Apollo 1201 Project : "Nous méritons un avenir meilleur et sans DRM"

Clément Solym - 22.01.2015

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Cory Doctorow est cet auteur canadien, écrivant de la science-fiction, qui n'a jamais mâché ses mots concernant le livre numérique et les DRM. Farouchement opposé à ce verrouillage des fichiers, il vient d'être nommé par l'Electronic Frontier Foundation pour éradiquer le verrouillage de la planète. Un boulot à temps plus que plein...

 

 

 

Un groupe constitué par l'EFF baptisé Apollo 1201 Project, s'est donné pour mission de faire disparaître les DRM. Et Doctorow sera donc le bras armé de cette croisade. En qualité de consultant spécial, il mènera le projet Apollo. Et de même que certains assuraient que jamais la mission Apollo n'arriverait sur la Lune, de même, il se trouvera de faux prophètes pour assurer que le verrou, c‘est bien.

 

Faux. « Si nous ne pouvons pas être certains que nos ordinateurs font ce que nous leur demandons, et qu'ils ne disposent pas de programmes sournois conçus pour donner les commande, à distance, à une société, alors nous ne pourrons jamais leur faire confiance », affirme Doctorow. Et citant le film 2001, Odyssée de l'espace : « C'est la différence entre “Oui, maître” et “Dave, je ne peux pas vous laisser faire ça”. »

 

 

 

Bien vu. Doctorow aura la difficile charge de convaincre les éditeurs, les producteurs, les industries culturelles, de mettre un terme à cette intrusion d'Adobe dans la vie des lecteurs – pour ne parler que du livre numérique. 

 

« Nous avons vu les abus des DRM, encore, et encore, que ce soit pour court-circuiter la concurrence dans les cartouches d'encre pour imprimantes, pour empêcher les fans de jeux vidéo de modifier leurs consoles, ou bloquer les consommateurs », renchérit Corynne McSherry, directrice en charge de la propriété intellectuelle à l'EFF. « Chaque fois que quelqu'un met un verrou sur quelque chose que vous possédez, contre votre gré, et ne vous donne pas la clef, il n'agit certainement pas dans votre intérêt. »

 

À ce titre, citons le fameux billet des éditions Walrus, prédisant la mort du livre numérique : 

Les vieux démons sont revenus à la charge : les protections que les grands pontes du livre avaient tant décriées (souvenons-nous en riant : “Le livre ne commettra pas les erreurs du disque et du cinéma”) ont refait surface et nos livres numériques se sont retrouvés bardés de DRM, ces verrous qui empêchent la copie, le partage et qui, accessoirement, empêchent ceux qui les ont achetés de les lire parfois. Insatisfaits d'une mise en page que d'aucuns estimaient pauvre, les logiciels historiques de mise en page printont intégré dans leurs mécanismes des systèmes de conversion fixes, et le fixed-layout est apparu, réinventant le PDF que l'industrie avait tant décrié quelques années plus tôt. Les formats propriétaires sont arrivés là-dessus et ont commencé à envahir le marché : lisibles uniquement sur Kindle, lisible uniquement sur iPad, lisibles uniquement debout, assis, couché… Et si ce n'était que ça. Par des politiques de prix démentielles, les ebooks ont été mis sur le marché sans grande conviction, presque avec l'envie de ne pas les vendre… et les Français sont tombés dans le panneau, en devenant l'un des pays où les habitants sont les plus réfractaires au livre numérique.

 

Il ne prédit pas autre chose que la fin du format EPUB, pourtant une solution ouverte, une approche globale qui fait l'unanimité, mais que l'ensemble des acteurs numériques s'efforce de rendre inutilisable. Cette interopérabilité est, à l'heure actuelle, un leurre, sinon un semi-mensonge. Dans un précédent article, nous nous interrogions : l'édition n'est-elle pas en train de pousser les lecteurs vers Amazon, avec un sourire de ravi de la crèche aux lèvres ? 

 

Cory trouvera de nombreux soutiens, d'esprits lucides et ouverts, mais certainement des détracteurs, et en priorité des ayants droit bornés à un constat : il faut se protéger des consommateurs voleurs. « Nous méritons tous un avenir meilleur, et sans DRM », promet-il. On n'a qu'une envie, c'est de le croire.