Anonymous : le thriller en crowdsourcing, ou le roman qui se partage

Nicolas Gary - 30.10.2014

Lecture numérique - Usages - Edouard Brasey - Anonymous lecteurs - internet collaboration


Le crowdsourcing, outil collaboratif réunissant des internautes autour d'un projet, connaît de multiples déclinaisons. La Russie avait ainsi été conviée à corriger les textes numérisés de Tolstoï, dans un esprit de collaboration nationale. Dans une moindre mesure, un écrivain français s'est lancé dans cette aventure collective, avec la publication d'un graphic novel, baptisé ANONYMOUS. Le premier tome (de cinq), vient de paraître, articulé autour d'un projet global impressionnant. 

 

 

 

 

Le 25 octobre est sorti ANONYMOUS, sur l'ensemble des plateformes numériques. « Il s'agit d'un thriller sur le thème des Anonymous, dont la date fétiche d'actions communautaires d'envergure a lieu chaque année le 5 novembre, en mémoire de la conspiration des poudres de Guy Fawkes le 5 novembre 1605, Guy Fawkes dont le masque, popularisé par la BD puis le film "V pour Vendetta" est le symbole du groupe », nous explique Edouard Brasey. 

 

Le projet a débuté avec un groupe privé sur Facebook, et une communauté restreinte de beta-readers, baptisés Anons, « qui m'ont aidé puissamment dans cette entreprise », insiste l'écrivain. Chacun d'entre eux a reçu le livre originel, avec la possibilité de commenter, par des remarques de fond autant que de forme, et se sont « complètement investis, avec un professionnalisme et une passion dignes des meilleurs éditeurs ». Un soutien tant professionnel que moral.

 

Le livre, Souviens-toi du 5 novembre, est proposé pour 99 centimes, jusqu'au 5 novembre, sur l'ensemble des plateformes. Il passera ensuite à 2,99 €.

 

Ce roman représente une tentative de s'adapter à l'ère du livre numérique, ses enjeux, ses contraintes, mais également ses potentialités formidables.

 

Il a donc été conçu dans un esprit d'interactivité et de partage, sur la base d'une petite confrérie de lecteurs bénévoles, baptisés Anons. Ces premiers lecteurs, ou beta-readers comme on dit outre-Atlantique, ont lu scrupuleusement et avec une passion communicative les pages qui suivent, puis en ont signalé les erreurs, omissions, invraisemblances, fautes d'orthographe, incorrections et autres scories qu'un auteur laisse invariablement après lui, quel que soit son désir de bien faire. Ils ont ainsi assumé collégialement, avec un professionnalisme sans faille, le travail éditorial et de correction qui est d'ordinaire effectué par les éditeurs classiques. Grâce à eux, ce roman est davantage lisible qu'il ne l'aurait été sans leur participation. Qu'ils en soient ici remerciés du fond du cœur. Et si le lecteur à venir découvre tout de même quelque paille dans le blé, qu'il en tienne rigueur au seul auteur.

 

Je remercie donc ici mes fidèles Anons, dont je lève un instant le masque (de Guy Fawkes) pour dévoiler leur identité (patronyme ou pseudonyme) par ordre anon-phalbétique :

Sophie Andrieux, Stéphanie Aten, Patrice Bantos, Sabine Barbier, Noël Boudou, Eva Bouvard, Esther Brassac, Richard Busiakiewicz-Thomas, Kiki Carron, Jennifer Castard, La Chaumière des Mots, Angélique Claude, Blandine Darkmoon, Sandrine Denis, Francine Duprouilh, Alexandra Draw Your Life, Aurélie Froissart, Agnès Grudler, Patrick Jaulent, Guena L., Marie-Pierre L., Virginie Lachaud, Thérèse Lamouche, Daniel-Luc Lardillon, Archibald Lounsbery, Clément Malialin, Mart'Ine, Lorrianna Morreale,  Frédérique Popieul alias Fredde l'Antre des Artistes, Orchidée Van Tassel, Elisabeth Porret, Valérie Régnier, Stéphane Royer, Nadège Siecke, Bernard Visse.

 

Mais pourquoi Anons ? J'entends d'ici certains commentateurs extérieurs nous brocarder à propos de ce terme (la moquerie facile est de prétendre que les Anons ânonnent… qu'ils sont des ânes, etc.). Je tiens donc à préciser les raisons de ce choix : Anon est le diminutif d'Anonymous en anglais. Le roman portant en grande partie sur ce groupe informel, il est séduisant de pouvoir s'assimiler à eux. Leur choix de revendiquer leur anonymat n'est pas qu'une façon d'échapper aux représailles de ceux qui les pourchassent ; c'est aussi une manière de reprendre le pouvoir à la base, avec cette idée : « Nous sommes anonymes, mais nous sommes les plus nombreux. En nous regroupant, nous pouvons reconquérir notre liberté bafouée par ceux qui nous dirigent de façon abusive ou injuste. »

 

Bon, cela dit, ce groupe n'a rien de politique, bien entendu. Ceci est un roman, non un pamphlet. Mais j'espère qu'à l'occasion de cette fiction, certains se poseront des questions sur le monde tel qu'il est en train de devenir.

 

Quelques-uns ont également fait remarquer de façon judicieuse que l'ânon, le petit de l'âne, était l'humble monture choisie par le Christ pour entrer à Jérusalem le jour des Rameaux. N'est-ce pas un beau symbole ? Enfin, ce jeu d'interactivité qui nous a réunis durant ces dernières semaines nous a permis de mettre au point un langage, des symboles, des signes de ralliement, comme le fameux LULZ ! (Explication de ce terme à la fin du livre.) Ainsi, les Anons peuvent-ils se reconnaître entre eux et échanger des messages codés. Une forme de relation auteur-lecteur sur fond de roman d'espionnage, en quelque sorte.

 

J'espère que les lecteurs futurs auront autant de plaisir que nous à ce jeu, et souhaiteront peut-être se joindre à nous…