Amazon verse désormais dans “le blanchiment d'argent”, malgré lui ?

Nicolas Gary - 28.02.2018

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Titre particulièrement provocateur, certes, mais une fois de plus, les services d’Amazon sont lourdement remis en cause. Depuis un bon moment, les prestations de publications servent à de nombreuses arnaques. Et la firme semble totalement dépassée...

 

susan-freed-band Atlanta GA
domaine public

 

C’est l’outil Createspace qui est maintenant la proie des escrocs de haute voltige. Jusqu’à présent, les outils d’autopublication Kindle Direct Publishing avaient servi à la production et la commercialisation de livres qui n’en étaient pas vraiment. En effet, on pouvait proposer un titre sur Kindle Unlimited – l’offre d’abonnement – et faire lire son ouvrage par un robot. De la sorte, l’auteur du livre factice engrangeait des revenus qui avec le temps devenaient significatifs. 

 

Très significatifs. En mettant en lecture des livres numériques de 3000 pages, lesquels ne contenaient qu’un infâme charabia, à raison de 0,005 la page lue, il devenait facile de se faire de l’argent de poche. Surtout en démultipliant les faux livres et les robots pour les ouvrir – soyons humains, même un robot n’a pas à endurer la lecture d’un truc sans queue ni tête.

 

Pour préserver le Kindle de fraudes massives :
Amazon dégaine les avocats
 

 

Informée, la firme n’avait pas eu d’autre choix que de recourir aux mesures légales, mais pour le coup, les petits hackers n’ont pas dit leur dernier mot. La manne économique que représente cette arnaque est trop belle !


60 % de droits d'auteur pour 70 exemplaires vendus 555 $ = ...?
 

Mais désormais, c’est à Createspace que ces margoulins s’en prennent. L’outil d’autopublication et de distribution pour des livres, des CD et des DVD a une faille. Un certain Patrick Reames s’est en effet vu expédier par Amazon le formulaire 1099, signalant qu’il avait réalisé près de 24.000 $ de ventes via Createspace. L’auteur est extatique, mais ne comprend pas vraiment.

 

Reames a bien plusieurs livres à son actif, qui évoque l’industrie du livre, mais il découvre qu’un petit malin se sert de son nom pour vendre un livre à 555 $ – lequel ne contient absolument pas une ligne de cohérente. D’ailleurs, Reames a eu la puce à l’oreille assez rapidement : il ne dispose pas de compte Createspace...

 

Le livre en question, commercialisé à partir du 7 octobre 2017 s’intitule Lower Days Ahead – il était vendu dans le monde entier, mais a été rapidement déréférencé. Via Createspace, le vendeur peut empocher 60 % du prix de la vente – ce qui signifie 70 ventes en trois mois, avec un titre proposé pour 555 $.

 

L’escroc aurait pu jouer avec des cartes de crédit ou des cartes de débit, faire des dizaines de ventes, et empocher le pactole. Et si Amazon n’avait pas envoyé le formulaire à la mauvaise personne – et pourtant, le bon nom – jamais personne n’en aurait entendu parler.

 

Et l’auteur, victime d’une usurpation d’identité (mais la chose est maintenant classique), de souligner : « J’ai passé en revue de nombreux titres de Createspace, et il est clair pour moi qu’il pourrait y avoir des centaines, sinon des milliers de livres frauduleux sur leur site. »



 

 

Les livres en effet mis en vente, dont le contenu est généré par des ordinateurs... En 2015, le Digital Reader faisait état de centaines de livres qui combinait contrefaçon de livres authentiques, et vendus à des étudiants, comme de véritables manuels scolaires. 

 

Reames poursuit : « Il est très peu probable que ce livre soit seul à avoir été publié. En tant que tel, je suppose qu’il a été utilisé pour du blanchiment d’argent, en plus de la fraude fiscale, en utilisant mon numéro de sécurité sociale. »

 

Parce qu’avec les sommes ainsi obtenues, qu’advient-il de l’argent ? « Cela représente un paquet d’argent, et de nombreux exemplaires : ainsi, on peut laisser libre cours à l’imagination pour mener son commerce illégal (par exemple, vendre des armes, de la drogue, financer le terrorisme », conclut l’auteur.

 

Il n’est en effet pas compliqué d’imaginer comment ces faux livres pourraient être utilisés pour blanchir de l’argent, en utilisant des cartes de crédit volées, ou en facilitant des transactions pour l’achat de matériel illicite. « Je ne peux pas croire qu’Amazon ignore cela, et ne cherche pas à faire cesser ces pratiques. Je crois également qu’ils ne vérifient pas correctement les nouveaux comptes, pour limiter la fraude fiscale par vol d’identité. »

 

La criminalité ne manque définitivement pas d’inventivité...

 

via Digital Reader, Krebs on Security

 




Commentaires

Merci pour votre article sur Amazon. Serait-il possible qu'un de vos journalistes aille voir et analyse les textes classiques (français ou traduits en français) qui sont vendus sur Kindle sans aucun nom d'éditeur ou une appellation complètement bidon. Je viens d'acheter Les Misérables (bon d'accord,c'était 4€49): Edition libre et universelle, Initiative Claude Gohin, Dijon 2011, atelierdedenis.com. Il y en avait à moins cher mais celui-ci affichait 5 étoiles. J'ai pensé qu'il valait mieux payer un peu et avoir un texte correct. Dans l'été, j'avais lu Anna Karénine et La Guerre et la Paix qui comportaient l'un et l'autre des phrases mal coupées et beaucoup de fautes d'orthographe ou de frappe. Là, pour Les Misérables, un feu d'artifice. Toutes les pages ou presque affichent un problème avec des phrases sans queue ni tête, incompréhensibles. Les chapitres sont annoncés dans le corps du texte sans même un alinéa. Ca vaut le coup d'œil, je crois. Et peut-être un article de mise au point ? C'est à vous de juger. Pour ma part, j'ai écrit à Amazon que c'était une honte...

Je lis régulièrement un certain nombre de vos articles et je suis toujours intéressée. Merci.
France Marie Berne, pourquoi ne pas commander vos livres chez un libraire normal qui vous vendra des livres normaux, édités par de vrais éditeurs et qui ne sont pas forcément plus chers (surtout pour les classiques)??? je ne comprends pas...
Merci d'avoir essayé de comprendre... aussi, je m'explique. L'énigme tient dans le mot Kindle, c'est-à-dire la liseuse d'Amazon. Elle pèse environ 200gr et contient quelques 300 livres pour le moment. Je dois subir un traitement médical récurrent, qqfois long, et les 5 tomes des Misérables peuvent m'accompagner sans problème. De même les ouvrages en anglais pour lesquels je peux consulter un dictionnaire d'un seul clic. Je conclurai avec Sempé "rien n'est parfait"... Cela n'empêche pas Amazon de ne pas avoir à profiter de faux livres.
Pour des livres du domaine public de qualité (et gratuits), il y a par exemple gutenberg.org, ou wikisource, ou noslivre.net, ...
Et quelle liseuse utilisez-vous pour les télécharger ?
Bonjour,

Je les télécharge depuis mon ordinateur, car je gère toute ma bibliothèque avec Calibre (ça me permet de gérer à mon goût les métadonnées, en particulier les tags, et uniformiser les noms d'auteurs, qui peuvent parfois être traités différemment)

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