un format propriétaire, par exemple, autant en profiter. Mais Antoine Dreyfus nous corrige tout de suite : « Amazon travaille avec un format Amazon, qui n'est pas fermé. On peut le lire sur un grand nombre d'appareils : PC, Mac, tablette Android, iPad. Il y a un très large choix de supports de lecture. » 

 

Le bon plan Bookeen : lire du Nietzsche en se gavant d'Haribo

 

On notera une nette tendance à l'écoute des lecteurs/clients, notamment dans le suivi technique des machines respectives. Chez Bookeen, la Bookeenerie permet aux développeurs d'être informés des avis des utilisateurs : « Par exemple, en ce moment, une centaine de fans Bookeen testent le nouveau dictionnaire et nous renvoient leur feedback » explique Jean-Luc Satin, directeur marketing. Même refrain chez Kobo : après « un début un peu difficile », la Fnac « apporte le réseau et le tissu de clients qui permet de faire remonter les informations ». « On est à la fois customer friendly et publisher friendly » (ami des clients et des éditeurs) poursuit le directeur marketing de Kobo. La firme canadienne veut « se baser sur les standards en matière de format, l'ePub, et de métadonnées, avec ONIX » avance Sébastien Bago en enjolivant un peu le tableau (le format Kobo est semi-propriétaire). 

 

Le rachat de Kobo par Rakuten est d'ailleurs « tout bonus » d'après l'employé : « Cela nous a apporté la stabilité, la possibilité d'attaquer le marché asiatique avec un soutien de taille et de recevoir des investissements. Il n'y a pas d'idées de démantèlement derrière tout ça. » 

 

Et l'année prochaine ?

 

Malgré notre homonymie, Antoine Dreyfus se cantonnera aux données marketing sans nous livrer de véritable scoop. Il n'a rien à dire sur le projet Readium, ni sur l'entente entre Apple et les cinq éditeurs. (voir notre actualitté) Quant à la bibliothèque de prêt Kindle, « elle est encore en phase de test aux États-Unis, donc il n'y a aucune date pour une sortie en France ».

 

Bookeen nous confirme son partenariat avec Cultura et Decitre (voir notre actualitté) et Jean-Luc Satin explique les prochaines améliorations du reader « plus mieux » (on a connu mieux, en tout cas, en ce qui concerne les formules pub) : le High Speed Ink System (HSIS) qui a fait la légendaire rapidité de la liseuse va encore être amélioré pour la navigation dans la bibliothèque, tandis que l'usage des PDF sera bientôt plus commode. « Et nous allons intégrer des dictionnaires open-source », ajoute Satin. Une future tablette pour Bookeen ? « On regarde le marché, on reste attentifs » assure-t-il, en glissant que « le premier Cybook avait un écran LCD ».

 

Quant à Kobo, la question qui nous brûlait les lèvres concernait bien évidemment la Kobo Vox : le stand A27 lui-même a répondu à notre question.

 

 

 

Sébastien Bago souligne toutefois qu'« il faut construire le catalogue adapté avant de sortir la tablette, mais c'est vraisemblablement pour 2012 », avec les mêmes fonctionnalités et caractéristiques. Et l'idylle avec la grande enseigne de la culture continuerait, et pourrait même accueillir de nouveaux acteurs, « toujours en accord avec la Fnac ». « On ne s'interdit pas un jour d'élargir sur tous les produits culturels » précise aussi Sébastien Bago.

 

Et la lecture sociale, c'est mort ou ça marche ? (voir notre actualitté) Sébastien Bago défend l'idée de badges décernés au lecteur lorsqu'il remplit des objectifs (10000 pages lues, une lecture nocturne...). « Grâce à un partenariat avec Facebook, vos amis peuvent voir vos lectures sur la Timeline » : il veut une « approche décomplexée » de la lecture. Devant mon air plus ou moins dubitatif : « On peut aussi désactiver Reading Life ! » Le client, on vous a dit.