Après les fourches caudines, la KommuniKation ReLIRE

Nicolas Gary - 20.04.2013

Lecture numérique - Usages - registre ReLIRE - communication - bannières publicitaires


La bataille des Fourches Caudines (Furculae Caudinae en latin) est une bataille qui opposa en 321 av. J.-C. les Romains aux Samnites au cours de la Deuxième Guerre samnite. Les Samnites de Caius Pontius, par leurs positions stratégiques, encerclèrent et capturèrent une armée romaine entière de 40 000 hommes dirigée par leurs deux consuls.

 

 

 

 

Cette bataille des Fourches Caudines et surtout la défaite romaine qui s'ensuivit est à l'origine de l'expression « passer sous les Fourches caudines », employée dans la langue française, qui signifie, par extension, que l'on doit subir une épreuve difficile et humiliante. (source Wikipedia

 

Kulture et KommuniKation

 

Voilà pour le contexte historique et linguistique. Mais venons-en au fait : depuis quelques jours - deux semaines tout au plus - certains internautes, y compris des journalistes, nous ont signalé la présence sur des sites d'étranges bannières publicitaires. Attendu que nous ne sommes pas parvenus à entrer en contact avec les régies desdits sites, nous avons pris le parti de ne pas les citer. Cependant, les faits sont bien là : des megabannières ou des pavés, s'affichent ici ou là, pour assurer la promotion de... la base du registre ReLIRE. Une campagne de communication vide de sens, coquille plus que creuse, mais assez coûteuse.

 

En effet, ActuaLitté avait pointé, en mars dernier, lors de la publication du décret d'application sur la numérisation, l'existence d'un appel d'offres lancé par le ministère de la Culture, dont l'objet du marché concernait la loi du 1er mars 2012. 

 

la présente consultation a pour objet l'élaboration d'une stratégie, la conception et la réalisation d'une campagne d'information portant sur l'exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle en application de la loi du 1er mars 2012.

 

Si le montant du marché ne devait pas excéder 125.000 € (HT), il se déclinait sur douze mois, avec les objectifs suivants : 

  • l'élaboration d'une stratégie pour assurer l'information des titulaires de droits (auteur, éditeur ou ayant droit) dont les livres sont susceptibles d'entrer dans le dispositif ; 
  • la création d'un logotype et d'une charte graphique ; des propositions de dénomination pour le dispositif ; 
  • la création et la production des différents supports en accord avec la stratégie proposée, déclinable pour le réseau : un kit de communication incluant notamment des éléments susceptibles d'être mis à disposition des partenaires du projet tels que des bannières internet, des dépliants ou tout autre outil de communication ; 
  • la déclinaison de la charte graphique pour l'habillage du site internet accueillant la base de registre des livres indisponibles ; 
  • la création (conception, développement, habillage et intégration) de pages internet ayant pour objet de présenter le dispositif, éventuellement sous forme d'un module pédagogique ou d'un jeu de questions-réponses ; 
  • les relations presse et la gestion de communauté en ligne du 1er mars au 15 mai 2013, si cela est pertinent au regard de la stratégie. Le cas échéant, le titulaire remettra au terme de cette période un bilan détaillé des actions engagées et des résultats obtenus

 

Pour ce qui est des relations avec la presse, on attend toujours de savoir vers qui se tourner, tant le ministère de la Culture reste muet - de ce silence qui fit prendre conscience au Docteur Frankenstein, qu'il avait donné la vie à un monstre, peut-être ? En tout cas, pour ce qui est du kit de communication, il est à l'oeuvre, au travers de ces bannières. D'autant que c'est ledit ministère de la Culture et de la Communication qui est à l'origine de cet appel. 

 

 

 

 

En outre, les relations avec la presse « si cela est pertinent au regard de la stratégie », ont manifestement été écartées d'un revers de manche. La seule communication à laquelle on ait pu assister fut celle qui se déroula au Salon du livre de Paris : difficile d'y voir là un intermédiaire avec la presse. Surtout que cet élément ne devait intervenir qu'entre le « 1er mars et le 15 mai 2013 », soit vingt jours avant la mise en ligne du site.

 

C'est aussi dans ce cadre d'appel d'offres que le site a été réalisé, et l'on a rapidement pu découvrir, une fois mis en ligne, qu'il contenait une faille de sécurité béante. Nul n'est à l'abri de ces mésaventures, donc don't feed the troll. Ou alors juste un peu...

 

Notons que le « module pédagogique » ou le « jeu de questions réponses », n'ont pas encore fleuri sur la toile. 

 

Ce qui est plus gênant, c'est de se rendre compte que la campagne de communication, par le biais de bannière renvoyant simplement à la page d'accueil de ReLIRE, n'a débuté que très récemment, et pas du tout en amont, pour expliquer les enjeux. Et surtout, elle ne semble s'afficher que sur une seule plateforme journalistique web - laissant de côté complètement le magazine de la profession, Livres Hebdo, ou d'autres publications comme Lire, Le Magazine littéraire. Et d'autres sites encore.

 

En réalité, on se demande bien comment a été choisi le support de communication et surtout, vers quel public il tourne son message. Sans même se demander quelles sont les réelles informations apportées sur le site lui-même. Mais cela, une fois de plus, restera du domaine du flou artistique le plus complet. Pour un montant qui n'a pas pu « excéder 125.000 € ». Soulagement.