Apple pousse Izneo à censurer 40 % des BD numériques sur iPad

Julien Helmlinger - 04.04.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Apple - Izneo - Censure


Coup dur pour la plate-forme française de lecture de bande dessinée numérique Izneo. La société s'est vue contrainte par Apple de retirer une part importante de son catalogue de BD numériques commercialisées via son application iPad. Et ce sous peine de ne plus avoir accès au canal commercial pourtant incontournable que constitue l'App Store pour son partenaire. Le motif invoqué par le géant américain pour justifier sa censure, concerne une offre de contenus jugés trop « pornographique » pour le public des Etats-Unis.

 

 

Un peu plus de vent dans le scénario et c'était compromis pour l'iPad

 

 

La marque à la pomme, jusqu'au trognon

 

La multinationale Apple, qui s'est pourtant construite en mettant en avant une image d'entreprise hippie, vieillit désormais en donnant celle d'une firme portant régulièrement atteinte à  la liberté d'expression. Les censures se succèdent, et la manière de procéder ne sont pas exemptes de critiques.

 

Ainsi l'application Comic Reader s'était vu signaler que certains de ses titres étaient jugés trop violents outre-Atlantique, et même le caricaturiste américain Mark Fiore, bien que lauréat d'un Pulitzer, a été néanmoins banni temporairement de l'App Store.

 

Au tour désormais de la plate-forme française de faire les frais de cette politique puritaine. Comme le relate Nicolas Lebedel, directeur commercial d'Izneo pour ActuaLitté : « Nous avons reçu un coup de fil de Californie juste avant Pâques, nous demandant de retirer toute BD qui pouvait être jugée à caractère pornographique. Et ce tout en restant vague dans la demande, sans exemple ni-même de définition des titres à retirer. »

 

Faire le tri, mais sans critères définis par le commanditaire

 

Izneo dispose d'un catalogue d'environ 3700 bandes dessinée, lesquelles sont classées en trois catégories de lecteurs, et ce en fonction de leurs âges. Ainsi sont proposés aux clients des titres pour la jeunesse, d'autres destinés aux plus de 12 ans, et enfin la catégorie-cible des plus de 16 ans. Une cible plus intéressée par des séries comme Blake et Mortimer que par les aventures de Mickey.

 

Suite au coup de fil américain, la société française a donc monté en interne sa cellule de crise et proposé à la multinationale de caler son offre sur celle de l'App Store d'Apple. Logique à priori, mais la firme de Cupertino a refusé en arguant que la boutique citée et l'iBookstore étaient deux choses différentes.

 

La société française sous la menace d'un ultimatum a en conséquence, dans un premier temps, retiré de son offre toutes les BD qui ne rentraient pas dans la catégorie « famille », accessible aux lectorats confondus. Et si non-seulement ce tri excluait du catalogue une bonne part des ouvrages qui intéressent réellement la cible commerciale d'Izneo, ne restaient accessibles plus que 1200 titres. Le chiffre d'affaires s'en serait immédiatement ressenti.

 

Finalement, ce lundi, Izneo a fait partiellement marche arrière en réintégrant à son offre les bandes dessinées destinées à un public de 12 ans et plus, révisant le bilan à la hausse de près de 1500 titres, sans toutefois remettre la catégorie adultes à son catalogue iPad. Il leur reste à trouver comment réintégrer un maximum d'ouvrages sans froisser la sensibilité de la société américaine.

 

Pour Nicolas Lebedel, l'incompréhension est surtout due au fait que des titres pourtant commercialisés par Apple puissent exclure l'application Izneo de l'App Store. Si charité bien ordonnée commence par soi-même, le puritanisme suit une autre logique. Car le géant américain ne se refuse pas le commerce de romance, parfois explicite, comme semble en attester l'app estampillée Harlequin sur la boutique d'Apple...