Benoît Thieulin : "Les Européens sont des internautes géniaux"

Nicolas Gary - 22.09.2013

Lecture numérique - Usages - Benoît Thieulin - Conseil national du numérique - échanges non marchands


La SCAM organisa une table ronde ce 19 septembre, autour du thème Culture numérique : le partage de la valeur. Etaient invités Nicolas Colin et Pierre Collin, auteurs du rapport sur la fiscalité du secteur numérique, appelant à de nouvelles règles fiscales. Autour de la table, était également présent Benoît Thieulin, président du Conseil National du Numérique. Il nous a accordé un entretien, balayant brièvement les racines d'internet et le partage non marchand.

 

 

 table ronde à la SCAM : partage de la valeur

Benoît Thieulin, chemise bleue

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Parlons donc de partage de la valeur, mais renversons l'idée : qu'en est-il de la valeur du partage ? « C'est probablement l'un des fondamentaux de ce qui a créé la révolution numérique. Les pères fondateurs d'internet, ce n'est pas des militaires américains, ce sont des profs, des étudiants qui ont d'abord fait la révolution sur leur campus, et ont dit, ‘il faut aussi faire cette révolution pour plus d'autonomie, de libertés individuelles, dans le champ de l'informatique.'. Et cela veut dire avoir plus d'ordinateurs individuels, avoir un réseau qui les relie. Pourquoi ? Pour faire de la coopération, pour faire de l'échange, pour faire du partage d'informations. À l'origine même de la création d'internet, il y a un énorme besoin de la culture du partage. »

 

"Les Européens sont des internautes géniaux"

 

Partage et coopération sont des valeurs essentielles, insiste-t-il. Mais dans cette approche, quand mettra-t-on sur la table du législateur, la légalisation des partages non marchands ? « Un éternel débat », sourit Benoît Thieulin, qui pourrait se profiler avec les discussions autour de l'Hadopi 3. Plutôt favorable à ce que l'on examine cette question, il ne conserve d'ailleurs pas un souvenir impérissable quant à la qualité des débats sur Hadopi.

 

Mais ce qui prime, c'est que la redistribution, quand on parle de partage de la valeur, doit toucher tous les secteurs. Entendons-nous : « La culture est un élément clef dans l'économie contributive, mais il y en a d'autres. » Et à  ce titre, il importe d'avoir une approche globale, et non sectorielle. Tous les modèles sont remis en cause, quel que soit le secteur que l'on examine : « Il faut éviter d'y aller en ordre dispersé. » Et surtout enclencher un bon rapport de forces, « parce qu'on est dans des négociations internationales, qu'elles sont difficiles et que l'on n'a pas forcément la meilleure position pour les tenir. »

 

La première des choses serait alors de ne pas négocier en tant qu'État membre isolé, mais avec la puissance que peut représenter l'Europe. « Les grandes plateformes américaines gagnent plus d'argent ici que partout ailleurs dans le monde. Elles sont plus rentables ici qu'ailleurs. Parce que les Européens sont des internautes géniaux : ils ont plus de temps, ils sont plus éduqués, et sont en meilleure santé qu'à peu près tout le reste des internautes de la planète. Donc ils y contribuent plus que les autres. »

 

Tout cela représente une force qu'il serait inconscient de négliger. Pas de négociations isolées, comme cela a pu se faire entre la presse et Google par exemple. L'Allemagne, par exemple, n'a pas vraiment apprécié ce règlement. « Ce débat ne doit pas être un débat franco-français. En réalité, nous avons plus d'alliés qu'on ne l'imagine, et il faut, au contraire, que l'on soit dans une logique de coopération, peser au niveau de Bruxelles ensemble et au sein de l'OCDE. »