Amazon fait du pied aux libraires indépendants américains

Antoine Oury - 06.06.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Amazon - librairie indépendante - partenariat


Surprise sur les sites d'information US : comme ça, Amazon démarcherait les librairies indépendantes pour leur proposer un partenariat, et la vente de Kindle en boutiques... Ici comme outre-Atlantique, cela ressemble furieusement à un loup qui proposerait au mouton les couverts pour qu'il puisse le dévorer... Et la réaction des libraires, donc, ne s'est pas fait attendre.

 


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petsadviser.com, CC BY 2.0

 

 

À la librairie Skylight Books de Los Angeles, on ne s'attendait sûrement pas à cet appel : « J'ai eu un coup de fil d'un représentant d'Amazon ! Apparemment, on lui avait confié la tâche de contacter les libraires indépendants pour « construire un partenariat » avec les indépendants afin de « collaborer » au sein d'un programme pour vendre des Kindle en magasin... Oui, vraiment. Avec ma voix la plus incrédule, je lui ai demandé s'il était sérieux et simplement répondu que nous n'étions pas intéressés. »

 

On plaindrait presque l'exécutif de chez Amazon, qui a dû avoir affaire aux libraires les plus remontés. L'intérêt d'Amazon pour des ventes en boutiques physiques n'est pas nouveau. À une certaine époque, le Kindle était même vendu dans les supermarchés Walmart, une des plus grandes chaînes américaines, mais celle-ci avait fini par renoncer, agacée par la politique tarifaire du e-commerçant.

 

Et en France ?

«  Ceux qui ont un site Internet peuvent déjà vendre des livres en format numérique, mais les acheteurs ne bénéficient pas de l'ergonomie apportée par les liseuses, comme celles des grands distributeurs. »

Matthieu de Montchalin, président du SLF

janvier 2012

Depuis, pas vraiment de nouvelles

Bien entendu, Amazon n'avance pas ses conditions commerciales facilement, et aucune modalité du partenariat n'a pour l'instant filtré. Toutefois, il ne fait aucun doute qu'Amazon tente ici de redorer son image auprès des libraires indés, et surtout de concurrencer Kobo.

 

« Collaborer, et ne pas détruire »

(Hiroshi Mikitani, PDG de Rakuten)

 

En effet, la firme de Rakuten, spécialisée dans la vente de lecteurs ebook et de livres numériques, a mis sur pied aux États-Unis, en collaboration stricte avec l'American Booksellers Association (ABA) qui permet aux libraires indépendants de disposer du catalogue de la marque. Le numéro de série de la machine vendue en boutique permet au libraire de toucher un pourcentage sur chaque vente d'ebook, même sur ceux vendus hors boutique.

 

Une stratégie sur laquelle Amazon louche carrément : un libraire US rapporte même que le représentant aurait prononcé le nom de Kobo, en assurant que l'offre du géant américain serait bien plus alléchante. Sans aucun doute, étant donnée la renommée des stratégies commerciales d'Amazon. Sa force de persuasion avait même permis de nouer un partenariat avec Waterstones au Royaume-Uni, quand bien même le directeur général, James Daunt, avait rappelé plusieurs fois sa quasi haine du e-commerçant.

 

La concurrence directe avec Rakuten et Kobo prend une tout autre saveur quand on découvre les propos d'Hiroshi Mikitani, PDG de Rakuten, qui conseille au e-commerce de « collaborer, et ne pas détruire ». « La plupart des e-commerçants vont vous parler de facilité et de rapidité, ce sont des facteurs importants, mais je ne crois pas qu'ils soient vraiment engageants », explique Mikitani. « Nos marchands sont les véritables héros », termine-t-il.

 

Donc, Amazon est à l'écoute. Sauf sur la fiscalité, là, ce sont eux les experts...

 

Pour mémoire, le Furet du Nord avait expliqué à ActuaLitté qu'Amazon les avait approchés, pour proposer la mise en vente du Kindle dans les boutiques. Mais le Furet s'était montré rusé comme le renard, et avait préféré décliner.