Belial, Bragelonne, éditeurs français en quête de numérique

Clément Solym - 01.02.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - numerique - ventes - ebooks


Le Bélial a lancé en août 2010 sa plateforme de vente d’ebooks, suivi de près par les Éditions Bragelonne. Tous deux spécialisés dans les livres de science-fiction et de fantasy, ils font le point sur les ventes des derniers mois.

Bragelonne s’est lancé, le 24 novembre dernier, dans la commercialisation de ses premiers e-books. Depuis ce lancement en novembre, 108 références sont disponibles au rythme de cinq ajouts hebdomadaires chez les principaux revendeurs numériques et 10.000 ventes ont été réalisées depuis, nous informe Alexandre Levasseur, en charge du numérique. Et non 20.000. En l'occurrence, il s'agissait d'une incompréhension, puisque 20.000 représentait le CA, au moment de l'interview mi-décembre. Depuis, le nombre de ventes numériques s'élève bien à 10.000 ex, soit 50.000 € de CA, un chiffre dont Alexandre Levasseur « ne rougit pas ».


Il faut dire que Bragelonne a su monter une vraie stratégie commerciale. Il a compris que le lecteur papier et le lecteur numérique étaient différents – le succès venant quand les deux se rejoignent. L’éditeur ne s’est pas contenté de proposer des ebooks à bas prix (qui s’étendent de 2,99 à 12,99 euros). Ils sont aussi sans DRM et disponibles sur de multiples plateformes. Des opérations spéciales ont lieu toutes les semaines afin de stimuler les amateurs d’Heroic Fantasy et de SF. (Via Le MOTif)

Galvaniser le secteur

Tous les mercredis, Bragelonne propose 4 nouveaux titres, une vente flash de 24 heures les vendredis et une opération spéciale chaque semaine. Certains ebooks devraient même être publiés simultanément en version imprimée et numérique. Il a aussi soldé un livre Forteresse Draconis – La Guerre de la Couronne, tome 1 de Michael A. Stackpole : 4,99 € au lieu de 9,99 €. Quant aux droits d’auteur, ils font l’objet d’un contrat numérique unilatéral et sont déterminés à 25 %, suivant le strict modèle appliqué, par exemple, par l’agent de Stephen King, et conforme au standard américain du moment.

En dix années d’existence, cette maison d’édition qui fait figure d’avant-garde dans le domaine du numérique est devenue le plus grand éditeur francophone de l’imaginaire : 200 auteurs, 500 titres, 250 titres en éditions de poche, 5 millions d’ouvrages vendus, 45 personnes employées à temps plein.

À leurs yeux, l’erreur de l’immense majorité des éditeurs français est de « vendre du numérique comme du papier ». Eux ne semblent pas avoir fait d’erreur : moins de six semaines après le lancement de leurs premiers ebooks, Bragelonne est devenu le 5e éditeur de la Fnac, et l’Apple Store fait ses choux gras de ses best-sellers, à l’instar de l’édition numérique de Légende, de David Gemmell.

Autant le dire, si les éditions Bragelonne, versées dans la Fantasy et la science-fiction (production à 80 % anglo-saxonne), sont assez atypiques dans le paysage hexagonal, ses responsables le sont tout autant : Alexandre (bras droit d’Alain) s’est fait connaître en piratant les livres de Bragelonne au tout début des années 2000 ; Alain Névant, de son côté, piratant du jeu vidéo. « Les gens ne sont plus prêts à payer un livre au prix fort, car la culture n’est plus prioritaire. » Alain Névant se dit persuadé que, dans les cinq ans qui viennent, la maison aura probablement perdu à peu près 30 % de ses lecteurs papier, dissuadés par un prix devenu pour eux exorbitant. Mais sans garantie encore que ceux-là soient remplacés par de nouveaux lecteurs de la génération numérique, « la réalité étant que ce marché, fut-il en pleine évolution, demeure largement balbutiante ».


Principale concurrente, la plateforme e-Belial', lancée en août 2010, se décrit comme étant « la première offre réellement réfléchie en matière de numérique, au niveau des littératures de l'imaginaire » (via Fantasy.fr). Cinq mois plus tard, Le Bélial' dévoile ses chiffres et son top 10 des ventes numériques. Au total, 341 téléchargements payants et 739 téléchargements gratuits ont été effectués en 2010. 465 lecteurs ont téléchargé au moins un livre numérique, dont 165 lecteurs qui en ont acheté au moins un. 

Deux ouvrages prennent la tête du classement, loin devant les autres : La Cité des crânes de Thomas Day (4,89 €) et L.G.M. de Roland C. Wagner (4,61 €). Leur succès s’explique par la mise en place de l’opération « Fixez votre prix », au cours de laquelle les internautes pouvaient acquérir les livres au prix de leur choix. (Via Le Belial)

L'éditeur ajoute que « contrairement au début de l'année où les téléchargements se faisaient massivement en PDF (pour les nouvelles gratuites proposées sur le blog), on a maintenant un score 37 % pour le PDF et 63 % pour l'ePub » et émet quelques constations :
  • Les nouvelles à la pièce issues de recueils se vendent très mal.
  • Les nouvelles non issues de recueils se vendent un peu mieux.
  • L'offre « Le livre numérique avec le livre papier pour 2 € de plus » n'a intéressé qu'une personne jusqu'à présent.
  • Les nouvelles gratuites mensuelles du blog comptabilisent entre 80 et 100 téléchargements.