Avec Winnie l'Ourson, Steve Jobs voulait démontrer les atouts d'iBooks

Nicolas Gary - 18.06.2013

Lecture numérique - Applications - iBooks - Steve Jobs - application


Eddy Cue, le vice-président senior logiciel d'Apple l'avait déjà expliqué : Steve Jobs n'était pas particulièrement chaud à l'idée de s'engager dans le livre numérique et d'ouvrir une librairie en ligne. « Steve n'a jamais perçu le Mac ni l'iPhone comme des dispositifs de lecture idéaux. Dans le cas du téléphone, l'écran est plus petit, et pour les Mac, vous auriez eu le clavier, et l'appareil n'aurait pas donné l'impression d'un livre. »

 

 

 

 

Avec l'apparition de l'iPad, la donne changeait, bien qu'Eddy Cue ait encore dû travailler pour convaincre Jobs de se lancer. Le potentiel de la tablette était évident, et il aurait été malheureux de rater le coche. « Donc, je suis allé voir Steve, et je lui expliqué pourquoi je pensais que ce serait un excellent appareil pour les ebooks... et après quelques discussions, il est revenu et m'a dit : ‘Tu sais, je pense que tu as raison. Je pense que c'est très bien.' Et voilà qu'il a commencé à apporter des idées personnelles sur ce qu'il voulait faire avec et comment ce serait encore mieux de disposer d'une application de lecture et de vente. » (voir notre actualitté)

 

Or, une fois décidé, Jobs s'est ultra investi dans le projet. Et comme à son habitude, Steve a tout orchestré, millimétré, tant dans la création de l'application que dans la mise en scène où fut présenté l'iPad, le 28 janvier 2010. Nous avons évoqué ce matin l'implication dans l'application, mais revenons un instant sur le lancement même de l'iPad. Au cours de la Keynote, Jobs avait décidé qu'en guise de démonstration, il achèterait le livre biographique de Teddy Kennedy, True Compass. 

 

« Cela signifiait beaucoup pour lui. Steve a grandi dans les années 60, à l'époque de John et de Robert Kennedy. Il a suivi la carrière d'Edward », souligne Cue. 

 

 

 

 

Mais c'est avant tout avec Winnie l'Ourson qu'il voulait faire sensation. Le livre numérique, en couleur, et interactif, allait être proposé directement dans l'application pour les clients. Ce n'est pas simplement parce que Jobs avait une affection particulière pour ce livre, et le monde de Winnie l'ourson, qu'il souhaitait proposer cette offre. Selon Cue, le livre numérique était le meilleur outil pour dévoiler les capacités de l'application de lecture iBooks. « Il y a une couleur magnifique pour les dessins, que l'on n'avait jamais vue dans un livre numérique. »

 

 

La biographie de Robert Kennedy, 

un livre numérique interactif de Winnie l'Ourson

Steve Jobs avait tout soigneusement orchestré 

 

 

Selon Cue, le livre n'est d'ailleurs pas étranger au succès de l'iPad. Et à ce titre, alors que la semaine passée, une conférence Apple présentait le nouveau système d'exploitation iOS7, on attend de savoir quelles seront les évolutions d'iBooks. Surtout que l'application sera intégrée dans le prochain Mac OS, Mavericks. Cue rappelait d'ailleurs que dans son implication, Jobs, s'il n'avait pas lui-même proposé le nom iBooks pour l'application, avait tenu tout particulièrement à ce que l'on puisse tourner des pages, avec ce système d'arrondi skeuomorphique. 

 

L'application avait déjà été mise en cause durant le procès. « Le gouvernement a dit que l'iBookstore était ‘un échec' et porté l'accusation sur le fait que ‘les prix pratiqués par Apple étaient injustes pour le consommateur', et que la firme ‘avait moins vendu de livres numériques du fait de ses prix élevés'. » Affirmantion que Keith Moerer, responsable de l'application conteste : les ventes d'ebooks ont augmenté de 100 % durant l'année 2012, et comptaient plus de 100 millions de clients. 

 

L'accusation a rétorqué que « lorsque vous baissez les prix, vous vendez plus de livres ». Moerer a reconnu que c'était bien le cas, mais parfois, seulement. « Apple a oublié de se concentrer sur les clients, voilà pourquoi l'iBookstore est un échec », ajoute le procureur. Sourire de Moerer : « Ce n'est pas vrai. »

 

Or, depuis l'année passée, l'iBookstore et les titres qui y sont proposés ne sont plus soumis à la clause de Nation la Plus Favorisée. Et pourtant, Apple disposerait de 20 % de parts de marché sur le secteur du livre numérique, sur l'année 2012. Ce qui implique que la firme serait beaucoup plus importante dans le secteur que le DoJ ne l'avait envisagé. Entre 2011 et 2012, Apple avait d'ailleurs ajouté l'éditeur Random House à son portefeuille de fournisseurs. 

 

Reste que cette séquence émotion, pour poignante qu'elle fut, n'apportait rien directement au procès. En revanche, elle a particulièrement servi la cause des avocats d'Apple. En présentant l'investissement de Jobs, c'est un appel au pathos assez clair : comment le DoJ pourrait avoir à coeur de salir la mémoire d'un homme qui s'est tant impliqué, et pourquoi chercher à démolir cette oeuvre, si importante à ses yeux. 

 

Pas très subtil, certes, mais très habile de la part des avocats, en tirant sur la corde sensible du jury...