BD numérique : érotique excepté, l'engouement reste modéré

Antoine Oury - 20.03.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - BD numérique - izneo Glénat ComiXology - usages marché France


Le Salon du Livre a rassemblé les deux principaux représentants du marché de la bande dessinée numérique, izneo et ComiXology, pour évoquer les potentialités de ce secteur en construction. Face à eux, Sébastien Célimon, responsable de la production numérique chez Glénat, venait y ajouter l'expérience de l'éditeur dans ce nouveau mode de vente, particulièrement adapté à la valorisation des titres du fonds.

 

 

Sébastien Célimon (Glénat), Victorien Minière (ComiXology) - Salon du Livre de Paris 2015

Sébastien Célimon (Glénat), Victorien Minière (ComiXology) - Salon du Livre de Paris 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les deux sociétés invitées par le Salon disposent qui plus est d'une relative ancienneté : izneo est un des plus grands acteurs français de la BD numérique, avec un catalogue estimé à 10.000 titres. Créée par 10 éditeurs actionnaires de la plateforme en 2010, celle-ci s'adresse aux lecteurs, mais également aux éditeurs désireux de rendre accessibles leurs titres sur les plateformes de vente, ou encore aux bibliothèques.

 

ComiXology, lui, a été lancé en 2009 aux États-Unis, et est devenu depuis quelques mois une marque Amazon, après un rachat. Ce vendeur de bandes dessinées est devenu très populaire outre-Atlantique, en proposant notamment des planches très haute résolution et un mode de « lecture guidée », un affichage case par case paramétrée de façon optimale par des lecteurs.

 

Si les ventes restaient timides il y a quelques années (autour de 10.000 ventes chez izneo en 2010), elles ont atteint un volume considéré comme significatif par les vendeurs (200.000 BD chez izneo), aidé par l'adoption des tablettes. Chez les éditeurs, c'est un peu plus compliqué : « Nous avons constitué un catalogue numérique de 1600 titres ces deux dernières années », explique Sébastien Célimon, « et c'est un processus assez long : il faut obtenir les droits des auteurs, qu'ils soient en phase avec l'approche, produire le fichier numérique... »

 

Ce long chemin de traitement vers le numérique est compliqué par les différents fichiers à produire selon les plateformes : izneo, membre de l'IDPF, fonctionne avec le format standard, tandis que ComiXology, avec sa très haute résolution, s'accommodera encore mieux d'un fichier PDF. La multiplication des formats fait peser un certain coût sur la chaîne de production, que les éditeurs souhaiteraient bien entendu réduire, particulièrement dans le travail de revalorisation des fonds. Le catalogue numérique de Glénat s'enrichira cette année d'un millier de titres supplémentaires.

 

« Entre 2013 et 2014, le chiffre d'affaires a été multiplié par 3 et commence à être significatif », précise Sébastien Célimon, « même si le catalogue a lui aussi augmenté sur cette période ». 

 

Attirer l'utilisateur avec un service optimal

 

Si un secteur en particulier profite du numérique — et cela n'étonnera personne —, c'est la BD érotique, où le format représente 10 % des ventes totales, contre 0,3 à 0,5 % pour les autres genres. Reste à savoir si l'évolution des usages va conduire à une ouverture vers les autres productions, un peu comme en littérature, finalement. La jeunesse reste atone, confie Glénat, tandis que les séries mangas historiques (Dragon Ball, One Piece, Bleach) portent de bons chiffres.

 

Pour développer les usages, il y a bien entendu l'offre, du côté des éditeurs, mais également la technologie qui, chez izneo et ComiXo, doit être optimale. Outre la bonne qualité des planches, veiller à la mise à jour des outils selon les tablettes et leurs versions est un travail de longue haleine, précisent Victorien Minière (ComiXology) et Nicolas Lebedel (izneo).

 

 

Nicolas Lebedel (izneo) - Salon du Livre de Paris 2015

Nicolas Lebedel (izneo) (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

ComiXology avait pris quelques années d'avance avec sa lecture guidée, izneo ne va pas tarder à proposer la sienne, dès que la technologie EPUB3 sera capable de la supporter. « La version 3.1 du format devrait nous permettre de proposer du case à case à nos lecteurs » assure Nicolas Lebedel.

 

Les acheteurs de bande dessinée numérique restent pour le moment les grands lecteurs, et izneo « milite pour l'achat à l'acte », souligne Nicolas Lebedel. Pour les éditeurs, ce dernier reste aussi le moins complexe à mettre en place. « Proposer un abonnement à une série particulière me semble pertinent. Mais la gestion des droits numériques est toujours compliquée : je préfère vendre une partie de mon catalogue à un distributeur, à charge pour lui de le rentabiliser ensuite », explique Sébastien Célimon, qui se prononce également pour une perspective de cession de droits, plus avantageux pour l'auteur, plutôt que de vente directe.

 

Sur le point de l'abonnement pour lecture illimitée, izneo est plutôt enthousiaste, puisque son catalogue est composé à 98 % de titres Dargaud, Dupuis, Le Lombard (maisons du même groupe), ce qui permettra de proposer une offre assez proche de la formule actuelle. La librairie numérique proposera aux autres éditeurs d'adopter une formule de bouquet, similaire à celle des chaînes câblées, pour que leurs titres soient proposés dans une offre d'abonnement.