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Avec Hadopi, les Français consomment sur des sites légaux

Clément Solym - 27.03.2012

Lecture numérique - Législation - Hadopi - livre numérique - piratage


Un net recul du téléchargement illégal en France, changement des usages, des offres culturelles en ligne plus qualitatives et quantitatives, etc. Hadopi, après dix-sept mois d'activité vient de publier un bilan montrant toute l'efficacité de la procédure depuis l'envoi du 1er email de la réponse graduée. 

 

Alors donc, à quelques encablures du 1er tour de l'élection présidentielle, Hadopi brosse un portrait brillant de son action. Ainsi, entre octobre 2010 et décembre 2011 la Haute Autorité aurait toutes les raisons de se féliciter. 

  • 95% des personnes ayant reçu une première recommandation ne se voient pas reprocher de nouveau comportement de consommation illicite sur les réseaux pair-à-pair. 
  • 92% des personnes ayant reçu une deuxième recommandation sont dans la même situation (pas de nouveau comportement illicite constaté dans les délais prévus par la Loi). 
  • 98% des personnes ayant reçu une troisième recommandation sont dans la même situation.

 

Une réussite qu'il faudrait donc mettre en relation avec les échanges que l'Hadopi peut entretenir avec les internautes avertis. Et surtout, une fréquentation des sites de P2P qui serait en baisse. Tous les curseurs sont à la baisse, que l'on sollicite Nielsen ou Mediamétrie, pour ce qui est de l'audience des sites, et il en va de même pour la mise à disposition illicite des oeuvres. 

 

 

 

Mais le volet pédagogique n'est pas oublié : un sondé sur trois estime qu'Hadopi l'incite à « à consommer plus régulièrement des œuvres culturelles sur des sites respectueux du droit d'auteur » et en parallèle, « 71 %  des utilisateurs de peer-to-peer déclarent qu'ils arrêteraient de télécharger des contenus illicites s'ils recevaient une recommandation de l'Hadopi ». 

 

Amalgame facile oblige, l'étude se porte également sur le déploiement de l'offre commerciale (autrement et plus hypocritement appelée offre légale), l'Hadopi considérant que « les plateformes d'offres légales arrivent à maturité ». Ce qui est sidérant, c'est de découvrir qu'il aura fallu tout ce temps, et plus encore, pour que la maturité arrive - et donc qu'elle n'est pas encore atteinte. Mais surtout, en regard de ce que l'on peut trouver en matière d'offre illégale, payante ou gratuite, on ne peut que déplorer les retards encore immenses à combler pour parvenir à des solutions efficaces. 

 

Autre motif de réjouissance, pour Hadopi, le label PUR, dont les plateformes labelisées ont connu une hausse de trafic de 20 %. Le livre numérique représente d'ailleurs 6 % du camembert des secteurs culturels représentés - alors que le logiciel n'en compte que 4 %, contre 60 % pour la musique, qui accapare toute l'attention. En effet, on doit noter la présence des acteurs AveComics, iKiosque et Numilog dans les acteurs estampillés PUR pour le livre numérique. 

 

Une double assurance pour le groupe Hachette Livre, qui a racheté la plateforme de vente Numilog, puisque ce dernier sollicite en parallèle les services de la firme Attributor, chargé de tracer la présence de fichiers illégalement sur le net, et d'en demander le retrait. Une double sécurité, alors que le Syndicat national de l'édition (SNE) n'a toujours pas décidé de recourir à Hadopi pour sécuriser le domaine du livre numérique.

 

Du côté des Labs Hadopi, on remarquera que le livre numérique compte parmi les sujets les plus débattus - 27 % contre 23 % pour la photographie.

 

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À l'occasion d'un conclave, Patrick Zelnik, coauteur avec Jacques Toubon et Guilaume Cerruti, d'un rapport sur l'économie numérique était revenu sur l'évolution d'Hadopi. 

« Nous avons réfléchi au financement de la création, et comment encourager la présence d'une offre légale sur internet. Je ne crois pas qu'Hadopi soit une loi liberticide. Elle a été originellement conçue pour limiter la piraterie sur Internet. » Quant à sa mise en application, c'est une autre paire de manches. Son coût et son efficacité sont contestés par les socialistes, souligne-t-il, précisant qu'il ne peut pas prendre position, manquant de données chiffrées pour ce faire. « Mais Hadopi n'est pas une solution. Je crois que ce n'est qu'un médicament. »

 

Rappelons également qu'Hadopi est au coeur des discussions pour le prochain quinquennet, divisant les candidats à la présidentielle. Les bases de ce projet de loi avaient été lancées par Denis Olivennes, à la tête d'une mission fin 2007 qui allait amorcer la première loi Hadopi. Ce dernier était à l'époque PDG de Fnac. 

 

Jacques Toubon avait dernièrement déploré que les débats autour de ce point soient si manichéens. « Tout est ramené à 'suis-je pour ou contre l'Hadopi', débat technique et juridique, et tout le monde a la même position : face à 10 millions d'internautes et 100.000 artistes, quand il s'agit d'élection, on choisit les internautes », expliquait l'ancien ministre de la Culture. Selon lui, c'est la culture qui était oubliée dans ces discussions, et qu'elle « devrait être un enjeu majeur de la campagne »,