Serial Box : des séries à découvrir, comme à la télé

Clément Solym - 22.09.2015

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Une start-up s’éveille, une autre s’éteint : ainsi Oyster, le Netflix du livre numérique, annonçait la fermeture de son service au cours des prochains mois. Et dans le même temps, Serial Box fait son grand démarrage, avec la volonté d’être le HBO pour les lecteurs. Autrement dit, se compare à la chaîne de télévision payante (propriété de Time Warner) qui diffuse notamment Game of Thrones, Girls ou Ballers... En avant.

 

 

 

Serial Box, le nom ferait presque sourire : cela ressemblerait plus à une caverne contenant des mots de passe craqués, pour des logiciels ou des jeux vidéo. L’entreprise n’a rien à faire avec ce genre de choses. Elle propose au contraire des fictions aux lecteurs, sur le modèle de séries télévisées – et si l’on remonte un peu le temps, proche de ce que Balzac pouvait publier dans la presse.

 

Ebook et audiobook sont proposés aux lecteurs, avec un rythme de parution hebdomadaire. Or, le lien se fait moins avec la presse d’antan qu’avec la télévision contemporaine. En effet, une équipe de rédacteurs, presque des scénaristes, travaille pour produire chaque série, tout au long de sa saison. Depuis le 16 septembre, et ses premiers pas avec un cercle restreint de lecteurs, c’est un thriller paranormal qui est proposé, Bookburners. En octobre, une romance de cape et d’épée en 13 épisodes sera produite. Et ainsi de suite.

 

Orienter le lecteur vers un monde connu

 

Derrière ce projet se cachent Molly Barton, ancien directeur du numérique chez Penguin Random House, parti en 2014. L’idée de livres originaux, et d’une saga qui se poursuit est dans l’air du temps. Tout en répondant à des attentes de lecteurs pressés.

 

Son associé, un avocat, a approfondi le projet en prenant en compte ses propres habitudes de lecteur : jamais le temps pour un roman. Alors pas de romans. La télévision et les comics s’y substituent, plus rapides à consommer. Serial Box pouvait donc voir le jour, et axer sa communication sur le HBO du livre – référence directe au service télévisuel, de consommation par zapping, mais également de foisonnement. Et, ne nous voilons pas la face : de grande qualité de réalisation également.

 

Tout le contenu est rédigé, de manière originale, par l’équipe en piste, sous la forme d’épisode, et pas dans le fractionnement d’un roman.

 

La bande-annonce de Bookburners

 

 

Économiquement, le modèle n’est pas celui de l’abonnement illimité, mais croise la vente à l’unité et la souscription. Ainsi, un épisode en audio ou ebook sera proposé à 1,99 $, mais si le lecteur achète l’ensemble de la série, l’épisode lui coûtera alors 1,59 $. Depuis le site ou l’application, on peut d’ailleurs gratuitement découvrir les premiers éléments de l’intrigue. Pour les deux versions, il faudra débourser 2,99 $. 

 

Prendre la télévision à son propre jeu

 

L’expérience semble intéressante, sans la dimension de chronolecture qui encadre le temps passé à lire, en ne proposant que des œuvres lisibles en une période prédéterminée. D’ailleurs, nombre d’auteurs indépendants n’ont pas attendu que l’on invente la roue sous cette forme : on peut aisément songer à Hugh Howey, qui est devenu le spécialiste du texte en série, et pour qui la sérialisation n’a plus de secrets. 

 

Chaque épisode offre cependant une quarantaine de minutes de temps de lecture, avec le suivi que l’on attend de la part d’un pareil projet. 

 

Depuis le 16 septembre, la société est ouverte aux inscriptions. S’il faut un peu d’anglais pour profiter des textes, il faudra aussi patienter chaque mercredi pour découvrir la nouvelle histoire. « Maintenant qu’internet rend la publication et la distribution de contenu original plus facile et accessible que jamais [...] on assiste à la montée des fanfictions et des récits d’amateurs », précisent les fondateurs. Et pour eux, cette tendance est également celle qui accompagne le besoin de textes avec un suivi, une trame qui lie les éléments, et des épisodes, les uns avec les autres.

 

Certes, nous sommes loin du modèle de sérialisation tel qu’il se pratiquait dans l’époque victorienne et s’est poursuivi par la suite. Mais pour reprendre du terrain sur les séries télévisées, il faut aller chercher le client sur un terrain qu’il connaît déjà. En lui proposant d’autres œuvres à découvrir...