Amazon macht frei : des néo-nazis pour motiver les troupes

Antoine Oury - 15.02.2013

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Amazon révolutionne régulièrement le commerce en ligne, et il est indéniable que le site est plutôt bon dans son domaine. Question gestion de la masse salariale, par contre, il semblerait que les méthodes soient quelque peu datées, au point que des relents peu engageants s'en dégagent : des néo-nazis auraient ainsi été engagés pour assurer la cadence de trois entrepôts allemands.

 


Neo Nazi Rally In Trenton, NJ - Mohawk

Bob Jagendorf, CC BY 2.0

 

 

« Recherche agent de sécurité, crâne rasé et bottes en cuir demandées. Ratonnade à prévoir, sang impur s'abstenir » : bientôt de telles annonces de recherche d'emploi dans les bases de données d'Amazon ? Le poste que la firme a confié à plusieurs cerbères du service de sécurité HESS Security (un nom vraisemblablement hommage à Rudolf Hess, proche d'Hitler) s'apparente en tout cas à des menaces pures et dures : ces « gardiens » seraient chargés de motiver la main d'oeuvre, surtout d'origine étrangère, à l'aide d'intimidations en tout genre.

 

Ce scandale a été mis à jour par la chaîne de télévision allemande ARD, dans un documentaire consacré à Amazon, à ses centres de distribution, ainsi qu'au traitement qu'il réserve à ses quelque 5000 employés temporaires. Les bouledogues de chez HESS Security effectueraient régulièrement des rondes dans les cuisines et chambres des travailleurs, et cela pour vérifier l'efficacité, tout autant que la fidélité, à leur patronne multinationale. « Beaucoup de ces travailleurs sont terrifiés » note laconiquement le documentaire.

 

Lequel présente d'ailleurs de nombreuses images de ces néo-nazis vêtus d'uniformes noirs, coiffés à la militaire : ces joyeux drilles se fourniraient chez Thor Steinar, une marque de vêtements connotée extrême-droite (!), qu'Amazon a banni de son site dès 2009... Une jeune travailleuse, nommée Maria, raconte dans le documentaire comment un homme l'a viré sans autre forme de procès en découvrant qu'elle avait fait sécher ses vêtements mouillés sur un radiateur mural. En n'oubliant pas de l'inonder de la puissante lumière de ses phares lorsque la jeune femme faisait ses bagages.

 

Heiner Reimann, du syndicat Ver.di, n'est finalement pas étonné par ces pratiques : « Ils ne voient pas comment protester, ils sont tous terrifiés à l'idée de devoir rentrer chez eux sans travail » explique-t-il. De fait, cette main-d'oeuvre bon marché (dont les salaires sont d'ailleurs fluctuants) n'est pas employée directement par Amazon, mais par le biais d'agences d'intérim. 

 

Si HESS Security n'a pas répondu aux accusations des documentaristes (par ailleurs inquiétés durant le tournage), Amazon s'est empressé de publier ce communiqué : « Bien que l'agence de sécurité n'ait pas été embauchée par Amazon, nous sommes actuellement en train d'examiner les accusations sur le comportement de certains membres de la sécurité, et prendront les mesures appropriées immédiatement. Nous ne tolérons ni la discrimination, ni les intimidations. »