Amazon confirme son investissement dans la traduction

Camille Cornu - 17.12.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - Amazon crossing - traduction anglais


Alors que le marché des traductions vers l'anglais diminue, Amazon croit y voir une brèche dans laquelle investir. La firme vient d'annoncer qu'elle investirait 10 millions $ dans Amazon Crossing, son service de traduction. Elle confirme ainsi son engagement dans la traduction, un domaine qui semble lui réussir... Amazon est le premier éditeur de fiction traduite aux USA.

 

 

 

En 2015, AmazonCrossing, le service de traduction d'Amazon, a publié 75 titres aux USA. Cela fait d'Amazon l'éditeur de fiction traduite le plus prolifique. À la seconde place, on trouve Dalkey Archive, qui n'a publié que 25 titres, selon les chiffres de Chad Post, qui s'occupe de la base de données de fiction traduite de l'Université de Rochester. 

 

Le nombre d'œuvres traduites ne cesse pourtant de diminuer. Entre 2014 et 2015, le nombre de titres de fiction traduite a diminué de 8,4 % aux USA. À titre de comparaison, 20 % de la littérature générale publiée en France est traduite de l'anglais.  

 

Chad Post essaie de relativiser : il ne pourrait s'agir que d'une fluctuation normale. Cependant, Amazon semble bien décidé à investir la place qu'il y a à prendre dans ce domaine. L'année dernière, la firme lançait un contrat de traduction très défavorable aux auteurs et dont certaines clauses étaient illégales. Le contrat avait été dénoncé par l'Association des traducteurs littéraires de France. Cela avait néanmoins permis à plusieurs titres européens de faire leur apparition sur le marché américain...

 

Nicky Harman, qui vient de commencer à traduire Happy de Jia Pingwa pour AmazonCrossing, assure que son expérience avec eux a été « incroyablement bonne, mais probablement pas représentative » : « Ils ont un système d'enchères que tous les traducteurs détestent — bien que ce ne soit pas spécifié, on ne peut pas s'empêcher de penser que ce qui les intéresse est de connaitre notre prix, et pas de voir un extrait de traductions. Ensuite ils donnent probablement le contrat à celui qui a le prix le plus bas. »

 

Un investissement de 10 millions $ dans Amazon Crossing

 

Après avoir lancé une page dédiée aux propositions de traductions, Amazon a annoncé en octobre investir 10 millions $ dans AmazonCrossing... La firme semble espérer se rattraper en expliquant que ce nouvel investissement « servirait à payer les traducteurs sur les cinq prochaines années, et à augmenter le nombre de pays et de langues représentés ». 

 

Éditrice chez Amazon Crossing, Sarah Jane Gunter explique : « Nous avons lancé AmazonCrossing il y a cinq ans avec l'idée qu'il y avait beaucoup de bonnes histoires par de bons auteurs qui n'étaient pas disponibles en anglais. Si vous regardez le nombre de livres qui sont traduits en anglais chaque année, on en parle comme du problème des 3 %. Moins de 3 % de livres qui paraissent en anglais sont de la fiction traduite. Nous avons senti qu'il y avait une opportunité d'importer plus d'auteurs — des bestsellers et des exemples fameux de la littérature contemporaine — d'autres cultures dans la langue anglaise. Et nous nous réjouissons du résultat. »

 

L'année prochaine, AmazonCrossing publiera Pierced by the sun, le nouveau roman de l'auteure mexicaine Laura Esquivel, Winter Men, du danois Jesper Bugge Kold, ou The Last Pilgrim, du scandinave Gard Sveen, qui avaient tous connu un bon succès dans leur pays mais n'avaient pas été traduits en anglais. Il y a trois ans, AmazonCrossing avait également commencé à traduire vers l'allemand, s'était mis au français tôt cette année, et vient d'annoncer ses prochaines traductions vers l'italien à venir. 

 

 

Literary Translation Centre - London Book Fair 2015

Lors de la London Book Fair 2015, le Centre dédié à la traduction, sponsorisé par AmazonCrossing

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Chad Post commente les choix éditoriaux d'Amazon : « En quelque sorte, ils bouchent les trous. Pour les traductions, la plupart des éditeurs se concentrent sur le très littéraire. Alors qu'Amazon se concentre sur ce que le lecteur moyen a envie de lire, et ils savent comment atteindre ces gens. Au final, cela pourrait aider à augmenter le lectorat de la fiction internationale ». 

 

Et Gunter, l'éditrice d'Amazon, de confirmer : « les retours de nos clients sont très utiles. On se concentre principalement sur des livres que nos lecteurs ont aimés dans une langue, dont nous pensons qu'elles méritent d'être portées à une audience plus large ».

 

Le 8 décembre dernier, le CEATL (Conseil Européen des Associations de Traducteurs Littéraires), mettait en garde le Commissariat européen à la Culture sur la façon dont la précarisation des auteurs et traducteurs pouvait également encourager à leur proposer des traitements abusifs, en prenant l'exemple d'Amazon. « Amazon ou Harper Collins Nordic, par exemple, pratiquent le dumping en termes de tarifs, et proposent des contrats d'inspiration anglo-saxonne », confiait sa vice-présidente, Cécile Deniard. 

 

Elle mettait alors l'accent sur la complexité de réguler le marché international de la traduction, les contrats étant basés sur la législation du pays de l'employeur et non pas sur celui du signataire, ce qui empêcherait aux auteurs de faire valoir leurs droits. 

 

(via The Guardian