Banni de la librairie Kindle pour avoir refusé l'étiquette érotique

Julien Helmlinger - 25.03.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - Roman Payne - Amazon - Censure


L'e-commerce, et son côté poitrinaire. Apple ne serait pas la seule librairie en ligne à faire trop de zèle en matière de censure, étouffant des oeuvres qui oseraient dévoiler un bout de sein en couverture. L'écrivain Roman Payne et sa maison Aesthete Press viennent d'en faire les frais, sur la plateforme Kindle Library, de laquelle a été banni l'ouvrage The Wanderess sous le prétexte qu'il s'agirait d'un titre érotique. Si la critique littéraire s'accorderait sur le fait que le contenu n'a rien de cette catégorie, en revanche, la représentation de statue de nu et le refus de l'auteur de se voir étiqueté « Erotica », auront suffit à condamner la publication.

 

 

 

 

Les géants du commerce en ligne deviennent par la force des choses de puissants décideurs en matière de littérature. Pour Roman Payne, qui partage son ressentiment via un communiqué de presse, Amazon semblerait « à présent avoir également adopté la position de Ministère de la Culture ainsi que le rôle de juge de moralité publique… mais cette “usine à gaz” a-t-elle légitimité quand il s'agit de rendre la justice dans les domaines de l'Art et de la Culture ? »

 

L'auteur de fiction littéraire, résidant en France, s'offusque que sa maison d'édition Aesthete Press et lui, ont étés « examinés, jugés puis finalement condamnés au cours des derniers jours, par ailleurs sans pouvoir se défendre ». La couverture de son livre, qui met en scène deux reproductions de sculptures, identiques, d'une femme nue, pas plus osée qu'une publicité comme on en voit affichées quotidiennement sur les mobiliers urbains, aura été jugée inappropriée.

 

Pour ce visuel, le personnel de la librairie Kindle d'Amazon souhaitait classer d'office son livre tout entier dans la catégorie Erotica. L'ouvrage n'a pas immédiatement été retiré, la firme le laissant disponible dans la librairie Kindle avec un avertissement quant à son contenu réserve aux adultes. Mais désormais, parce que son auteur a refusé cette catégorisation, l'édition Kindle du roman n'est plus du tout en vente sur Amazon.

 

Étiquette et répercussions commerciales

 

Roman Payne explique son refus de se voir lister sous la bannière qu'on a tenté de lui imposer : « Je n'ai absolument rien contre le genre érotique, seulement, ma création n'en fait pas partie. Je suis un auteur de fiction littéraire, purement et simplement. » Ce à quoi le géant américain lui aura rétorqué que « l'image de couverture de votre livre renferme un contenu adulte, et en conséquence n'adhère pas à notre politique générale de recherche de produit », lui signifiant en outre que s'il ne pouvait accepter cette catégorie “Erotica”, ils se verront forcés de retirer son titre de la librairie Kindle d'Amazon.

 

Comme l'aurait en outre souligné l'auteur d'origine américaine, déjà résigné, avant que la censure de son cinquième roman ne soit effective : « Mon éditeur et moi-même avions déjà été refusés à de multiples occasions (et j'en ai des preuves écrites), d'être assurés de la promotion de mon roman par des agences publicitaires au motif que ces dernières ‘ne pratiquent pas la promotion d'œuvres érotiques'. Ces occasions manquées m'ont coûté cher»

 

Or le romancier fondait de grands espoirs pour The Wanderess qu'il considère comme « son premier grand chef-d'œuvre ». Une œuvre littéraire et poétique relatant l'histoire d'amour de « deux âmes perdues » qui vagabondent à travers l'Europe à la recherche entre autres d'une « mystérieuse fortune », ainsi que les choses qu'ils ont perdu dans ce monde. De plus, son illustration de couverture ne dévoile aucune nudité agressive, les fesses sont camouflées et un bras dissimule en partie les seins.

 

« La décision d'Amazon, non seulement m'a surprise, mais m'a complètement sidéré ! J'ai toujours crédité l'Amérique d'une approche progressiste, comme la France, où je vis. En France, la nudité est montrée au quotidien, des seins dévoilés, des fesses sont affichées dans les vitrines des pharmacies et des parfumeries. Et ce sont des images bien réelles ! Non des “représentations” de la nudité comme la sculpture. Oui, j'étais, et je suis mystifié par la réaction d'Amazon. »

 

En réaction à cette déconvenue, Payne et son éditeur demandent l'opinion des lecteurs, et les invitent à se connecter sur culturalbook.com pour une discussion interactive.