Amazon : frais de port offert pour le papier, payant en ebook ?

Nicolas Gary - 20.02.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - Kindle Direct Publishing - redevance - coût de distribution


Alors que la représentation nationale a montré une volonté unanime de rétablir une juste concurrence entre la vente de livres par les cybermarchands et les librairies physiques. Etait en effet débattue la loi de régulation concernant la gratuité des frais de port cumulée aux 5 % de remise. Et dans le viseur, la firme Amazon, qui se bat pour conquérir des parts de marché et pratique les deux éléments, pour séduire les clients. 

 

 

 

 

Sauf que… dans le cas des ouvrages numériques, la société américaine n'a pas vraiment les mêmes pratiques. C'est un élément connu de ceux qui ont recours aux systèmes d'autoédition - qu'ils soient auteurs indépendants, ou petits éditeurs, mais qui vaut, en cette période de législation protectionniste, son pesant de cacahuètes. En effet, la société envoie des rapports quotidiens, selon les ventes réalisées. 

 

« Avec le lancement du Kindle HD et du HDX, et la possibilité d'accéder à ses titres Kindle depuis n'importe quelle tablette, par le biais des applications, nous avons souhaité ouvrir plus largement notre catalogue de BD », nous explique un éditeur. Grand bien lui en a pris. Ou pas. 

 

Quand on passe par le système Kindle Direct Publishing, deux types de redevances sont proposés : 70 % du prix de vente reversés à celui qui commercialise, ou 35 %. L'appât du gain incite dans un premier temps à chercher la rentabilité, en pratiquant les 70 % de redevances. Mais dans ce cas, il se pose un petit souci. « Dans le premier cas, Amazon prélève des frais pour la livraison du fichier au client, mais pas dans le second », constate l'éditeur.

 

Prenons un exemple concret : un titre BD d'une trentaine de méga-octets est commercialisé pour 3,53 €, prix fixé par l'éditeur. Mais voilà qu'Amazon décide arbitrairement de mettre la BD à 2,80 €, « sans même nous consulter ». Ce point est problématique, mais figure parmi les conditions générales : si la firme trouve le même fichier, à un prix inférieur à celui pratiqué sur la plateforme Kindle, elle se réserve le droit de diminuer arbitrairement - ou contractuellement… - le prix de vente.

 

Mais l'éditeur se retrouve un brin décontenancé : voilà qu'il se fait facturer un « coût moyen de livraison », évalué par Amazon à 3,59 €. Autrement dit, non seulement le prix de vente est réduit automatiquement, mais surtout, il ne va pas gagner un centime d'euros sur la vente. Et pire encore, il ne pourra, dans ces conditions, pas reverser de droits à l'auteur, sur la vente réalisée.

 

« Alors qu'Amazon a fait de son cheval de bataille la gratuité des frais de port sur les ouvrages papier, pour les clients, ils facturent des coûts de livraison, à l'éditeur, pour la commercialisation des ouvrages numériques. Quand Apple ou Google prennent 30 % du prix de vente, cela inclut tous les frais liés à la diffusion auprès du client, des ouvrages achetés. »

 

Moralité ? L'éditeur se retrouve à passer à une redevance de 35 %, quitte à percevoir moins d'argent, mais à obtenir un coût de livraison nul. « Amazon nous oblige à vendre plus chèrement les oeuvres sur leur plate-forme ou alors à pratiquer les mêmes prix de vente chez les concurrents. Et dans le même temps, ils incitent à vendre le moins cher possible, pour attirer les clients… » déplore l'éditeur.

 

« C'est une pratique connue de la part d'Amazon », nous précise un ancien auteur indépendant. « Il semble qu'ils facturent au Mo selon le poids des fichiers, et en vertu de cet accord de versement de 70 % de redevance. A ce titre, les autres acteurs sont bien plus honnêtes, et respectueux… »