Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Apple et cinq éditeurs internationaux sous le coup d'une enquête anti-trust

Clément Solym - 08.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Apple - éditeurs - Tim Cook


Pimentons quelque peu le lancement du dernier iPad : Tim Cook s'avance sur scène, confiant et tout sourire, quand une escouade patibulaire de policiers américains le plaque au sol pour le placer en garde à vue. Fantasque ? Apple et cinq éditeurs sont pourtant menacés de poursuites après des soupçons d'entente sur le prix des livres numériques : ce n'est rien de moins qu'une loi fédérale antitrust qui aurait été bafouée.


Les cinq larrons qui auraient travaillés avec Apple à une hausse contrôlée des prix des ebooks sont quelques uns des plus grands éditeurs mondiaux : Simon & Schuster, Hachette Book Group, Penguin Group, MacMillan et Harper Collins sont mis en cause.

 

 

Ils sont accusés d'avoir bafoué les lois antitrust américaines, qui contrôlent la concurrence entre les sociétés, en signant avec Apple un contrat d'agence. Lequel contrat permettait aux éditeurs de fixer eux-mêmes le prix de leur livre numérique et Apple de prendre ses traditionnels 30 % de commission. L'entente visait à enrayer la baisse des prix impulsée par Amazon, qui avait fixé son tarif de vente maximal à 9,99 $, un vrai repoussoir pour de nombreux éditeurs qui jugeaient les bénéfices dérisoires.

 

Alors que Steve Jobs préparait le lancement de l'iPad, en 2010, il aurait rencontré les éditeurs pour leur proposer un deal qui arrangerait les affaires de tout le monde : « Nous allons basculer sur un modèle d'agence, qui vous permet de fixer les prix, et nous prenons nos 30 %, le consommateur paiera un peu plus, bien sûr, mais c'est ce que vous voulez de toute façon » aurait déclaré Jobs, d'après son biographe Walter Isaacson.

 

Il s'agissait alors pour Jobs de rattraper Amazon, l'acteur principal du marché, qui avait lui-même peu à peu imposé son modèle de vente, soit un prix de 9,99 $ pour les best-sellers. Pour le contrer, le PDG d'Apple choisit les concessions et accepta quelques compromis auprès des éditeurs, compromis qu'il avait à l'époque refusé aux majors musicaux. (voir notre actualitté)

 

Liés à Apple par un contrat draconien, mais solide, les éditeurs ne pouvaient céder leurs ouvrages à un prix moindre aux rivaux de l'iBooks Store : « Ils sont arrivés chez Amazon et ont dit « Vous signez un contrat d'agence ou on ne vous donne pas les livres » » a encore confié Jobs à son biographe. Le PDG de Barnes & Noble, William Lynch, a écrit dans une déposition que « l'abandon du contrat d'agence pourrait conduire à une situation de monopole, avec un revendeur unique possédant la majorité des parts de marché ». 

 

En effet, les signataires du contrat d'agence ont fait valoir devant le ministère de la Justice américain que celui-ci stimulait la compétitivité, une explication qui ne convainc guère : « La compétitivité, avec des prix en hausse ? » leur aurait répondu en substance le banc des accusateurs. De toute façon, un contrat reposant sur la notion de « nation la plus favorisée » (voir notre actualitté) biaise déjà l'exercice légitime de la concurrence.

 

Simon & Schuster, Harper Collins et Hachette sont également soupçonnés d'avoir sciemment retardé la sortie de la version numérique de leur titres, dès décembre 2009, afin de minimiser l'offre à moindre coût face à ses sorties papiers.

 

En décembre dernier, la Commission européenne a ouvert une enquête antitrust qui vise les 6 mêmes accusés, pour les mêmes motifs. (voir notre actualitté) Les éditeurs n'ont pour l'instant fait part d'aucun commentaire, et Apple s'est contenté de nier toute entente avec eux, soulignant que « L'entrée d'Apple a créé une concurrence nouvelle dans la distribution des livres numériques, tout en les rendant accessibles à plus de consommateurs. »