Apple introduit Quick Reads, des ebooks brefs et pas chers

Clément Solym - 11.09.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - quick - reads - apple


Voilà de quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui soutiennent la librairie indépendante, contre les géants du web. Avançant que ces derniers ne réalisent aucun effort de mise en avant de titres autres que des blockbusters, ils ont semble-t-il une raison de plus de se méfier de la firme de Cupertino. Sic !

Doit-on redouter une précarisation littéraire ? Pire : une « dépression culturelle » de la littérature ? Depuis qu’Apple a introduit dans son iBookstore, cette semaine, des formats d’ebooks baptisés Quick Reads (des packs de récits courts ou d’articles de presse longs), pour un tarif dérisoire, les observateurs s’interrogent. Amazon avait dajà amorcé cette pompe, avec Kindle Singles, de courts textes, vendus pour moins de 3 $... (voir notre actualitté

Une autre forme de littérature, certes, mais surtout, une forme de consommable immédiat, qui compte, chez Amazon, 95 ouvrages au catalogue. Pas un engouement dément chez les créateurs, mais probablement des résultats de vente assez appréciables pour le marchand. Alors, avec Quick reads, Apple suit-il la même pente ?


Si la concision n’empiète pas nécessairement sur la qualité des textes, on se rend bien compte que ce type d’oeuvres se destine à du lectorat pressé, qui ne recherche pas la complexité narrative - une forme de zapping possible entre les textes, d’un coup de doigt assuré. Or, la question reste majeure : les ventes de ces titres-là vont-ils cannibaliser les autres, et les récits plus longs, nécessitant un peu d’implication, de se retrouver alors reléguer en division d’honneur de fond de catalogue ?

Mieux : dans le cas de la société Cookstr, qui propose à des éditeurs de réaliser des livres numériques de recettes de cuisine, vendus peu cher, et ne contenant que quelques recettes, le principe de consommation fulgurante est plus clair encore.

Alors, docteur, c'est grave ?

Une perspective qui ne fait pas sens dans le cas de livres de fiction ou de non-fiction, impossibles à commercialiser sous la forme d’extraits. Pourtant, les textes brefs - ou la vente d’extraits, par exemple, dans le cas des manuels scolaires - ne fragilisent-ils pas l’univers de la lecture tel que nous le connaissons ? Et corollaire : faut-il redouter que les livres plus denses et plus longs n’aient plus leur place sur la page d’accueil, et tombent aux oubliettes des catalogues ogresques des ebookstores ?

La lecture numérique pose nécessairement de nouveaux cadres dans la manière dont nous appréhenderons les textes - et celle dont les auteurs vont se mettre à écrire. Inutile, pour l’heure, de crier au loup. Il faut s’asseoir, observer et anticiper. Pas se ronger les sangs...

Chez Apple, Quick Reads propose des textes entre 99 cents et 4,99 $. On y retrouve indifféremment des oeuvres de fiction et de non-fiction. Sachant qu’en juin dernier, l’iBookstore avait dépassé les 5 millions de téléchargements - attention, pas d’achats - la popularité d’un tel format pour les appareils iOS, en réponse à l’offre d’Amazon, invite tout de même à surveiller la suite...