Amazon travaille son monopole chez les petits éditeurs

Clément Solym - 03.04.2012

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Les petits éditeurs doivent s'en mordre les doigts. Amazon vient de leur demander une contribution très élevée, puisqu'il n'achètera leurs livres qu'avec une remise de 45 %.

 

L'éditeur McFarland, de Caroline du Nord, propose des manuels scolaires, des ouvrages scientifiques et autres essais. Depuis une dizaine d'années, sa collaboration avec Amazon avait été plutôt bénéfique, puisqu'il trouvait sur le site du détaillant l'ensemble de ses titres, très appréciés notamment pour leur variété sur des thèmes comme les jeux et les sports.

 

 


Perspectives inquiétantes

 

Mais à la fin de l'année 2011, l'éditeur aurait reçu, comme beaucoup d'autres petits éditeurs, un email l'avertissant que dorénavant, Amazon comptait sur un dégraissage plus radical des prix de leurs livres, qu'il n'accepterait de vendre qu'après une remise de 45 %. Autant dire une saignée, et en gardant le sourire s'il vous plaît.

 

McFarland a toujours appliqué la même remise à ses partenaires et aux détaillants. Pourquoi faire le grand écart pour Amazon ? « Si nous faisions une exception pour Amazon, nous devrions le faire pour tous les autres, et cela menacerait clairement notre commerce. Nous ne pourrions pas exister ainsi », analyse Karl-Heinz Roseman, directeur des ventes et du marketing chez McFarland.

 

Manipulation ?

 

Et parce qu'Amazon est responsable de près de 70 % des ventes chez McFarland, ce dernier s'inquiète de la pression que le géant pourrait exercer sur son commerce.

 

Globalement, les petits éditeurs, même s'ils entretiennent une relation de confiance avec Amazon, semblent ne pas supporter ces manoeuvres. Plus que tout, c'est cette annonce froide par le biais d'un email (comme si on vous annonçait "Bonjour, vous allez perdre beaucoup d'argent, Bien à vous, Amazon"), et sans la moindre explication (malgré plusieurs tentatives, Karl-Heinz Rozeman n'aurait toujours pas réussi à prendre contact avec eux) qui leur déplaît... et la perspective de devoir sacrifier leurs prix pour figurer au sein de « la plus grande sélection de la Terre ».

 

On se souvient qu'Amazon avait voulu revoir ses termes avec le groupe des éditeurs indépendants américains, l'IPG. Faute d'accord, car l'IPG ne voulait rien sacrifier, Amazon avait tout bonnement retiré les ebooks du groupe de son site (voir notre actualitté).

 

Qui est concerné ?

 

Tout le monde. Car comme ne manque pas de nous le rappeler Shatzkin de la société de consultants Idea Logical, « Amazon peut presque donner des livres à ses clients, pour ensuite gagner de l'argent en leur vendant des chips et des ordinateurs. Aucun acteur du livre ne peut tenir la compétition face à ça ». Les petits éditeurs se retrouvent donc pris à la gorge (voir notre actualitté).

 

Amy Rhodes, consultante chez Market Partners International, estime qu' « ils recherchent des remises plus importantes un peu partout ». Excepté que cela n'aura pas la même incidence chez l'un ou chez l'autre, en fonction de leur chiffre d'affaires.

 

Et comme l'explique Robert Franklin, fondateur et président de McFarland, la proposition d'Amazon est un moyen sûr d'enterrer son activité. « Quand vous avez un livre que vous espérez vendre à 400 ou 500 exemplaires, vous n'avez pas assez de latitude pour faire jouer les prix. Votre situation est déjà très serrée ».

 

Engagez-vous, rengagez-vous, qu'ils disaient...