Autour d'un manifeste, une communauté d'auteures, pour les gouverner tous

Nicolas Gary - 17.08.2016

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Depuis quelques mois, un mouvement s’est structuré sur Twitter, fédérant – ou s’ouvrant du moins, aux auteures. #women_writers n’incarne pas le hashtag le plus sexy des réseaux, mais exprime clairement son projet : offrir de compter parmi les membres d’une communauté. Et cette dernière a de multiples services à apporter...

 

 

 

Que ce soit pour trouver de nouveaux livres à lire, disposer de lecteurs pour éprouver ses textes et ses œuvres en cours d’écriture, ou encore partager les moments de peines et de joie de l’écriture, la Communauté est là. « Les femmes ont particulièrement besoin de ce genre de réseau en raison de la polarisation du monde de l’édition et du marketing du livre », explique ce qui a servi de manifeste fédérateur. 

 

Bien entendu, passer par Twitter est un outil simple : la causerie n’est pas très développée, en 140 caractères, mais les conseils s’y prodiguent facilement, sous la forme d’aphorismes qui claquent. Et voici comment s’organise ce qui est probablement une première dans l’univers des réseaux. 

 

Des rendez-vous ont déjà été fixés, depuis le 29 juin, date de la première séance de débats autour des auteures favorites, toujours avec le hashtag. Puis, en juillet, et en août — le 24, toutes les places ne sont pas prises... — qui s’intéressera au marketing, justement. 

 

Difficile d’évaluer le nombre de personnes qui suit réellement les échanges, mais assurément, le projet répond à un fort besoin. Dernièrement, une enquête australienne indiquait que les auteures locales écrivent deux fois plus que les hommes, mais voient leurs livres deux fois moins chroniqués.

 

Créer un espace de partage avant tout

 

Sans même crier à la misogynie, le besoin de reconnaissance est identique, pour les écrivain.e.s, et cette absence provoque de véritables malaises. 

 

#Women_writers s’est ainsi doté d’un manifeste, pour établir une série de revendications cruciales sur son fonctionnement et renforcer la communauté de femmes auteures ainsi créées. Évidemment, on rejette assez fortement le modèle traditionnel, et le manifeste lance un authentique appel aux armes adressé à chacune. Il déplore que femmes et hommes aient à adopter un comportement masculinisé dans le monde de l’édition, où sévit un machisme certain.

 

À relire : Quest-ce qu'un.e auteur.e ?

 

 

Comme les attitudes insultantes se poursuivent et que les exemples de phallocratie ne se comptent plus, Laurie Garrisson, à l’origine de ce mouvement, souhaite faire table rase. Et de citer cet exemple de femme qui avait recueilli des réponses plus favorables à son manuscrit, quand elle le présenta avec un pseudonyme masculin.

 

« Le travail de George est “intelligent”, “bien construit”, “excitant”. Personne ne lui fait remarquer que ses phrases sont “lyriques”, que ses personnages sont “fougueux”. Quelques personnes lui ont envoyé de longues et généreuses critiques, qui m’ont rendu à la fois reconnaissante et mal à l’aise de ma malhonnêteté », indiquait l’écrivaine Catherine Nichols, en recevant les commentaires sur son livre.

 


La grande différence entre #women_writers et d’autres tentatives qui se sont frottées à la toile est qu’aucun prérequis n’est exigé : il s’agit d’écrire, avant toute chose, et de souhaiter partager ses expériences. Par exemple, le hashtag #Readwomen emporté par Joanna Walsh, exige que les auteures aient déjà publié un ouvrage. Mais dans les circonstances actuelles, si parvenir à être éditée et publiée relève de la gageure, #women_writers semble être une solution bien plus prometteuse.

 

via Guardian