Apple abuse de sa position dominante et fixe les tarifs de la presse

Clément Solym - 22.11.2012

Lecture numérique - Législation - Bayard Presse - Apple - augmentation tarifaire


Quelques jours après la présentation de l'iPadMini, Apple a communiqué des résultats trimestriels, supérieurs à 8,8 milliards $ pour le 3e trimestre 2012. Dans la foulée, les éditeurs de presse découvraient, à leur grande stupeur, que le marchand avait réévalué, unilatéralement et sans aucune discussion préalable avec les éditeurs, de 15 à 20 % tous les prix de vente en Europe (à l'exception de la Grande-Bretagne).

 

 

 

 

Corinne Denis, présidente du GESTE, déplorait cette situation, qui mettait les éditeurs de presse dans « une situation impossible vis-à-vis de nos clients », en particulier en cas d'engagement de l'éditeur sur un prix public (publicité mensongère). 

 

Ainsi, le groupe Bayard dispose d'une quarantaine de références et de plusieurs applications, et réalise 2000 ventes par mois. Alain Augé, Directeur général du groupe, confirme les propos de la Présidente du GESTE « nous avons découvert, en direct, les prix de vente de nos ouvrages, proposés dans notre application J'aime Lire Store, mais également pour nos autres applications réévaluées de 10 à 20 % dans le global. »

 

Pour Alain Augé, cette décision tarifaire édictée unilatéralement par Apple, au mépris du consommateur « limite la créativité des éditeurs, rend caduque la possibilité pour nous de fixer les prix, et constitue un frein au développement du marché numérique ». Ainsi, Bayard souligne le fait que les éditeurs n'aient pas eu le choix de la tranche tarifaire dans laquelle ils ont été placés. 

 

Face à ce coup de force, le groupe n'exclut aucune réponse « y compris sur le plan juridique ».

 

Le constat est amer : en situation de dépendance économique, les éditeurs sont contraints de subir les diktats d'Apple. Selon Alain Augé, « Nous ne pouvons pas nous retirer de l'iBookstore, car il n'est pas envisageable de se séparer de cet acteur. Nous avons une moitié de notre diffusion qui se fait en direct, depuis nos abonnements, et une moitié au travers des kiosques. »

 

Pour assurer sa distribution numérique, les titres de Milan sont aujourd'hui confiés à Hachette. Un moyen de se protéger des contrats et des clauses d'exclusivité mises en place par les cybermarchands. Et d'éviter les contraintes qui y sont liées. 

 

« Ainsi, nous avons la possibilité de vendre en avant-première sur nos sites les ouvrages numériques, sans avoir à proposer simultanément la commercialisation sur les plateformes. C'est un retour vers notre culture profonde, fondée sur un lien fort avec le client final pour mieux le servir. C'est littéralement impossible aujourd'hui en cas de commercialisation via une plateforme intégrée. »  

 

La force de Bayard restera donc dans son lien avec le client. « Ces géants, qui n'existaient pas dans l'édition voilà cinq ans, seront-ils toujours là dans cinq ans, alors que les droits d'exploitations d'une oeuvre vont bien plus loin dans le temps ? » 

 

La question reste en suspens...