Apple et les éditeurs condamnés... Barnes & Noble future victime

Clément Solym - 12.03.2012

Lecture numérique - Législation - Apple - Amazon - éditeurs


Dans cette affaire d'entente entre éditeurs étasuniens et Apple, la décision du Ministère de la Justice - porter plainte pour pratique anticoncurrentielle - pourrait impacter un acteur qui n'avait pour l'heure absolument rien demandé : Barnes & Noble. Petit récapitulatif...

 

En effet, les cinq grands groupes d'édition et la firme Apple sont surveillés de près par le DoJ, pour s'être, peut-être, entendus et avoir favorisé l'augmentation du prix de vente des livres numériques. Ce qui a eu pour conséquence que les consommateurs, habitués aux tarifs Amazon, se sont retrouvés à payer un peu plus cher leurs ebooks. Et que, comme le contrat de mandat régnait en maître, permettant aux éditeurs de fixer un prix de vente unique, sans possibilité de remises, tout le monde vendait au même tarif, et... Amazon perdait alors des parts de marché.

 

Tout remonte, faut-il le souligner, à l'apparition de l'iPad : dès l'entrée de cet acteur sur le marché du livre numérique, on a pu observer la mise en place du contrat d'agence, et la hausse consécutive du prix de vente des ebooks. Et selon la décision et les conclusions que prendra le Ministère de la Justice, il en ressortira probablement que le modèle du contrat d'agence sera banni.

 

 

 

Le DoJ aura alors le pouvoir d'imposer des prix de vente différents, selon les revendeurs, comme c'est le cas pour les livres papier, et rendre alors la liberté de concurrencer ses opposants avec des tarifs super attractifs, voire déloyaux, s'ils impliquent une vente à perte. Ce sera alors un tout autre combat à mener. 

 

Enfin, presque : si les revendeurs, comme pour le livre papier, se retrouvent à pouvoir fixer eux-mêmes leurs tarifs, c'est une autre guerre des prix qui s'imposera, comme pour le livre papier. Et en résultera que la position auparavant dominante d'Amazon, aujourd'hui ramenée à quelques 60 % de Parts de Marché, pourrait retrouver son positionnement originel. 

 

C'est en ce sens que la Guilde des Auteurs, outre-Atlantique, avait pris position farouchement en faveur des éditeurs et d'Apple, soulignant combien Amazon avait fait tout ce qui était en son pouvoir, pour déstabiliser les librairies physiques, voire les faire disparaître. « Amazon s'est servi du livre numérique à prix discount pour détruire la librairie, faisant en sorte que, pour les librairies de brique et de mortier, il soit impossible de rentabiliser l'ouverture de leurs portes », clamait en effet Scott Turrow, président de l'AG.

 

Donc, guerre des prix, sur les livres eux-mêmes, doublée d'une guerre sur les appareils de lecture... bref, ça va virer aux tranchées et aux bombardements massifs. Et de ce côté, l'arsenal d'Amazon est peaufiné, bichonné et on n'attend plus que d'appuyer sur le bouton. (voir Wall Street Journal)

 

Et dans l'optique d'un retour à une fixation des prix par les revendeurs, alors Amazon ferait mal, très mal, à la chaîne concurrente, après avoir mis à genoux - ou du moins, avoir pris part à cette décomposition des librairies indépendantes. Or, B&N avait déjà envisagé de se séparer ou de revendre ses activités numériques, courant janvier, histoire d'apporter quelques millions de dollars d'investisseurs dans l'économie du Nook, et trouver un partenaire stratégique fiable pour poursuivre le combat. 

 

Parce que financièrement, il n'est pas vraiment assuré que B&N puisse jouer la course contre la montre avec Amazon pour adversaire. En somme, personne ne sortirait indemne de cette histoire de plainte pour entente, sauf une compagnie qui s'assure déjà une place au soleil...